AUX SOURCES DE LA CULTURE ARABE ÉCRITE – Séminaire vidéo par Houari Touati, Directeur d’études à l’EHESS

Séminaire dispensé par Houari Touati, Directeur d’études à l’EHESS.

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Lumière sur le Moyen Âge (3/4) Le rayonnement d’Averroès

SAVOIRS
LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth et Anastasia Colosimo

Averroès est un penseur arabe andalou du XIIème siècle héritier de la philosophie latine et dont l’influence est grande au Moyen Âge malgré des critiques de son temps et plus tard. Qu’a-t-il transmis dans l’histoire philosophique ?

 

Emission présentée par Anastasia Colosimo

Ibn Rochd de Cordoue est connu en Occident sous son nom latinisé d’Averroès.
Né à Cordoue en Espagne en 1126, il est initié très tôt par son père à la jurisprudence et à la théologie. Par la suite, il étudie la philosophie, la médecine, l’astrologie, la physique et les mathématiques.
Il consacre sa vie et son oeuvre à celle du philosophe grec Aristote. La pensée qu’il construit entraîne des débats houleux au sein du monde chrétien, il trouve autant de disciples que de fervents opposants.
Qui était-il et quelle est donc la portée de sa pensée dans l’histoire de la philosophie ?

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Riad Sattouf s’anime de partout

Série et roman graphiqueLe dessinateur adapte «Les carnets d’Esther» en série, sort «L’Arabe du futur» et s’offre une expo.

Par Cécile Lecoultre  

À l’écran, Esther gambade dans l’insouciance de ses 9 ans. Riad Sattouf, inspiré depuis 2016 par une authentique petite Parisienne, adapte ses «Carnets» en pastilles animées de 3 minutes. Enchantement. En librairie, le dessinateur sort «L’Arabe du futur», autre évocation, plus dure celle-là. Car au tome 4, Riad, les hormones bouillonnantes sous sa «coupe de Tone Crouze», lâche le secret. Dans le décor balisé entre Bretagne et Syrie, l’ado qui croyait tout savoir des zizis et des bébés, tombe sur des tabous inédits. Ainsi de son père qui a sombré dans le radicalisme et veut l’exporter. Par rapport aux racines du garçon, le paternel d’Esther, «mélanchoniste adoré», ou sa mère «relou», semble soudain des perturbateurs fort légers. Esther, Riad, deux paysages, deux enfances qui cernent le créateur Sattouf.

Dans «L’Arabe du futur 4», le couple parental explose, tandis que les aïeux aux idées arriérées tirent à boulets rouges sur la paix des foyers. Sans oublier les insultes à l’école. «Oh, moi, j’essaie de ne pas trop intellectualiser ce que je fais», confie l’auteur. «Et de ne pas trop l’analyser non plus, j’ai peur qu’une fois démonté, le mécanisme ne fonctionne plus! J’ai gardé des souvenirs vifs et précis des années d’enfance.» Sans arborer de traumatisme en bandoulière, Riad décortique le racisme rampant, l’antisémitisme cramponné, le sexisme beauf. Et tamponne les écorchures de l’âme à l’humour noir.

Esther, vers qui il revient chaque semaine, lui écarquille le regard. «J’ai prévu un album par an jusqu’à ses 18 ans. On n’est plus légalement un enfant, à 18 ans, et cela me semblait être une bonne date pour arrêter là le projet!» D’ici là, Sattouf s’instruit. «J’aime beaucoup en apprendre sur les enfants d’aujourd’hui et voir ce que cela peut dire du futur, de la société en devenir. J’aime observer comment se transmettent les valeurs morales entre les générations.» L’adaptation de la série l’a ramené au premier tome, au plus dense du parfum d’innocence. «Pas de réinterprétations, de changements…»

Miracle aussi pharamineux que l’identité de l’Italienne Elena Ferrante, la jeune fille conserve un parfait anonymat. «Je modifie les noms, je la cache dans le réel!» Par contre, le Riad de «L’Arabe du futur» ne laisse aucun doute quant à sa personne. «J’essaie d’être le plus honnête et sincère avec mes souvenirs. J’essaie de faire les livres les plus lisibles par des gens qui ne lisent pas de BD habituellement. Je n’aime rien de plus que quand une mamy vient me dire qu’elle a lu deux BD dans sa vie: «Bécassine» et «L’Arabe du futur !»

Sattouf l’affirme, sa suite autobiographique se bouclera au 5e volume. Comme pour solder la question de l’ego entre la fiction et la réalité, entre le fils et le père. «Comment se tenir à la bonne distance? Dur à dire. J’ai centré le livre sur l’observation du père afin d’échapper aux risques de l’autobiographie! Ennui, égocentrisme… J’envisage «L’Arabe du futur» comme un récit de voyage sur une autre planète plutôt.» Pourtant, son travail, loin d’un exotisme de pacotille, pousse dans l’arène politique.

«Car tout livre est politique! Bien sûr! Mais moi, j’ai horreur des livres idéologiques, qui nous expliquent ce qu’il faut penser, qui simplifient le réel… ma vie n’est ni de gauche ni de droite, et j’aime que mes lecteurs se fassent leur avis seuls. Rien ne m’insupporte plus que les BD d’extrême gauche ou les pamphlets d’extrême droite… comme si les auteurs cherchaient eux-mêmes à se convaincre de leur vérité, c’est très gênant.» Lui abhorre encore être défini par ses origines. «J’essaie d’avoir une vision humaniste, de regarder le monde à travers le prisme de l’égalité femmes/hommes. C’est ma longue-vue!»

À 40 ans, Sattouf sera exposé en novembre à la Bibliothèque Centre Pompidou à Paris, après Claire Bretécher ou Art Spiegelman. Une consécration? Nuance. «En général j’ai toujours refusé ces propositions d’expo, car je suis horriblement complexé par mes dessins!» Au-delà de l’ironie, «L’écriture retrouvée» consacrera aussi une vocation. «Je pense tout le temps bande dessinée. Quand je suis anxieux, j’en lis, j’essaie d’imaginer ce que ferait tel ou tel auteur que j’aime à ma place… c’est ma religion!»

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Ouverture du premier Forum littéraire sino-arabe sous le signe du dialogue entre les civilisations

Publié le 2018-06-22 à 07:00 | french.xinhuanet.com

 

LE CAIRE, 21 juin (Xinhua) — Le premier Forum littéraire sino-arabe, intitulé “L’innovation littéraire sur la Nouvelle Route de la Soie”, s’est ouvert jeudi au Caire, la capitale égyptienne, ayant pour objectif de promouvoir le dialogue entre les civilisations.

Cet évènement comptera trois grands thèmes : “Patrimoine et innovation littéraire”, “La littérature dans la vie moderne”, et “La traduction des oeuvres littéraires”.

Le forum reflète l’importance particulière que la Chine attache à son dialogue avec les autres civilisations, et notamment avec la civilisation arabe, a déclaré au cours du forum Saeed al-Masry, secrétaire général du Conseil suprême pour la culture d’Egypte.

Une cinquantaine d’écrivains et auteurs venus de Chine, d’Egypte, d’Algérie, d’Irak, du Koweït, du Maroc, du Soudan, de Tunisie, du Yémen, de Jordanie et de divers autres pays étaient présents à l’évènement.

Parmi les 13 écrivains chinois invités, figuraient notamment Yu Hua, l’auteur de “Vivre !”, et Liu Zhenyun, l’auteur de “En un mot comme en mille”.

L’ambassadeur de Chine en Egypte, Song Aiguo, a qualifié ce forum comme d’une plateforme de promotion des relations culturelles sino-arabes, affirmant que la Chine et les pays arabes jouissaient tous d’une longue histoire et d’une civilisation ancienne.

La Route de la Soie des temps modernes ne servira pas seulement à stimuler le commerce, mais encouragera aussi le développement de la culture, de la littérature et de la traduction, a quant à lui affirmé Tie Ning, directeur de l’Association des écrivains chinois.

Habib al-Sayegh, secrétaire général de l’Union des écrivains arabes, a appelé les Arabes à se familiariser avec la culture chinoise, afin de pouvoir mieux comprendre la littérature chinoise. Il a qualifié cet évènement culturel d’une excellente manière de promouvoir les travaux de traduction.

Alaa Abdel Hady, directeur de l’Union des écrivains égyptiens, a quant à lui déclaré que ce forum reflétait l’existence d’une solide base culturelle commune à la Chine et au monde arabe, et allait permettre de renforcer les liens entre les deux parties dans de divers domaines.

Les échanges entre cultures et civilisations constituent l’un des legs les plus durables de l’ancienne Route de la Soie, et cet héritage se perpétuera sur la nouvelle Route de la Soie, a-t-il ajouté.

L’Arabo-irano-musulman, nouveau « méchant » d’Hollywood

Alors que le président Donald Trump est sorti de l’accord sur le nucléaire iranien, Hollywood s’emploie depuis des années à construire l’image d’un nouvel ennemi qui remplace le méchant communiste : l’Arabo-irano-musulman, un terroriste en puissance. Il arrive toutefois que quelques films échappent à la caricature.

Il ne faut jamais sous-estimer l’ignorance qui irrigue parfois les films et les séries américaines sur le monde arabe et musulman. Dans l’épisode de Homeland sur la Syrie, tourné en Afrique du Sud, les acteurs arabes locaux engagés pour faire les terroristes et sécréter de la haine devaient aussi écrire des graffitis antiaméricains dans le camp de réfugiés. Selon le Guardianbritannique qui rapporte l’histoire, les artistes ont d’abord songé à décliner la proposition, « jusqu’à ce que nous réalisions que nous pouvions faire passer notre désaccord avec la série ». Ainsi, l’héroïne Carrie passe devant des graffitis en arabe qui proclament : « Homeland est raciste », « Homeland n’est pas une série », « Ne faites pas confiance à cette histoire », « Ce programme ne reflète pas la vision des artistes ». Ce fut un immense éclat de rire dans les pays arabes. Personne ne savait lire l’arabe dans l’équipe de tournage !

LE « BAD GUY » ET LA FEMME BLANCHE

Jack Shaheen, de l’université du Sud-Illinois a étudié les « mythes d’Arabland » dans un documentaire et un livre, Reel Bad Arabs : How Hollywood Vilifies a People (Interlink books, 2009) depuis les débuts du cinéma. Selon lui, seuls les Indiens auraient été plus maltraités à l’écran. L’Arabe est devenu un raccourci du bad guy,longtemps après que l’industrie du cinéma a eu accepté de modifier la représentation d’autres groupes minoritaires. Dans les quelque 300 films aux personnages musulmans (Arabes ou Iraniens) étudiés, on retrouve la même proportion de « navets » que pour les westerns, faisant d’eux l’ennemi public n° 1, brutal, refusant la civilisation occidentale qu’il entend détruire par la terreur.

L’Arabe des films historiques vit dans le désert avec son harem et ses femmes qui dansent la danse du ventre en voilages légers. Le chef est ventripotent, le vizir est un traitre parfaitement caricaturé dans Aladdin de Walt Disney. La fille du sultan est toujours jouée par une actrice blanche « orientalisée ». Le stéréotype du « cheik » (personnalisé par Rudolph Valentino en 1921 dans le film éponyme, puis dans Le fils du cheik en 1926) est directement inspiré de l’orientalisme pictural et romanesque européen. Dans le film musical Harum Scarum, (C’est la fête au harem, 1965), Elvis Presley sauve la vie d’un émir qui lui fait cadeau d’un harem. Mais Elvis reste fidèle à sa fiancée au pays.

Les Mille et une nuits ont inspiré au moins une dizaine de films. Dans Aladdin de Disney (1992), le premier couplet de la chanson du film (en anglais) annonce qu’on est dans un pays où « on torture et coupe la main des voleurs ». L’Arabe, bandit de grand chemin, attaque les caravanes comme les Indiens dans les westerns, vit dans une oasis et recherche toujours une femme blanche, comme dans Le Diamant du Nil (1985), ou dans Never say Never again (Jamais plus jamais, 1983) avec la mise aux enchères de Kim Basinger au profit de lubriques Arabes.

La crise de 1973 et la hausse brutale des prix du pétrole traumatisent la société américaine en profondeur. Avec le film Network (Main basse sur la télévision (1976), le personnage (nouveau) de l’émir du Golfe richissime, idiot et cupide achète toute l’Amérique. Dans une des scènes, le présentateur de télévision appelle les Américains à crier leur haine à leurs fenêtres, rappelant les discours hitlériens de dénonciation des juifs lors de la Nuit de cristal1.

LA FIGURE DU TERRORISTE POST 11-SEPTEMBRE

Les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington constituent un choc analogue à l’attaque de la flotte de guerre américaine par les Japonais à Pearl Harbor le 7 décembre 1941, et le musulman prend largement la tête du classement des méchants. Le créneau, déjà bien fourni avant cette date — avec Under Siege (1986) Wanted : dead or alive (1987) True Lies(1994) —, trouve un nouveau souffle avec la série Homeland(2011), ou les films World War Z (2013) Teenage Mutant Ninja Turtles (2014) et American Sniper (2014). Les feuilletons télévisés Sleeper Cell ou Homeland traitent le cas des cellules islamistes dormantes, alimentant de façon hebdomadaire la peur de l’ennemi caché. Dans la série Generation kill (2008) sur une section de marines en Irak en 2003 (un site lui est consacré), il n’y a aucun héros irakien. Aucun personnage irakien positif non plus dans le film American Sniper, histoire du sniper américain Chris Kyle, alors que sur Internet circulaient les exploits du sniper irakien « Juba », beaucoup moins photogénique.

L’American-Arab Anti-Discrimination Committee jugeant ces présentations insultantes et injurieuses, déclarait : « Chaque fois qu’un Arabe accomplit le rituel de se laver les mains avant la prière, cette image annonce au spectateur qu’il va y avoir de la violence. » Quelquefois, ces protestations aboutissent, mais c’est rare. The sum of all fears (La somme de toutes les peurs, 2002) tiré d’un roman de Tom Clancy imaginait un attentat de terroristes arabo-islamistes durant le Super Bowl2. On est alors dans l’immédiat après 11-Septembre et George W. Bush tient à se démarquer de l’idée d’une guerre religieuse contre l’islam. Devant la protestation du Council on American-Islamic relations, les terroristes arabes sont transformés en néonazis européens.

Mais c’est l’exception. L’Arabo-irano-terroriste sert à mettre du piment dans des scénarios qui s’essoufflent. Dans Back to the Future 1 (Retour vers le futur 1, 1985), un terroriste libyen mitraille le savant sans qu’on sache très bien quel est le rapport avec l’histoire. Dans Prison Break, saison 2, 15e épisode, l’agent Kim exige d’étouffer une affaire : « Allumez un feu de forêt en Floride ou n’importe quoi (…) ou trouvez un entrepôt plein d’Arabes »3.

TOUS LES MÉCHANTS UNIS DANS LEUR HAINE DES ÉTATS-UNIS

Le terroriste est un maniaque au regard fou, mais un peu idiot : dans Retour vers le futur 1, sa mitraillette s’enraye et sa camionnette refuse de démarrer ; dans True lies il se fait subtiliser par une jeune fille la clé du détonateur nucléaire. Mais caché dans les étages d’un gratte-ciel, il ne peut rien contre le calme froid d’Arnold Schwarzenegger aux commandes de son avion à décollage vertical (probablement stationné au pied de l’immeuble). Le sommet du délire est atteint dans Rules of engagement (L’enfer du devoir, 2000). Le colonel Terry Childers est appelé pour évacuer l’ambassade américaine au Yémen face à une foule armée et incontrôlable. Il ordonne d’ouvrir le feu et tue une petite fille unijambiste. Devant un tribunal militaire, abandonné de tous, il est défendu par le colonel Hodges qui va démontrer qu’il y avait légitime défense : même la petite fille unijambiste de 10 ans tirait au pistolet sur les GI.

Dès lors le Proche-Orient devient un melting-pot dans lequel tous les méchants collaborent. Homeland montre un camp du Hezbollah chiite, plein de réfugiés syriens venus de la région sunnite de Rakka. Un Syrien sunnite fuyant les bombes du régime de Bachar Al-Assad se réfugie dans une zone contrôlée par le Hezbollah chiite dirigé par un cheikh sunnite ! La série américaine Army Wives (2007) imagine une petite orpheline irakienne accueillie dans une famille, qui reconnait « que les Américains ne veulent pas de mal au peuple irakien »,contrairement à ce que racontent des gens dans son pays, et elle apprend à faire la cuisine (américaine).

En revanche, pas un mot ni un film contre l’Arabie saoudite, excepté The Kingdom (Le Royaume, 2007) évoquant l’attaque terroriste sur le compound (camp) d’Al-Khobar en 1996. Le film suit l’enquête d’un membre du FBI sur l’attentat qui tua 19 soldats américains. Il a été censuré par le Koweït et Bahreïn, mais pas par Riyad car le collaborateur saoudien n’a pas le mauvais rôle. Le scénario sous-entend la responsabilité du Hezbollah chiite pour ne pas accuser Al-Qaida. William Perry, secrétaire américain à la défense, avoua pourtant dans une entrevue accordée en 2007 : « Je pense désormais Al-Qaida plutôt que l’Iran responsable de l’attentat de 1996 visant la base américaine. » Le ministre de l’intérieur saoudien de l’époque confirmera ses dires, mais cela ne convenait pas aux scénaristes d’Hollywood.

DES FILMS INTERDITS OU CENSURÉS

Cette obsession hollywoodienne génère des effets en retour. Pour la population arabe, tout film critiquant le monde arabe est hollywoodien, comme le très mauvais film d’amateur Innocence of Muslims (L’innocence des musulmans, 2012), diffusé sur YouTube, qui présente les musulmans et le Prophète comme immoraux et brutaux. Les manifestations antiaméricaines ont fait quatre morts en Tunisie, quatre en Libye, deux au Soudan et un au Liban. Des dignitaires religieux eux-mêmes en rajoutent. Khaled Al-Maghrabi, de la mosquée Al-Aqsa du Caire — emprisonné dans le passé pour ses discours racistes — affirme dans un sermon de 2017 que la série Les Simpsons, « création des adeptes du Diable qui complote depuis 17 ans » avait annoncé l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, et les attentats du 11-Septembre.

La liste des films hollywoodiens interdits dans certains pays musulmans est sans surprise : Not Without My Daughter(Jamais sans ma fille) en Iran The Matrix Reloaded, interdit en Egypte parce qu’il remet en question le dogme de la création divine de l’univers Alexander (2004), interdit en Iran à cause de la relation homosexuelle du héros avec Hephaistion, le président Mahmoud Ahmadinejad ayant affirmé que de telles déviations sexuelles n’existaient pas dans son pays. Dans 300 (2007) et sa suite 300 2 (La naissance d’un empire, 2014) sur les batailles de Marathon et de Salamine, Darius — toujours en maillot de bain — ressemble à un punk américain drogué couvert de tatouages et de piercings. Les Perses sont des barbares incultes et agressifs. Thémistocle, le super héros qui doit rester au centre de l’écran ne peut pas être mélangé avec la formation serrée et disciplinée d’hoplites qui seule permit la victoire, (mise en scène oblige). En somme le film décrit les Perses comme Ahmadinejad décrit les juifs et les Américains aujourd’hui. Body of Lies (Mensonges d’État, 2008) reprend la thèse de la complicité de l’Iran avec les leaders d’Al-Qaida, mais aussi avec le trafic de drogue.

Au bout du centième épisode de la septième saison de Homeland(une huitième est en préparation), nous aurons fait le tour complet du Proche-Orient : l’Irak et l’Afghanistan, puis le Liban et la bande de Gaza, le Yémen, l’Iran et enfin la Syrie, sans oublier une pincée de Venezuela et, pour la septième saison, la Russie (toujours rien sur l’Arabie saoudite). Les organisations terroristes collaborent entre elles, quelles que soient leurs divergences : Al-Qaida, Hezbollah libanais, talibans, services pakistanais et organisation de l’État islamique (OEI) s’entendent très bien à Beyrouth, ville de miliciens et de femmes voilées. Pour mémoire, Homeland est l’adaptation de la série israélienne Hatufim qui raconte la même histoire. Une version russe est en cours qui sera certainement considérée comme de la propagande par les pays occidentaux4.

Enfin, les Palestiniens peuvent cacher des zombies. Dans World War Z (2013), le héros à la recherche de l’endroit sûr pour éviter les morts-vivants se réfugie à Jérusalem sur le conseil des militaires. Le territoire a été préservé de l’invasion par le mur de séparation de 6 mètres de haut et 700 kilomètres de long, érigé par les Israéliens contre les Palestiniens. C’est ce qu’on appelle un mur à double usage : contre les Palestiniens et les zombies. Dans Delta Force (1986), l’organisation mondiale New revolutionaries se réclamant de l’ayatollah Khomeini détourne un avion finalement libéré par le commando, non sans que Chuck Norris n’ait affronté le chef du commando en combat singulier. À bord, les commandos trinquent avec les otages libérés dans une étonnante interprétation de l’hymne America The Beautifulvantant le multiculturalisme et le patriotisme. On n’a pas souvenir d’un détournement d’avion commis par des militants khomeinistes, mais est-ce si grave ?

Dans Zero Dark Thirty (2012) qui raconte la traque d’Oussama Ben Laden, le film s’attarde longuement sur des séances de torture conduites par la CIA. Est-ce que celles-ci ont aidé la CIA à trouver la cachette de Ben Laden au Pakistan ? Le film n’est pas explicite à ce sujet.. Le président George W. Bush a validé juridiquement la torture en demandant à d’éminents juristes trois memorandum exploitant les limites des Conventions de Genève afin de priver « légalement » les prisonniers de la protection du droit international. Lors de la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture en juin 2003, Bush n’en affirme pas moins que les États-Unis « se consacrent à l’élimination mondiale de la torture et qu’[ils] sont à la tête de ce combat en montrant l’exemple ».

LE POIDS DE LA GUERRE D’IRAK

Mais les choses changent là où on ne les attend pas, obligeant Hollywood à commencer à réfléchir. Les soldats sont devenus des cinéastes et ils ont vécu les horreurs de la prison d’Abou Ghraib, le massacre de Mahmoudiya en 2006, les vidéos de cadavres brûlés… « Pour le Vietnam, il a fallu attendre plus de dix ans entre le climax 1965-1968 et Apocalypse now (1979) ou Voyage au bout de l’enfer (1978) « aujourd’hui l’information s’accélère, il faut réagir plus vite », explique le réalisateur Paul Greengrass. Maintenant les films sortent alors que la guerre se poursuit.

Face à la difficulté de critiquer la politique officielle, les scénaristes privilégient toujours le thème fréquent du cinéma de guerre post-Vietnam, à savoir le traumatisme du combattant ou l’impossible retour au pays, mais restent muets sur le vécu des Irakiens ou des Afghans. Le film The Hurt Locker (Démineurs,2008) raconte le quotidien d’une équipe de déminage, avec sa dose d’adrénaline, mais le film évite le questionnement sur le bien-fondé du conflit et ses conséquences sur la population locale. L’invisibilité de l’ennemi sert à la fois à le rendre plus dangereux et à lui retirer son droit à la parole, voire à le déshumaniser. In the Valley of Elah (Dans la vallée d’Elah, 2007), le sujet reste les graves troubles psychologiques dont est victime le héros déserteur qui avait renversé un enfant avec un véhicule militaire.

Dans Redacted (2007), Brian de Palma choisit le mode documentaire pour évoquer des événements réels de la guerre en Irak, comme le viol d’une fillette de 14 ans par les marinesaméricains ou les attentats-suicides aux points de contrôle, s’inspirant des vidéos postées sur Internet par les soldats. Mais le film n’est sorti que dans 15 salles et il lui a été reproché de faire de la propagande antiaméricaine. Battle for Haditha (2007) est inspiré d’un attentat contre un convoi de marines en Irak qui causera en représailles la mort de 24 innocents en novembre 2005. Good Kill (2014) traite de la guerre moderne, celle qui se joue à coup de bombes lâchées par des drones pilotés par des soldats qui ne quittent pas le sol américain à travers un militaire antihéros dépressif. Il accuse les États-Unis d’attiser la haine et de fabriquer des terroristes.

Les films de pure propagande deviennent plus rares, mais le panel arabo-musulman reste suffisamment large et fourni pour que les scénaristes conçoivent encore quelques dizaines de films, de séries télévisées pendant une petite décennie avant que le filon ne s’épuise. Du moins l’espère-t-on.

PIERRE CONESA

1NDLR. Nom donné au pogrom contre les juifs qui se déroula dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 dans toute l’Allemagne.

2NDLR. Finale du championnat de football américain.

3Cité par François Jost dans De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme ?, CNRS éditions, 2011 ; p. 54.

4Francesca Fattori (dir.), « Séries télévisées. Paix et guerre sur le petit écran », Carto n° 33, janvier-février 2016.

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Musique : « Al Musiqa », la culture arabe dans les oreilles !

MUSIQUE

Musique : « Al Musiqa », la culture arabe dans les oreilles !

25 mai 2018 à 18h04 | Par 

Pour la première fois en Europe, un événement d’envergure, « Al Musiqa », présentée jusqu’au 19 août à la Philharmonie de Paris, célèbre les musiques du monde arabe.

Quelques pas dans l’exposition, et l’on est accueilli par les vocalises d’un muezzin… Si al adhan, l’appel à la prière, est banal dans une grande partie du monde, c’est une incongruité en France, où l’on demande aux musulmans de rester discrets et aux minarets de garder le silence. L’événement « Al Musiqa », dont l’idée a germé peu de temps avant les attentats de 2015, donne à entendre les voix et musiques du monde arabe, sans exception, en bousculant les idées reçues.

Et fait preuve de pédagogie pour un public familial, rappelant par exemple que l’islam n’a pas banni la musique (même si elle est accusée par certains rigoristes de détourner le croyant de la piété), qu’il n’y a pas que le raï de l’autre côté de la Méditerranée, ou encore que des artistes rap et électro dopés par les mouvements révolutionnaires y sont très actifs.

Voyage musical loin des clichés

L’objectif de l’événement est audacieux, certains diront présomptueux : présenter toute l’inventivité sonore, la richesse musicale, du monde arabe sur pas moins de quinze siècles. Véronique Rieffel, ancienne directrice de l’Institut des cultures d’islam (Paris) et de l’Institut français d’Égypte (Alexandrie), a intelligemment relevé le défi en proposant une promenade en sept étapes et autant de thématiques.

chant avedissian

Entre ballade et balade, l’exposition nous transporte ainsi dans l’espace et dans le temps. Dans le désert pour découvrir la qasida, la poésie bédouine ; dans une ville arabe bercée par les chants religieux ; un palais médiéval pour approcher la musique de cour ; une zaouïa africaine à l’écoute des chants soufis ; un cinéma égyptien en compagnie d’Oum Kalsoum ; un café du quartier parisien de Barbès où sont diffusées les stars immigrées des années 1960 ; un spot branché pour découvrir l’électro chaabi venue de l’Égypte post-Moubarak.

« NOUS NE VOULIONS PAS D’UN DÉCOR EN CARTON-PÂTE QUI ÉVOQUE UN UNIVERS FANTASMÉ », PRÉCISE VÉRONIQUE RIEFFEL

Une ambition encyclopédique qui condamne parfois au survol et fait tiquer les spécialistes… mais qui a le mérite d’ouvrir des pistes pour aller plus loin. D’autant qu’une série de bornes audio, de playlists en ligne mais aussi des concerts programmés sur le lieu de l’exposition (le oudiste Tamer Abu Ghazaleh, le groupe électro 47 Soul ou le jazzman Anouar Brahem) complètent le dispositif.

Artistes arabes

Une autre bonne idée est de proposer le long du parcours un imaginaire visuel à contre-courant des clichés orientalisants. « Nous ne voulions pas d’un décor en carton-pâte qui évoque un univers fantasmé », précise Véronique Rieffel. La commissaire d’exposition avait déjà fait de la sortie de l’orientalisme l’un de ses chevaux de bataille à l’Institut des cultures d’islam. Ici, donc, pas de grandes toiles de Delacroix ou d’autres peintres convoquant l’exotisme arabe, « on les a déjà beaucoup vues… », mais des œuvres réalisées par les artistes arabes eux-mêmes.

Le résultat est spectaculaire, dès l’entrée de l’exposition, où le plasticien tunisien Nja Mahdaoui a suspendu au plafond 20 tambours décorés de calligraphies. Plus loin, dans la salle consacrée au cinéma égyptien, un mur est littéralement couvert d’« icônes du Nil » peintes par le Cairote Chant Avedissian, 54 portraits de stars et d’inconnus qui rendent hommage à l’âge d’or du pays, quand il rayonnait à l’international.

Nora Houguenade

Dans un espace confiné, plongé dans le noir, est projetée la vidéo de l’artiste d’origine algérienne Yazid Oulab, Le souffle du récitant comme signe. Dans une atmosphère mystique, les volutes de bâtons d’encens vibrent au son des récitations du Coran… ouvrant une porte sur le divin. Bref, les œuvres exposées et la scénographie (signée Matali Crasset) ne se contentent pas d’illustrer, elles accompagnent le visiteur.

On ressort de l’exposition avec la furieuse envie d’aller plus loin, de fouiller sur le web ou chez les disquaires pour en entendre encore un peu plus. Et lorsque l’on feuillette le livre d’or, ponctué des remerciements de visiteurs aux prénoms à consonance arabe, fiers qu’on s’intéresse enfin différemment à eux, on se dit que la portée de l’événement est loin d’être uniquement musicale.

Retrouver l’article sur le site de Jeune Afrique

Palestinian Political Disintegration, Culture, and National Identity – Jamil Hilal

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The Palestinian political field, dominated by the Palestine Liberation Organization (PLO) since the late 1960s, has been in a state of disintegration since the Palestinian Authority (PA) was established under the Oslo Accords. What has been the impact of PLO dominance and what were the repercussions of its disintegration for the Palestinian body politic? And to what extent has the disintegration of the political field affected the cultural field and its contribution to Palestinian national identity? These are the questions addressed in this commentary. 1

PLO dominance of Palestinian political field began after the battle of Al-Karameh in 1968, which enabled it to establish a centralized relationship with the Palestinian communities in historic Palestine, Jordan, Syria, Lebanon, the Gulf, Europe and the Americas. These communities largely accepted the PLO as their sole legitimate representative despite the external influences upon it, including its heavy reliance on foreign aid, the ups and downs of its relationship with the country of residence, and its regional and international relations. As a result, the unique conditions and features of each community were neglected, as were their national, social and organizational responsibilities.

From its position of dominance, the PLO was also able to consolidate the practice of elite politics, which was common in the Arab world and internationally but which should not have taken hold amongst the Palestinian people given their dispersal and their struggle for liberation. The fact that the PLO emerged and functioned in a regional and international environment unfriendly to democracy both in theory and practice contributed to this development. The Arab region was dominated by regimes with totalitarian nationalistic ideologies, as well as authoritarian theocratic monarchies and emirates; democracy was seen as an alien and colonialist Western concept. Similarly, the PLO and its factions formed alliances with socialist countries and the countries of the Third World, few of which enjoyed political democracy. The rentier nature of PLO institutions and factions and their reliance on aid and support from non-democratic Arab and socialist countries reinforced the elitist and non-democratic approach to politics.

A third feature of PLO hegemony was that its factions underwent formal militarization at an early stage partly due to the PLO’s armed confrontations with host Arab regimes and partly to the fact that it was constantly targeted by Israel. This formal militarization, as opposed to guerrilla warfare, helped to justify the extremely centralized relationship between the political leadership and its constituency.

Between the 1970s and the 1990s, PLO factions and institutions suffered many severe shocks as a result of changes in the regional and international situation. These included the expulsion from Jordan following the armed clashes in 1970-71; the civil war that erupted in Lebanon in 1975, Israel’s invasion in 1982, the PLO exodus from the country and the Sabra and Shatila massacres; and the war against the Palestinian camps in Lebanon in 1985-86. The First Intifada (popular uprising) against Israel in the West Bank and Gaza Strip at the end of 1987 was also the period in which political Islam first invaded the Palestinian political field (1988). The collapse of the Soviet Union in late 1989, the first Gulf War in 1990-91 and the subsequent financial and political isolation of the PLO greatly eroded its alliances and its sources of revenue.

The Repercussions of Disintegration

During the First Intifada, the Palestinian political elite failed to understand the importance of restructuring the Palestinian national movement as well as of rebuilding the relationship between the centralized leadership and various Palestinian communities. Furthermore, the PLO failed to find a way to deal with political Islam when it emerged onto the Palestinian scene as an extension of the Muslim Brotherhood and did not integrate Hamas into the national political body. At the same time, Hamas failed to redefine itself as a national movement. The Palestinian political movement, which had previously been defined as a national movement or as a revolution began to be referred to as “the national and Islamic movement”.

Indeed, the First Intifada drove the political leadership to further centralize decision-making: It signed the Oslo Accords without consulting the political and social forces within and outside Palestine. Oslo provided the PLO with the political, organizational and ideological rationalization to marginalize those representative Palestinian national institutions that did exist, using the argument that it was building the nucleus of a Palestinian state. The PA was excluded from dealing with Palestinians in Israel, and it lost interest in the Palestinians in Jordan early on. Its dealings with them as well as with Palestinians in Lebanon, Syria, the Gulf countries, Europe and America were largely reduced to bureaucratic formalities through its embassies and representative offices in these countries.

When the establishment of the PA as a limited self-governing authority on parts of the West Bank and Gaza Strip failed to lead to a Palestinian state, the political elites were deprived of a potential sovereign state-based center; this accelerated the disintegration of the national movement. Hamas’ 2006 win in the legislative elections and total control over the Gaza Strip in 2007 contributed to the split of the self-governing authority into two authorities, one remaining in part of the West Bank and the other in the Gaza Strip. Both “authorities” remained under the occupation and control of a settler colonial state that continues to aggressively colonize land and displace Palestinians on both sides of the Green Line.

The disintegration of the national political field has had several repercussions. The representative national institutions faded away and local political elites became dominant. The leaders drew their “legitimacy” from their past party or organizational positions and their diplomatic interaction with regional countries and international institutions. The prevailing discourse locally and internationally reduced Palestine to the territories occupied in 1967 and the Palestinian people to those living under Israeli occupation, thus marginalizing the refugees and exiles as well as the Palestinian citizens of Israel. The security apparatus in the West Bank and the Gaza Strip grew considerably in size and allocation in the general budget. The rentier nature of the authorities in the two areas was entrenched through reliance on foreign aid and remittances, and the influence of private capital in their economies increased.

There were also significant structural shifts in the social structure of the West Bank and Gaza Strip. These included the emergence of a relatively large middle class to staff the PA institutions and agencies in areas such as in the education, health, security, finance and administration, as well as the new service and banking sectors and the many NGOs that were established. Meanwhile, the working class shrank in size. The inequalities between different segments grew and unemployment rates remained high, particularly among youth and new graduates. The “office holder” mentality took hold, replacing the mindset of the freedom fighter. Although Fatah and Hamas define themselves as liberation movements, they have been transformed into hierarchal bureaucratic structures and are focused largely on their own survival.

The political and economic elites have not been shy about flaunting their privileges and wealth despite the ongoing repressive colonial occupation. The middle class in the West Bank and Gaza Strip knows very well that its standard of living and way of life is linked to the existence of both self-governing authorities. Nevertheless, most of the population remains subject to the oppression and humiliation of Israel’s military forces and armed settlers, and suffers not only from the lack of a decent living and professional future but also the absence of any national solution on the horizon. Israel and Egypt’s draconian siege against Gaza remains as tight as ever, punctuated by destructive Israeli wars, and the ethnic cleansing of Palestinians from Jerusalem continues inexorably, using evictions, withdrawal of permits, and a range of other tactics -.

These conditions set the stage for an explosive situation in the territories occupied in 1967. However, since the PLO, the political parties, the private sector and most civil society organizations did not or could not mobilize against occupation, the confrontations with Israel’s military occupation forces and settlers in the “wave of anger” underway since October 2015 have for the most part remained individual and localized in nature and lacking a unified vision and national leadership.

The disintegration of the Palestinian political field has also led to increasing oppression and discrimination against Palestinian communities elsewhere in historic Palestine as well as in the Diaspora. The Palestinian citizens in the part of Palestine that became Israel in 1948 face a growing raft of discriminatory laws. Palestinian refugees in and from Syria, Lebanon, Jordan and elsewhere also face discrimination and abuse. Overall, the status of the Palestinian cause has experienced a setback in the Arab world and internationally, a situation exacerbated by the internal and external wars in some Arab countries.

Yet Culture Thrives, and Nurtures National Identity

Today, the Palestinian people have neither a sovereign state nor a functioning national liberation movement. Nevertheless, there is considerable strength in the Palestinian national identity due in large part to the role of the cultural field in maintaining and enriching the Palestinian narrative. The role of culture in nurturing Palestinian identity and patriotism is a longstanding one. After the creation of the Israeli state in 1948 and the defeat of the then political elites and the national movement, the Palestinian minority in Israel sustained the national identity through a remarkable flourishing of culture – poetry, fiction, music and films.

The Palestinian writer and journalist Ghassan Kanafani captured this in his remarkable book on Palestinian resistance literature (al-adab al-mukawim fi filistin al-muhtala 1948-1966) published in Beirut in 1968. Other key literary figures included the poets Mahmoud Darwish and Samih Al Qasim, Nazareth mayor and poet Tawfik Zayyad, and the writer Emile Habibi, both in his own works, such as The Pessoptimist, as well as through the communist paper he co-founded, Al-Ittihad. In the 1950s and 1960s, when the Israelis kept the Palestinian citizens under military rule, literature, culture and art served to reinforce and protect Arab culture and identity and the Palestinian national narrative. These works were read throughout the Arab world and beyond, and enabled Palestinian refugees and exiles to sustain their identity through the continuous links with the culture and identity of their homeland.

The “1948 Palestinians”, as they are often referred to in Palestinian discourse, also played a role in introducing other Palestinians and Arabs to the way in which Zionist ideology shapes Israeli policy and mechanisms of repressive control. Many of the 1948 Palestinian scholars and intellectuals joined Palestinian and Arab research centers in Beirut, Damascus and elsewhere and helped evolve this understanding.

Since then, the cultural field has, especially at times of political crisis, offered more possibilities than the political sphere for Palestinians to come together in activities that transcend geopolitical boundaries in cultural forms and genres and all sorts of intellectual production. Literature, film music, and art continues to be produced – indeed is on the rise – ranging from world renown writers, directors and artists to the young artists and writers of today in Gaza and the West Bank and among Palestinians elsewhere. All of this is communicated in a myriad ways, including through social media, fostering and cementing intra-Palestinian and Arab ties and interactions across borders.

The vitality of Palestinian patriotism is grounded in the Palestinian historical narrative and draws on the daily experiences of the communities that face dispossession, occupation, discrimination, expulsion and war. It is this vitality that perhaps drives Palestinian youth, largely born after the 1993 Oslo Accords, to confront Israeli soldiers and colonial settlers in all parts of historic Palestine. It also explains the large crowds that take part in the funeral processions of young Palestinians killed by Israeli soldiers and settlers and in fundraising efforts to rebuild the houses demolished by Israeli bulldozers as collective punishment of the families of those killed in the current youth uprising.

However, highlighting the significance and vitality of the cultural field does not compensate for the absence of an effective political movement built on solid democratic foundations. We need to learn from and transcend the shortcomings of the movement’s original institutions rather than wasting effort, time and resources to restore a disintegrated and defunct political field. We also need to move beyond those concepts and practices that experience shows us have failed, such as the very high degree of centralization: Politics must be the concern of the people and of the rank and file.

We must also safeguard our national culture from concepts and approaches that enslave the mind, paralyze thinking and free will, promote intolerance, sanctify ignorance, and cherish myths. Rather, we should promote the values of freedom, justice and equality.

We need a completely new understanding of political action. Such an understanding can be glimpsed in the language taking shape amongst youth groups and in the relationship between Palestinian political forces within the Green Line. It reflects a deepening awareness of the impossibility of coexisting with Zionism as a racist ideology and a settler colonial regime that criminalizes the Palestinian historical narrative.

At the heart of this emerging political awareness lies the need to engage Palestinian communities in the process of discussing, drafting and adopting national inclusive policies: This is both their right and duty. It is equally important to recognize each community’s right to determine its strategy in tackling the specific issues it faces while participating in the self-determination of the entire Palestinian people.

Building a new political movement will not be easy because of growing factional interests and the fear of democratic values and practice. Therefore it is necessary to encourage community-based initiatives to form local leaderships, with the widest participation possible from community individuals and institutions, following the promising example of the 1948 Palestinians in organizing the High Follow-Up Committee for Arab Citizens of Israel to defend their rights and interests, and the West Bank and Gaza Palestinians in the First Intifada. The Boycott, Divestment and Sanctions Movement (BDS) is also a successful example of this new type of political awareness and organizing. It brings together diverse political factions, civil society organizations, and unions behind a unified vision and strategy.

Some may view this discussion as utopian or idealistic, but we are in dire need of idealism amidst the current chaos and destructive factionalism. And we have a rich history of political activism and cultural creativity upon which to draw.

 Notes:
  1. This commentary draws on a research paper I presented at the conference organized by the Institute for Palestine Studies and Mada al-Carmel Centre, November 7-9, 2015 at Birzeit University and in Nazareth.

Jamil Hilal

Al-Shabaka Policy Advisor Jamil Hilal is an independent Palestinian sociologist and writer, and has published many books and numerous articles on Palestinian society, the Arab-Israeli Conflict, and Middle East issues.  Hilal has held, and holds, associate senior research fellowship at a number of Palestinian research institutions.  His recent publications include works on poverty, Palestinian political parties, and the political system after Oslo.  He edited Where Now for Palestine: The Demise of the Two-State Solution (Z Books, 2007), and with Ilan Pappe edited Across the Wall (I.B. Tauris, 2010).

Désintégration politique palestinienne, culture et identité nationale

Désintégration politique palestinienne, culture et identité nationale

Par Jamil Hilal

Jamil Hilal, conseiller politique à Al-Shabaka, est un sociologue et écrivain indépendant palestinien. Il a publié beaucoup de livres et de nombreux articles sur la société palestinienne, le conflit arabo-israélien et des questions sur le Moyen-Orient. Il a occupé et occupe un poste de associé de recherche principal dans plusieurs institutions de recherche palestiniennes. Les publications récentes sur ses travaux traitent de la pauvreté, des partis politiques palestiniens et du système politique après Oslo. Il a publié “Where Now for Palestine: The Demise of the Two-State Solution (Z Books, 2007) [Où va maintenant la Palestine : la disparition de la solution de Deux-Etats] et, avec Ilan Pappe, “Across the Wall (I.B. Tauris, 2010) [De l’autre côté du mur].

15 mars 2016 – La scène politique palestinienne, dominée par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) depuis la fin des années 1960, est en pleine désintégration depuis que l’Autorité palestinienne (AP) a été établie en vertu des Accords d’Oslo. Quel fut l’impact de la suprématie de l’OLP et quelles furent les répercussions de sa désintégration pour le corps politique palestinien ? Et dans quelle mesure la désintégration du champ politique a-t-elle affecté le champ culturel et sa contribution à l’identité nationale palestinienne ? Telles sont les questions abordées dans cette analyse (1).

5 keffieh khalil

Dans les rues d’al-Khalil/Hébron, octobre 2015

 

 

 

 

 

 

 
L’hégémonie de l’OLP sur le champ politique palestinien a commencé après la bataille de Al-Karameh en 1968, qui lui a permis de nouer une relation centralisée avec les communautés palestiniennes en Palestine historique, en Jordanie, en Syrie, au Liban, dans les pays du Golfe, en Europe et dans les Amériques. Ces communautés ont globalement accepté l’OLP comme leur unique représentation légitime malgré les influences extérieures qui pesaient sur elle, y compris sa forte dépendance à l’aide étrangère, les hauts et les bas de sa relation avec le pays d’accueil et ses relations régionales et internationales. En conséquence, la situation et les caractéristiques uniques de chaque communauté furent négligées, comme leurs responsabilités nationales, sociales et organisationnelles.

De sa position dominante, l’OLP a également été en mesure de consolider la pratique d’une politique de l’élite, commune dans le monde arabe et dans le monde, mais qui n’aurait pas dû s’implanter dans la population palestinienne compte tenu de sa dispersion et de sa lutte de libération. Le fait que l’OLP ait émergé et fonctionné dans un environnement régional et international hostile à la démocratie, tant en théorie qu’en pratique, a contribué à ce développement. La région arabe a été dominée par des régimes aux idéologies nationalistes totalitaires, ainsi que des monarchies et des émirats théocratiques autoritaires ; la démocratie était considérée comme un concept occidental étranger et colonialiste. De même, l’OLP et ses factions ont formé des alliances avec des pays socialistes et des pays du Tiers Monde, dont peu jouissait de démocratie politique. La nature rentière des institutions et des factions de l’OLP et leur dépendance à l’aide et au soutien de pays arabes et socialistes non-démocratiques ont renforcé l’approche politique élitiste et non démocratique.

Une troisième caractéristique de l’hégémonie de l’OLP est que ses factions ont subi une militarisation formelle à un stade précoce, en partie à cause de ses affrontements armés avec des régimes arabes d’accueil, et en partie parce qu’elle était constamment ciblée par Israël. Cette militarisation officielle, par opposition à la guerre de guérilla, a contribué à justifier une relation extrêmement centralisée entre la direction politique et son électorat.

Entre les années 1970 et 1990, les factions et les institutions de l’OLP ont subi de nombreux chocs importants à la suite de modifications de la situation régionale et internationale. Parmi elles l’expulsion de Jordanie après les affrontements armés en 1970-1971 ; la guerre civile qui a éclaté au Liban en 1975, l’invasion israélienne en 1982, l’exode de l’OLP du pays et les massacres de Sabra et Chatila, et la guerre contre les camps palestiniens au Liban en 1985-86. La Première Intifada (soulèvement populaire) contre Israël en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza à la fin de 1987 fut aussi la période où l’islam politique a commencé à envahir la scène politique palestinienne (1988). L’effondrement de l’Union soviétique à la fin de 1989, la première Guerre du Golfe en 1990-91 et l’isolement financier et politique ultérieur de l’OLP ont fortement érodé ses alliances et ses sources de revenus.

Les répercussions de la désintégration

Pendant la Première Intifada, l’élite politique palestinienne n’a pas compris l’importance de la restructuration du mouvement national palestinien et de la reconstruction de relations entre la direction centralisée et les différentes communautés palestiniennes. En outre, l’OLP n’a pas su trouver la manière de traiter avec l’islam politique quand il est apparu sur la scène palestinienne comme une extension des Frères Musulmans, et elle n’a pas intégré le Hamas dans les organes politiques nationaux. Dans le même temps, le Hamas n’a pas réussi à se redéfinir comme un mouvement national. Le mouvement politique palestinien, qui avait auparavant été défini comme un mouvement national ou comme une révolution, a commencé à être appelé “mouvement national et islamique”.

En effet, la Première Intifada a conduit la direction politique à centraliser davantage la prise de décision : elle a signé les Accords d’Oslo sans consulter les forces politiques et sociales à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. Oslo a fourni à l’OLP la rationalisation politique, organisationnelle et idéologique pour marginaliser les institutions nationales palestiniennes représentatives existantes, en utilisant l’argument qu’elle construisait le noyau d’un Etat palestinien. L’AP a été exclue de toute gestion des Palestiniens en Israël, et dès le début, elle s’est désintéressée des Palestiniens en Jordanie. Ses relations avec eux ainsi qu’avec les Palestiniens au Liban, en Syrie, dans les pays du Golfe, en Europe et en Amérique ont été largement réduites à des formalités bureaucratiques par ses ambassades et ses bureaux de représentations dans ces pays.

L’établissement de l’AP en tant qu’autorité à l’autonomie limitée sur des parties de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza n’ayant pas réussi à conduire à un Etat palestinien, les élites politiques furent privées d’un centre potentiel basé sur un Etat souverain, ce qui a accéléré la désintégration du mouvement national. La victoire du Hamas aux élections législatives en 2006 et le contrôle total sur la Bande de Gaza en 2007 ont contribué à la scission de l’autorité autonome en deux autorités, l’une restant sur des morceaux de la Cisjordanie et l’autre dans la Bande de Gaza. Les deux “autorités” sont restées sous occupation et contrôle d’un Etat colonial de peuplement qui continue de coloniser agressivement la terre et de déplacer les Palestiniens des deux côtés de la Ligne Verte.

La désintégration du champ politique national a eu plusieurs répercussions. Les institutions nationales représentatives ont disparu au profit des élites politiques locales. Les dirigeants ont tiré leur “légitimité” de leur ancien parti ou de postes d’organisation et de leur interaction diplomatique avec des pays de la région et des institutions internationales. Le discours prévalant localement et internationalement a réduit la Palestine aux territoires occupés en 1967 et le peuple palestinien à la population vivant sous occupation israélienne, marginalisant ainsi les réfugiés et les exilés, ainsi que les citoyens palestiniens d’Israël. L’appareil sécuritaire en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza a considérablement augmenté, en taille et en part du budget global. La nature rentière des autorités dans les deux zones s’est ancrée grâce à l’aide étrangère et les envois de fonds, et l’influence du capital privé dans leurs économies a augmenté.

Il y eut aussi des changements importants dans la structure sociale de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza. On a ainsi constaté l’émergence d’une classe moyenne relativement importante employée dans les institutions et agences de l’AP, dans des domaines comme l’enseignement, la santé, la sécurité, les finances et l’administration, ainsi que les nouveaux secteurs des services et bancaires, et les nombreuses ONG qui ont été créées. Entretemps, l’importance de la classe ouvrière a diminué. Les inégalités entre les différents segments ont augmenté et le taux de chômage est resté élevé, en particulier chez les jeunes et les nouveaux diplômés. Une mentalité de “fonctionnaire” a gagné du terrain, remplaçant l’esprit de combattant de la liberté. Bien que le Fatah et le Hamas se définissent comme des mouvements de libération, ils se sont transformés en structures bureaucratiques hiérarchiques et sont en grande partie axés sur leur propre survie.

Les élites politiques et économiques ont étalé sans vergogne leurs privilèges et leur richesse malgré la répression de l’occupation coloniale en cours. La classe moyenne en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza sait très bien que son niveau et son mode de vie sont liés à l’existence des deux autorités autonomes. Néanmoins, une grande partie de la population continue de subir l’oppression et l’humiliation des forces militaires et des colons armés israéliens, et souffre non seulement du manque d’une vie décente et d’avenir professionnel, mais aussi de l’absence de toute solution nationale à l’horizon. Le siège draconien d’Israël et de l’Egypte reste aussi hermétique que jamais, ponctué de guerres israéliennes destructrices, et le nettoyage ethnique des Palestiniens de Jérusalem se poursuit inexorablement par les expulsions, les retraits de permis et toute une gamme d’autres tactiques.

En 1967, ces conditions ont préparé le terrain à une situation explosive dans les territoires occupés. Cependant, étant donné que l’OLP, les partis politiques, le secteur privé et la plupart des organisations de la société civile n’ont pas et ne pouvaient pas mobiliser contre l’occupation, les affrontements avec les forces d’occupation militaire d’Israël et les colons dans la “vague de colère” en cours depuis octobre 2015 sont pour la plupart restés individuels et localisés, et sans vision unifiée ni leadership national.

La désintégration du champ politique palestinien a également conduit à une montée de l’oppression et de la discrimination contre les communautés palestiniennes ailleurs en Palestine historique, comme dans la Diaspora. Les citoyens palestiniens dans la partie de Palestine qui est devenue Israël en 1948 sont confrontés à un train croissant de lois discriminatoires. Les réfugiés palestiniens en et de Syrie, au Liban, en Jordanie et ailleurs sont aussi confrontés aux discriminations et aux abus. Globalement, le statut de la cause palestinienne a connu un revers dans le monde arabe et au plan international, une situation exacerbée par les guerres intestines et externes dans quelques pays arabes.

Pourtant la culture prospère et nourrit l’identité nationale

Aujourd’hui, le peuple palestinien n’a ni Etat souverain ni mouvement de libération national qui fonctionne. Néanmoins, il existe une force considérable dans l’identité nationale palestinienne due en grande partie au rôle de la culture dans le maintien et l’enrichissement de la narration palestinienne. Le rôle de la culture dans le nourrissement de l’identité et du patriotisme palestiniens est ancien. Après la création de l’Etat israélien en 1948 et la défaite des élites politiques d’alors et du mouvement national, la minorité palestinienne en Israël a maintenu l’identité nationale par une floraison remarquable de culture – poésie, fiction, musique et films.

L’écrivain et journaliste palestinien Ghassan Kanafani a saisi cette réaction dans son ouvrage remarquable sur la littérature de résistance palestinienne (al-adab al-mukawim fi filistin al-muhtala 1948-1966) publié à Beyrouth en 1968. D’autres personnalités littéraires clés comprennent les poètes Mahmoud Darwish et Samih al Qasim, le maire et poète de Nazareth Tawfik Zayyad, et l’écrivain Emile Habibi, tant dans ses propres œuvres, comme The Pessoptimist, que dans le journal communiste qu’il a co-fondé, Al-Ittihad. Dans les années 1950 et 1960, lorsque les Israéliens ont maintenu les citoyens palestiniens sous régime militaire, la littérature, la culture et l’art ont servi à renforcer et à protéger la culture et l’identité arabes et la narration nationale palestinienne. Ces travaux furent lus dans tout le monde arabe et au-delà, et ont permis aux réfugiés et exilés palestiniens de maintenir leur identité par des liens continus avec la culture et l’identité de leur patrie.

Les “Palestiniens de 1948”, comme ils sont souvent nommés dans le discours palestinien, ont aussi joué un rôle en initiant d’autres Palestiniens et Arabes à la manière dont l’idéologie sioniste façonne la politique et les mécanismes israéliens de contrôle répressif. Beaucoup d’érudits et d’intellectuels palestiniens ont rejoint des centres de recherche palestiniens et arabes à Beyrouth, Damas et ailleurs, et ont aidé à élaborer cette connaissance.

Depuis lors, le domaine culturel a, en particulier en période de crise politique, offert davantage de possibilités que la sphère politique pour que les Palestiniens se réunissent dans des activités qui transcendent les frontières géopolitiques par les formes et genres culturels et toutes sortes de productions intellectuelles. La littérature, la musique de film et l’art continuent d’être produits – et sont même en hausse – allant d’écrivains, de réalisateurs et d’artistes de renommée mondiale d’aujourd’hui à Gaza et en Cisjordanie et parmi les Palestiniens ailleurs. Tout cela est communiqué de multiples façons, y compris par les médias sociaux, promouvant et cimentant les liens et les inter-actions intra-palestiniens et arabes à travers les frontières.

La vitalité du patriotisme palestinien est ancrée dans le récit historique palestinien et il s’appuie sur les expériences quotidiennes des communautés confrontées à la dépossession, à l’occupation, à l’expulsion et à la guerre. C’est cette vitalité qui pousse peut-être la jeunesse palestinienne, en grande partie née après les accords d’Oslo de 1993, à se confronter aux soldats et aux colons israéliens dans toutes les parties de la Palestine historique. Elle explique aussi les foules immenses qui accompagnent les processions funéraires des jeunes Palestiniens tués par des soldats et colons israéliens, et dans les participations aux collectes de fonds pour reconstruire les maisons détruites par les bulldozers israéliens comme punition collective des familles de ceux qui ont été tués dans le soulèvement actuel de la jeunesse.

Cependant, souligner l’importance et la vitalité du champ culturel ne compense pas l’absence d’un mouvement politique efficace construit sur des bases démocratiques solides. Nous devons tirer des leçons et transcender les insuffisances des institutions originelles du mouvement plutôt que de gaspiller des efforts, du temps et des ressources à restaurer un champ politique désintégré et défunt. Nous devons également aller au-delà des concepts et des pratiques dont l’expérience nous montre qu’ils ont échoué, comme le très haut degré de centralisation : la politique doit être la préoccupation de tous, de la hiérarchie à la base populaire.

Nous devons aussi préserver notre culture nationale des concepts et des approches qui asservissent l’esprit, paralysent la pensée et le libre arbitre, promeuvent l’intolérance, sanctifient l’ignorance et chérissent les mythes. Au contraire, nous devons promouvoir les valeurs de liberté, de justice et d’égalité.

Nous avons besoin d’une approche de l’action politique complètement neuve. On peut entrevoir cette approche dans le langage qui prend forme parmi les groupes de jeunes et dans les relations entre les forces politiques palestiniennes au sein de la Ligne Verte. Ce langage exprime une prise de conscience accrue de l’impossibilité de coexister avec le sionisme comme idéologie raciste et régime colonial de peuplement qui criminalise le récit historique des Palestiniens.

Au cœur de cette sensibilisation politique émergente, il est primordial d’engager les communautés palestiniennes dans le processus de discussion, de rédaction et d’adoption de politiques nationales inclusives : c’est à la fois leur droit et leur devoir. Il est également important de reconnaître le droit de chaque collectivité à déterminer sa stratégie en abordant les problèmes spécifiques auxquels elle est confrontée dans la participation à l’auto-détermination du peuple palestinien dans son ensemble.

Construire un nouveau mouvement politique ne sera pas facile étant donné les intérêts partisans croissants et la crainte des valeurs et des pratiques démocratiques. Par conséquent, il est nécessaire d’encourager les initiatives communautaires pour former des leaders locaux, avec la participation la plus large possible d’individus et d’institutions communautaires, en suivant l’exemple prometteur des Palestiniens de 1948 dans l’organisation d’un Haut Comité de Suivi des citoyens arabes en Israël pour défendre leurs droits et leurs intérêts, les Palestiniens de la Cisjordanie et de Gaza dans la Première Intifada. Le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) est aussi un exemple réussi de ce nouveau type de sensibilisation et organisation politique. Il rassemble diverses actions politiques, des organisations de la société civile et des syndicats derrière une vision et une stratégie unifiées.

On peut considérer cette analyse comme utopique ou idéaliste, mais nous avons un besoin impérieux d’idéalisme au milieu du chaos actuel et du sectarisme destructeur. Et nous avons une histoire riche d’activisme politique et de créativité culturelle sur laquelle nous appuyer.

(1) Cet article est extrait d’un travail de recherche que j’ai présenté lors de la conférence organisée par l’Institut d’Etudes palestinienne et le centre Mada al-Carmel, 7-9 novembre 2015, Université de Birzeit et à Nazareth.

jamilhilal
 

Source : Al Shabaka

Traduction : MR pour ISM

L’intellectuel Elias Sanbar et la Biblioteca Islámica d’Espagne, lauréats du Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe 2015

20.01.2016 – UNESCOPRESS

L’intellectuel Elias Sanbar et la Biblioteca Islámica d’Espagne, lauréats du Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe 2015

L’écrivain Elias Sanbar et la Bibliothèque Islamique de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) sont les lauréats du Prix UNESCO-Sharjah 2015 pour la culture arabe. Ils ont été choisis par un jury international d’experts pour leur engagement en faveur de la diffusion de la culture arabe dans le monde. Le Prix leur sera décerné par la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, au cours d’une cérémonie organisée le 14 avril au siège de l’Organisation (Salle IV).

Elias Sanbar (Haïfa, 1947) est l’un des intellectuels arabes les plus reconnus aujourd’hui. Actif dans le domaine de la littérature, du droit, de l’histoire, de la traduction, du journalisme et de la diplomatie, il contribue activement depuis 40 ans à promouvoir une meilleure compréhension de la culture arabe. En 1981, il a été l’un des fondateurs de La Revue d’études palestiniennes, une des publications les plus importantes sur la Palestine, dont il a été rédacteur en chef pendant plus de 25 ans. Sa traduction en français de l’œuvre du poète palestinien Mahmoud Darwich est considérée comme l’une de ses plus grandes contributions à la diffusion de la culture arabe. Il a aussi coécrit, avec Stéphane Hessel, survivant de l’Holocauste, l’ouvrage « Le rescapé et l’exilé », traduit dans de nombreuses langues. Elias Sanbar est aussi Ambassadeur, Délégué permanent de la Palestine auprès de l’UNESCO depuis 2012.Par la richesse de ses collections bibliographiques et ses services, la Biblioteca Islámica de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement, dont le siège est à Madrid, est devenue une référence essentielle dans le domaine des études arabes et arabo-andalouses. Inaugurée en 1954, elle possède plus de 100 000 ouvrages. Parmi les chefs-d’œuvre de sa collection figurent notamment le Lexicon arabicum de Franciscus Raphelengius (1613), le Thesaurus linguarum Orientalium Turcicae-Arabicae-Persicae de Franciszek Mesgnien Meniński, publié entre 1680 et 1687, ou encore la Gramática arábigo-española de Francisco Cañes, publiée à Madrid en 1775.La Bibliothèque collabore activement avec plusieurs chaires universitaires de langue arabe ou de culture islamique et participe aux conférences internationales organisées par l’Association européenne des bibliothèques sur le Moyen-Orient (MELCOM). Elle favorise le dialogue interculturel en nouant des partenariats avec des associations scientifiques et éducatives du monde arabe. En outre, la Bibliothèque islamique de l’AECID apporte son soutien à d’autres bibliothèques arabes sous forme d’échanges et de formations.Créé en 1998 à l’initiative des Émirats arabes unis, le Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe a pour vocation de récompenser les efforts de deux personnalités ou organisations, l’une originaire du monde arabe et l’autre d’un pays non arabe, ayant contribué de manière significative au développement, à la diffusion et à la promotion de la culture arabe dans le monde. Le Prix est doté d’un montant de 60 000 dollars réparti à égalité entre les deux lauréats.

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Le Festival de Baalbek à Marseille

Le Festival d’Aix-en-Provence rend hommage au Festival International de Baalbeck qui s’apprête à souffler ses 60 bougies.

Animée par le poète Issa Makhlouf, cette soirée s’inscrit dans la tradition des salons littéraires et musicaux. Assis face au public, écrivains, compositeurs, artistes confieront leurs émotions liées à Baalbeck et son festival, fragilisés aujourd’hui par la guerre en Syrie, à travers la musique, le chant et la poésie.

Avec la participation de Nabil El Azan (conception et mise en scène), Adonis, Etel Adnan, Talal Haydar, Issa Makhlouf, Salah Stétié (poètes), Bechara El-Khoury, Naji Hakim, Zad Moultaka (compositeurs) Simon Ghraichy (piano), Fadia Tomb El-Haje (chant et textes en français), Rafik Ali Ahmad (textes en arabe).

Le Festival de Baalbeck

Le Festival International de Baalbeck est l’événement culturel le plus ancien et du Moyen- Orient. Il se déroule en été dans l’acropole romaine de Baalbeck, dans la Békaa (Liban).Fondé en 1956, il s’est d’abord consacré au théâtre, à la musique classique, au ballet, accueillant des artistes de renommée internationale comme Nureyev, Cocteau, Béjart, la troupe Alvin Ailey… des artistes de jazz, tout aussi prestigieux, se sont également produits à Baalbeck : Ella Fitzgerald, Miles Davis, Charles Mingus…. Simultanément, le Festival a soutenu de grandes productions locales et arabes, découvrant et encourageant des talents libanais qui ont porté haut et loin la musique orientale avec Fayrouz, Sabah, Wadih el Safi, Roméo Lahoud, les frères Rahbani …

Le Festival International de Baalbeck s’arrête en 1975 et durant toute la guerre civile libanaise … pour reprendre, aussitôt la paix rétablie, ses activités culturelles et artistiques.Depuis sa renaissance, en 1997, le Festival de Baalbeck est resté le fleuron culturel et touristique de la région, offrant des spectacles internationaux de qualité, et encourageant des artistes et des productions locales. Et il a fait école…malgré les moments difficiles qu’il a rencontrés dus à la situation sécuritaire de la région.

Cette année, à la veille des 60 ans du Festival, les organisateurs ont sollicité plus de vingt artistes libanais de renommée internationale, pour que chacun, selon son mode d’expression, soumette une création rendant un hommage à Baalbeck. Ces œuvres se donneront donc toutes la main, le 31 juillet, sur les marches du temple de Bacchus.

Et c’est grâce à l’hommage que le Festival d’Aix-en-Provence rend au Festival International de Baalbeck, à Aix et à Marseille, que ses voix, ses musiques, ses mots, ses gestes, traverseront la Méditerranée et résonneront au-delà des frontières.

http://www.baalbeck.org.lb

Le Festival d’Aix

Chaque année depuis 1948, le Festival d’Aix-en-Provence s’attache à présenter un programme de grande diversité : productions d’opéra, œuvres de jeunesse et célèbres opéras de Mozart, créations contemporaines, redécouverte de chefs-d’œuvre baroques, opéras de chambre, sans oublier d’exceptionnelles affiches de concerts. Il vante plus de 81 000 spectateurs en juin et juillet 2014. En encourageant l’émergence des jeunes talents, le Festival d’Aix a résolument ouvert de nouveaux horizons dans les domaines de la création artistique. Il entend ainsi faire vivre l’opéra dans le monde contemporain et l’entraîner sur les scènes nationales et internationales les plus prestigieuses. En 2014, l’Académie du Festival d’Aix a fêté son 17e anniversaire avec plus de 250 jeunes artistes venus du monde entier, dont la présence a métamorphosé cette manifestation en un extraordinaire théâtre d’échanges et de passion partagée pour l’opéra et la créativité… Parmi eux, 90 instrumentistes issus des quatre coins de la Méditerranée sont venus participer à l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, qui fait aujourd’hui partie intégrante du Festival et lui ouvre de nombreuses perspectives pour développer des projets avec les acteurs culturels du pourtour méditerranéen.

www.festival-aix.com

 

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