Je vous écris de Téhéran – Delphine Minoui

A mon cher Babaï

 La journaliste franco-iranienne, Delphine Minoui, part à la recherche de ses origines persanes et livre un témoignage où l’histoire personnelle se confond à celle du pays. Son dernier ouvrage, Je vous écris de Téhéran, est un récit aussi passionnel que profond.
« l’avion décolle. Enfin ! Vu du ciel, le mausolée de l’imam Khomeyni ne forme plus qu’un point dans la nuit avant d’être englouti par les nuages (…). J’ai quitté ton pays sans me retourner. Comment dire adieu à une moitié retrouvée de soi-même ? ». Quelques années se sont écoulées depuis cette scène de départ, datant de juin 2009, après la réé­lection du président ultranationaliste Ahmadinejad.
La journaliste Delphine Minoui, prix Albert-Londres il y a bientôt dix ans pour ses reportages en Iraq et en Iran, était redevenue citoyenne de la Perse millénaire. De retour à Paris, elle n’arrivait plus à écrire ; ayant perdu la distance nécessaire pour raconter, et a dû mettre cinq ans avant de parachever son troisième ouvrage sur l’Iran, le plus personnel d’ailleurs. Car la grande reporter au Moyen-Orient du Figaro a décidé de centrer son récit sur son histoire et celle de son grand-père paternel, iranien. Elle adresse une lettre posthume à ce dernier qui, sans être le personnage principal du livre, en est incontestablement à l’origine.
La mort subite du grand-père en 1997, dans un hôpital parisien, a incité la journaliste, alors fraî­chement diplômée, à partir sur les traces de sa famille, à sonder le passé pour mieux comprendre le présent. Et c’est justement en fouillant l’histoire de son pays qu’elle effectue une quête de soi et développe une forte sensibilité vis-à-vis de la région.
Pourtant, avant la disparition de son aïeul, elle entretenait avec lui un lien essentiellement épistolaire, parce qu’il n’avait jamais voulu quitter Téhéran, après de longues années passées à Paris en tant que représentant de l’Iran à l’Unesco. Et elle, de mère française, a grandi et avait vécu en France. Un jour, il lui a offert en cadeau ces vers de Hafez : « Celui qui s’attache à l’obscurité a peur de la vague. Le tourbillon de l’eau l’effraie. Et s’il veut partager notre voyage, il doit s’aven­turer bien au-delà du sable rassurant du rivage ».
Comme la plupart des Iraniens, il trouvait en cet illustre poète du XIVe siècle quelque chose de magique ; ses écrits valaient mieux que toutes les boules de cristal : il suffisait de piocher un de ces vers au hasard pour entrevoir son avenir proche. Et ce fut en quelque sorte le cas de Delphine, qui a osé « s’aventurer bien au-delà du sable rassu­rant du rivage ». Elle est arrivée à Téhéran en 1997, environ six mois après l’élection du mollah réformiste, Khatami, afin d’effectuer un reportage sur la jeunesse, comme pigiste à RFI. Puis, elle y est restée 10 ans au lieu d’une semaine. Delphine Minoui a attrapé « l’iranite », comme elle dit, ce virus qui l’a rendue accro à l’Iran, ne voulant plus le quitter, sauf obligée par la tension qui régnait avec l’éclatement du « printemps iranien ».
Loin de la caricature
Tout en découvrant la vie de son Babaï chéri, par fragments, lui pardonnant bien des écarts, elle nous emmène dans son monde à l’iranienne, loin de la caricature médiatique du pays des mollahs. On n’a plus affaire simplement au tchador et au terrorisme, mais à un pays qui n’a rien perdu de son dynamisme, un pays tiraillé entre repli natio­naliste et désir d’ouverture. Cette lutte entre réfor­mateurs et conservateurs constitue la toile de fond de toute l’oeuvre.
La lettre posthume à Babaï est le fil conduc­teur, reliant plusieurs autres récits proches du reportage qui nous font visiter des endroits mul­tiples. D’abord, il y a Qom, la cité religieuse et le premier foyer de contestation de la théocratie.
« C’est là, à l’ombre des minarets, que se déroule le vrai duel entre réformateurs et conservateurs. Une guerre de religion, ou plutôt d’interprétation de la religion. islam contre islam », dit-elle. C’est là aussi qu’elle rencontre le fils de l’ayatollah Ali Montazeri, son père étant assigné à résidence dans sa propre maison, ayant cependant le grade le plus élevé dans la hiérarchie religieuse chiite.
« La seule solution pour sauver la réputation des religieux, c’est de sortir de la politique », souligne Ahmed Montazeri, contestant le fameux principe de velayat-e-faghi (la souveraineté du dogme, consacrant la primauté du religieux sur la poli­tique). Cette déclaration résonne avec celle pro­noncée quelques années plus tard par le petit-fils de l’imam Khomeyni, que la journaliste a ren­contré en Iraq : « Les Iraniens sont friands de liberté. Un rêve impossible tant que religion et politique resteront liées. Alors s’il n’y a d’autre solution qu’une intervention américaine pour obtenir cette liberté, je pense que mon peuple y sera favorable ». Mais l’océan d’insoumis qu’elle décrit en train de défiler dans les rues de Téhéran, ces jeunes sortis vociférer « mort au dictateur », ne se place guère dans cette même logique pro-américaine.
Delphine Minoui nous écrit de Téhéran sur toutes ces femmes et hommes admirables que le pouvoir n’est pas parvenu à briser. On intègre son cercle d’amis et de connaissances : Niloufar, la marraine des jeunes, Baghi, le journaliste qui se convertit aux droits de l’homme, Sara la blo­gueuse qui s’évade pour écrire des poèmes à la lumière d’une bougie en chantant, le milicien bassidji obnubilé par le mythe du martyr, le maestro non-voyant de Shiraz … Bref, toute une galerie de portraits qui permet de brosser le tableau de la répression, mais aussi celui de la transgression des interdits que l’on retrouve sur une piste de danse ou lors de soirées arrosées où le vin se dit « jus de grenade ». L’auteur se raconte et raconte les autres.
Je vous écris de Téhéran, par Delphine Minoui, aux éditions Du Seuil, 2015. 318 p.

Ma petite épicerie marocaine – Abdel Alaoui

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Contes des sages du Maghreb – Jean-Jacques FDIDA

Ce sont des contes du temps jadis, des histoires orientales, provenant de Tunisie, du Maroc et d’Algérie, qui mettent en scène khalifes, sultans, pachas, beys, émirs ou cheikhs… On y trouve également génies, mages, sorciers, ermites, derviches… En cet horizon du levant, soufflent les vents du désert, de la mer, des montagnes et de vertes vallées : on y découvre comment la gifle donnée au sultan change son destin, comment un voleur se fait passer pour un âne, ou encore jusqu’où peut mener l’amour du fils d’un négociant pour la fille d’un palefrenier…

Ainsi, dans des décors pittoresques, les Contes des sages du Maghreb relatent le destin d’êtres simples ou hauts en couleur qui, tout en vivant là-bas, nous parlent aussi d’ici.

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Raconte-moi le Ramadan – Collectif

Rejoins Amir, un petit garçon qui s’apprête à faire le Ramadan pour la première fois ! Sa maman lui explique les traditions et la signification de ce mois sacré. Superbement illustré, cet album constitue pour les enfants une bonne introduction au jeûne du Ramadan. 9chf.    Commander l’ouvrage

TUNISIE : Carnets d’une révolution

Cet ouvrage veut faire entendre les voix qui se sont exprimées lors de la Révolution tunisienne. Il restitue la parole qui a occupé l’espace public, la conversation et la bienveillance qui ont circulé entre les citoyens, le bien commun qui les a réunis.

Il s’attache ensuite à comprendre les enjeux soulevés par la transition politique. Les uns ont transformé l’islam en une biopolitique visant le contrôle de la population. Les autres ne sont parvenus ni à réenchanter la société ni à proposer de nouveaux modes de se gouverner.
Plusieurs catégories de la population, notamment les jeunes, les pauvres et les artistes, sans oublier la forte mobilisation des femmes de toutes conditions, se sont montrées plus créatives. Leurs revendications ont renoué avec l’exigence d’auto- nomie, à l’origine du soulèvement de la multitude.
Pour démêler cette histoire en train de se faire, l’auteur a porté sa vue sur les citoyens ordinaires. C’est en rapportant les expériences individuelles, que l’on raconte en même temps l’histoire du présent et peut-être l’histoire à venir.

Mondher  Kilani  est anthropologue,  professeur à l’Université de Lausanne.
Il a effectué des  recherches en Europe, en Afrique, en Asie et dans le Pacifique. Ses réflexions actuelles portent sur la guerre et la violence extrême; la religion et laicité, les identités et les politiques d’exclusion.

Dernier ouvrage paru: Pour un universalisme critique  (Paris, La Découverte, 2014)..

ACHETER CE LIVRE….

Nature vivante et Âme pacifiée, de Mohammed Taleb

Nouvelle parution en écopsychologie et histoire de la spiritualité.

Relativement récente, l’écopsychologie – qui affirme l’existence d’un continuum entre la vie intérieure et la Nature vivante, entre les paysages de l’âme et notre environnement – repose sur des prémisses pourtant anciennes, qui, parfois, plongent dans l’Antiquité. Les notions d’anima mundi, de microscosmos et de macrocosmos, d’unus mundus, de mundus imaginalis, de homo universalis, sont les piliers du lexique de l’écopsychologie, ses maîtres-mots. Ils disent l’inclusion mutuelle de l’âme et de la Nature. La vie de l’âme n’est pas limitée à la sphère de l’intime, mais se déploie jusqu’aux confins de l’univers. Par l’imagination vraie (l’imaginatio vera de Paracelse) et la symbolisation, la psyché est capable de se dilater, et l’âme de retrouver les chemins de l’Âme du monde, qu’en Islam on appelle nafs al-kulliyya, l’Âme universelle ou totale. De même, la vie de la Nature n’est pas enclose dans la matérialité du minéral, du végétal et de l’animal. A travers ces écosymboles que sont les Quatre éléments (la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu), la Nature se révèle présence intérieure à l’âme. L’anthropologie, en vérité, est d’abord une cosmo-anthropologie, car l’univers, subtilement, est en nous. Les 49 portraits qui jalonnent ce livre, et qui ne sont que des esquisses, des lignes fugitives, sont des portes d’entrée dans le domaine des écovisions, des cosmovisions et de l’écologie spirituelle. Enracinés dans des contextes culturels, civilisationnels, et religieux très divers – de la Grèce de Plotin à l’Allemagne de Novalis, de l’Andalousie musulmane d’Ibn ‘Arabi à l’Irlande de William Butler Yeats, de l’Inde de Rabindranath Tagore à la Russie de Nicolas Berdiaev -, ces Sept fois Sept portraits illustrent la permanence d’une psychologie de l’Âme du monde et d’une écologie sacrée. En ces temps de crise, ces disciplines, à la fois spirituelles, philosophiques et chevaleresques, sont un désaveu cinglant de la modernité capitaliste, de la profanation de l’environnement qu’elle propage, avec son lot d’injustices sociales, de domination des peuples. L’écopsychologie est une exhortation pour en finir avec le désenchantement capitaliste de la Nature, et à entrer dans les lueurs vivifiantes de l’Aube, de l’« Aurore naissante » (Jacob Boehme). Le Coran, dans une sourate, appelle les humains à chercher « la protection du Seigneur de l’Aurore naissante ». Par delà les formes et la singularité des langages, le défi est là : dans la perspective d’un dialogue des civilisations, il nous faut réactiver la portée cosmique de nos cultures.
Nature vivante et Âme pacifiée (Arma Artis, 2014) 45.- frs

 

Autre recension du livre :

Serge Caillet – Bloc-notes d’un historien de l’occultisme: La nature vivante et l’âme pacifiée selon Mohammed Taleb

La nature vivante et l’âme pacifiée selon Mohammed Taleb

Avec son dernier livre, Nature vivante et âme pacifiée (Arma Artis, 2014), Mohammed Taleb, philosophe algérien, défenseur de l’arabité, poursuit son combat pour une rupture avec la modernité capitaliste et pour le réenchantement du monde. Or, ce combat passe par la reconnaissance d’une nature vivante « non pas dans les perspectives des sciences biologiques, avec leur approche souvent physicaliste, mais dans la perspective d’une antique philosophie, la tradition stoïcienne » (p 11), une nature, par conséquent dotée d’une âme, qui « vise à la paix, au calme, à la vacuité, à la tranquillité » (p. 13). Une âme, aussi, aspirant à l’Un, qui est l’âme pacifiée évoquée dans la tradition islamique qui est celle de l’auteur.

Cependant, loin de se cantonner à l’islam, cette écologie sacrée a été chantée de tous temps par « une longue lignée intellectuelle, poétique, spirituelle, de l’Antiquité à nos jours, et cela dans divers contextes de religions, de civilisations, de langues, lignée pour laquelle le monde est un Livre, et chaque fragment de la réalité un signe, un symbole, un hiéroglyphe,  à déchiffrer » (p. 16).

Quarante-neuf témoins sont ainsi appelés à la barre par Mohammed Taleb, à travers « Les sept fois sept Lettres de noblesse de l’écologie sacrée et de l’écopsychologie », de Plotin à Paracelse, d’Ibn’Arabi à François d’Assise, de Robert Fludd à Romain Rolland, de Nicolas Berdiaev à Louis Cattiaux… Autant d’occasion aussi, pour l’auteur, de dresser des portraits spirituels, qui ne se veulent qu’esquisses, et d’ouvrir avec eux des portes d’entrée dans le monde de l’écovision, « des lignes fugitives », chaque chapitre étant d’ailleurs pourvu d’une bibliographie qui va à l’essentiel.

Le message délivré par Mohammed Taleb est simple : « c’est parce que la Nature n’est plus vivante, n’est plus sacrée, qu’il est possible de passer – passage ô combien mortifère – du sacré au profane. Or, la crise environnementale n’est pas autre chose qu’une profanation de la Nature… Mais cette entreprise de violence contre les trois mondes – le minéral, le végétal et l’animal -, n’est pas la seule guerre contre le vivant. L’humain est pareillement mutilé […] Les chosifications de l’environnement et de l’humain sont deux aspects d’une crise unique » (p. 16-17).

Jugé sur les épaules des auteurs traditionnels, Mohammed Taleb appelle ses lecteurs capables de responsabilité, de compassion, d’intelligence à l’égard de tous les vivants, bref, capables d’une amitié environnementale, à devenir militants de l’Âme du monde. Contre l’homo oeconomicus, pour « l’homo universalis, cher au néoplatonisme de la Renaissance et à sa tradition hermético-alchimique » (p. 17), au message toujours plus actuel. Il y a urgence.

  1. C.

Mémoires ébouriffées – Laurence Deonna

« J’ai dû en franchir des barrières, des murs, des frontières, des pays, des préjugés et les aspects plus ou moins avoués du machisme. » Reporter, écrivaine et photographe, Laurence Deonna s’inscrit dans la lignée des grandes voyageuses : Isabelle Eberhardt, Ella Maillart, Anne-Marie Schwarzenbach. Née en 1937, elle leur succède. Autre temps. Autre parcours de vie. Un point commun : l’aventure. Vient s’y ajouter la franchise qui est le luxe de sa génération : une femme qui peut tout dire, ou presque, et même s’étendre sur ses amours-qui-ne-durent-pas-toujours. Son irrésistible sens de l’humour, joint à une volonté inoxydable, lui ont permis de survivre tant aux tragédies familiales, qu’à celles, parfois insoutenables, du terrain du reportage. Son éditrice l’a définie ainsi : « Ce n’est pas qu’une journaliste, c’est une créatrice. » Un fil rouge tisse ces Mémoires empreintes à la fois de légèreté et de gravité : le pacifisme, l’empathie et la compassion, particulièrement envers les femmes. Vétérane des années 60, Laurence Deonna a parcouru en solitaire des pays devenus depuis périlleux. Elle a connu des situations cocasses, comme de réussir à émouvoir le Conseil des Ministres du Yémen, en leur chantant « Les Feuilles Mortes » de Prévert et Kosma. Des situations hasardeuses, comme d’être la seule, en 1984, à pénétrer la redoutable prison politique d’Evine, à Téhéran. Elle s’est trouvée face à de cruels chefs d’Etat, comme Idi Amin Dada et Saddam Hussein, ou d’autres encore de la même veine sanglante. « Les êtres lumineux étaient souvent des sans-grades, eux restent dans mon cœur », dit-elle.
LAURENCE DEONNA est née à Genève, Suisse, en 1937, d’une famille de la haute bourgeoisie. Mais la rigidité du calvinisme l’étouffe. Elle se marie, puis elle fuit. Toutes sortes de petits boulots. De 1962 à 1967, elle assiste Jan Krugier, marchand d’art contemporain mondialement connu, avant de s’en aller sur les routes du monde qu’elle ne quittera plus. Spécialiste du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale depuis près d’un demi-siècle, elle est l’auteure d’une douzaine de livres, tous traduits, ainsi que d’expositions de photos en Europe, aux Etats-Unis et au Canada. On lui doit également des films. En 1987, le Prix de l’Unesco pour l’éducation et la paix lui a été décerné pour l’esprit de son œuvre.

éditions de L’Aire  445pages