« J’ai chanté pour tous les Syriens et je ne veux pas que ma carrière artistique soit liée à la politique »

L’Alépin Hazem Chérif a remporté la finale de « Arab Idol » suivie par 100 millions de téléspectateurs, tout en refusant d’afficher ses préférences politiques.

L’Orient le Jour   15/12/2014

Un jeune Syrien de la ville d’Alep a remporté Arab Idol, le trophée musical le plus envié du Moyen-Orient. La victoire de Hazem Chérif a été obtenue tard samedi à l’issue d’une finale suivie par 100 millions de téléspectateurs à travers le monde arabe.

À l’annonce de son triomphe, le jeune homme de 21 ans a baisé le plateau télévisé, embrassé ses parents avant d’interpréter une chanson patriotique arabe : « J’écris ton nom, mon pays, sur le soleil qui ne disparaîtra jamais. » Durant les quatre mois de la compétition, ce chanteur au visage enfantin avec une petite barbe bien taillée a surtout chanté des airs de qoudoud, la poésie musicale propre à sa ville, comme « Alep est une fontaine de douleurs qui coule dans mon pays ».
Exilé avec sa famille au Batroun, dans le nord du Liban, il a pris soin d’éviter d’afficher ses préférences politiques lors de la finale organisée à Beyrouth par la chaîne saoudienne MBC. Contrairement au Palestinien vainqueur en 2013, il n’a pas brandi le drapeau syrien pour ne pas avoir à choisir entre l’officiel revendiqué par le régime et celui des rebelles. Mais le public a scandé « Syrie, Syrie » après les résultats. « J’ai chanté pour la Syrie et pour tous les Syriens. J’ai 21 ans et je ne veux pas que ma carrière artistique soit liée à la politique », s’est justifié Hazem Chérif.

Ignoré dans les régions rebelles
Ce qui n’a pas empêché les internautes de s’interroger sur son camp. « La première réaction des Syriens après sa victoire a été : c’est un chabih (milicien prorégime) ou c’est un rebelle », affirme Alaa al-Atrache sur Twitter. Mais, pour Sherin Bakro, « Hazem a rendu les gens heureux, et ce soir les tirs sont des balles de joie et non de mort ».
Mais en Syrie, sa victoire a été célébrée dans le camp du régime et ignorée chez les rebelles. L’agence officielle Sana a sobrement annoncé la victoire de « Hazem, le fils d’Alep » qui « a gagné grâce à sa voix très spéciale, capable d’interpréter différents types de chanson ». Dans un reportage diffusé hier par la télévision officielle, une quinquagénaire exprimait l’espoir que « le vote unanime des Syriens en faveur de Hazem Chérif se retrouvera aussi dans la lutte contre le terrorisme ». Dans la phraséologie officielle, le mot « terrorisme » désigne tous les insurgés hostiles au régime.
À Damas, la victoire a provoqué une explosion de joie, comme dans le café al-Machraka où les consommateurs brandissaient des drapeaux syriens. « Cela donne de l’optimisme aux habitants d’Alep et à tous les Syriens. Nous espérons que cette petite victoire en annoncera des grandes », a assuré Yara, une cliente.
« Cet événement prouve que nous sommes toujours en vie, toujours là bien que le monde nous ait oubliés », a affirmé Ahmad Abou Zeid, un habitant des quartiers d’Alep contrôlés par le régime. « Quant à ceux qui nous ont reproché d’avoir oublié les martyrs, je leur dis : Donnez-nous deux heures de bonheur et après nous sommes prêts à mourir le sourire aux lèvres », a ajouté ce jeune de 24 ans.
Dans la partie rebelle d’Alep-est, l’ambiance était radicalement différente. « Personne n’a suivi le programme. L’électricité était coupée et la majorité des gens n’avait même pas entendu parler de cette compétition », assure Zein, un habitant.

 

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