Musique : « Al Musiqa », la culture arabe dans les oreilles !

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Musique : « Al Musiqa », la culture arabe dans les oreilles !

25 mai 2018 à 18h04 | Par 

Pour la première fois en Europe, un événement d’envergure, « Al Musiqa », présentée jusqu’au 19 août à la Philharmonie de Paris, célèbre les musiques du monde arabe.

Quelques pas dans l’exposition, et l’on est accueilli par les vocalises d’un muezzin… Si al adhan, l’appel à la prière, est banal dans une grande partie du monde, c’est une incongruité en France, où l’on demande aux musulmans de rester discrets et aux minarets de garder le silence. L’événement « Al Musiqa », dont l’idée a germé peu de temps avant les attentats de 2015, donne à entendre les voix et musiques du monde arabe, sans exception, en bousculant les idées reçues.

Et fait preuve de pédagogie pour un public familial, rappelant par exemple que l’islam n’a pas banni la musique (même si elle est accusée par certains rigoristes de détourner le croyant de la piété), qu’il n’y a pas que le raï de l’autre côté de la Méditerranée, ou encore que des artistes rap et électro dopés par les mouvements révolutionnaires y sont très actifs.

Voyage musical loin des clichés

L’objectif de l’événement est audacieux, certains diront présomptueux : présenter toute l’inventivité sonore, la richesse musicale, du monde arabe sur pas moins de quinze siècles. Véronique Rieffel, ancienne directrice de l’Institut des cultures d’islam (Paris) et de l’Institut français d’Égypte (Alexandrie), a intelligemment relevé le défi en proposant une promenade en sept étapes et autant de thématiques.

chant avedissian

Entre ballade et balade, l’exposition nous transporte ainsi dans l’espace et dans le temps. Dans le désert pour découvrir la qasida, la poésie bédouine ; dans une ville arabe bercée par les chants religieux ; un palais médiéval pour approcher la musique de cour ; une zaouïa africaine à l’écoute des chants soufis ; un cinéma égyptien en compagnie d’Oum Kalsoum ; un café du quartier parisien de Barbès où sont diffusées les stars immigrées des années 1960 ; un spot branché pour découvrir l’électro chaabi venue de l’Égypte post-Moubarak.

« NOUS NE VOULIONS PAS D’UN DÉCOR EN CARTON-PÂTE QUI ÉVOQUE UN UNIVERS FANTASMÉ », PRÉCISE VÉRONIQUE RIEFFEL

Une ambition encyclopédique qui condamne parfois au survol et fait tiquer les spécialistes… mais qui a le mérite d’ouvrir des pistes pour aller plus loin. D’autant qu’une série de bornes audio, de playlists en ligne mais aussi des concerts programmés sur le lieu de l’exposition (le oudiste Tamer Abu Ghazaleh, le groupe électro 47 Soul ou le jazzman Anouar Brahem) complètent le dispositif.

Artistes arabes

Une autre bonne idée est de proposer le long du parcours un imaginaire visuel à contre-courant des clichés orientalisants. « Nous ne voulions pas d’un décor en carton-pâte qui évoque un univers fantasmé », précise Véronique Rieffel. La commissaire d’exposition avait déjà fait de la sortie de l’orientalisme l’un de ses chevaux de bataille à l’Institut des cultures d’islam. Ici, donc, pas de grandes toiles de Delacroix ou d’autres peintres convoquant l’exotisme arabe, « on les a déjà beaucoup vues… », mais des œuvres réalisées par les artistes arabes eux-mêmes.

Le résultat est spectaculaire, dès l’entrée de l’exposition, où le plasticien tunisien Nja Mahdaoui a suspendu au plafond 20 tambours décorés de calligraphies. Plus loin, dans la salle consacrée au cinéma égyptien, un mur est littéralement couvert d’« icônes du Nil » peintes par le Cairote Chant Avedissian, 54 portraits de stars et d’inconnus qui rendent hommage à l’âge d’or du pays, quand il rayonnait à l’international.

Nora Houguenade

Dans un espace confiné, plongé dans le noir, est projetée la vidéo de l’artiste d’origine algérienne Yazid Oulab, Le souffle du récitant comme signe. Dans une atmosphère mystique, les volutes de bâtons d’encens vibrent au son des récitations du Coran… ouvrant une porte sur le divin. Bref, les œuvres exposées et la scénographie (signée Matali Crasset) ne se contentent pas d’illustrer, elles accompagnent le visiteur.

On ressort de l’exposition avec la furieuse envie d’aller plus loin, de fouiller sur le web ou chez les disquaires pour en entendre encore un peu plus. Et lorsque l’on feuillette le livre d’or, ponctué des remerciements de visiteurs aux prénoms à consonance arabe, fiers qu’on s’intéresse enfin différemment à eux, on se dit que la portée de l’événement est loin d’être uniquement musicale.

Retrouver l’article sur le site de Jeune Afrique
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