Vous avez aimé un événement ?

Vous aimeriez retrouver le nom des artistes ou des intervenants ? Retrouvez toutes les activités passées en sélectionnant ci-dessous à gauche le jour à partir duquel vous souhaitez que s’affichent les archives :

Jan
17
Thu
2019
1869. Les fêtes d’inauguration du canal de Suez. Le voyage pittoresque de l’impératrice Eugénie vu par ses dames d’honneur et les artistes qui l’accompagnent @ Uni Bastions, Salle B 104
Jan 17 @ 18 h 30

1869. Les fêtes d’inauguration du canal de Suez. Le voyage pittoresque de l’impératrice Eugénie vu par ses dames d’honneur et les artistes qui l’accompagnent

Conférence donnée par Arnaud Ramière de Fortanier, Inspecteur général (h.) des Archives de France, Président honoraire du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez

Entrée libre- Jeudi 17 janvier à 18.30,
Uni Bastions, Salle B 104

Thème de la conférence

« L’inauguration du canal de Suez figure parmi les événements les plus importants du XIX° siècle. Pour la France, cela correspond au triomphe de ses entreprises industrielles et de ses ingénieurs des Ponts et Chaussées. Ferdinand de Lesseps, avec Lamartine, Victor Hugo et Jules Verne, est l’une des personnalités préférées des Français, vénéré dans le monde entier. Pour le Khédive Ismaïl, recevoir les souverains des principales nations, c’est affirmer le sentiment national égyptien et la volonté d’indépendance par rapport à l’Empire ottoman.

 

 

L’Impératrice Eugénie, éblouissante, est l’invitée d’honneur de ces folles journées. Tout est mis en place pour diffuser et faire connaître son parcours. Artistes, journalistes et écrivains sont mobilisés pour couvrir l’événement. Une multitude de mémoires tous plus ou moins pittoresques paraissent à la suite pour raconter dans le moindre détail les fêtes fastueuses qui se déroulent en plein désert.

Deux jeunes dames d’honneur : la comtesse Sigismond de Nadaillac, née Benjamin-Delessert, protestante, et Marie de Larminat, catholique, nous ont laissé des comptes rendus en grande partie inédits de la vie quotidienne à bord du yacht impérial, l’Aigle, depuis Venise, en passant par Istanbul, Alexandrie, Le Caire et les chutes du Nil jusqu’à Abou Sinbel, avant l’inauguration triomphale, en tête, d’un canal de Suez tout juste praticable : l’Aigle y perdra quelques palettes de ses roues avec un bruit terrifiant. Des crinolines sur un bâtiment de guerre, il y avait de quoi intriguer. L’impératrice au bras du khédive, aux côtés de l’empereur d’Autriche et du roi de Prusse ; juste derrière, sur l’estrade des Souverains, l’émir Abdel Khader arborant le grand cordon de la Légion d’Honneur. Un an avant Sedan, c’est le sommet – et la fin – du Second Empire.

Les représentations du voyage de l’Impératrice et de ces fêtes, nous laissent une idée précise dans les moindres détails ; les peintres Riou, Frère, Barry et tant d’autres, y ont trouvé une consécration internationale. Récemment redécouverte par ses descendants dans un panière qui a fait plusieurs fois le tour du monde avant de survivre au siège de Madrid, une collection inédite d’une centaine d’oeuvre d’Evremond de Bérard, peintre de la Marine, de la Société de  Géographie et du Museum d’Histoire naturelle, apporte une touche artistique et documentaire qui tranche avec les descriptions pittoresques de ses confrères plus attirés par les mirages d’un Orient réinventé.

 

L’histoire du canal de Suez sera mouvementée ; en 1882, l’Angleterre occupe militairement l’Égypte, Alexandrie est bombardée. La suite sera une longue revendication de l’indépendance égyptienne jusqu’à la révolution de 1952, les “événements” et la guerre de 1956. Depuis 1978, notre Association du Souvenir milite pour rétablir les liens d’amitié tissés pendant plus d’un siècle aux bords du canal de Suez. En novembre 2015, le Président de la République française était l’invité d’honneur de l’inauguration du “Nouveau Canal de Suez”. Nous étions à ses côtés.

La boucle était bouclée.

 


Biographie
Ramière de Fortanier, Arnaud, conservateur général du Patrimoine, directeur des Archives du Territoire de Belfort, de la Ville de Marseille puis à Versailles après dix ans à la Direction des Archives de France comme conservateur du Service technique puis inspecteur général. Administrateur de l’Institut français d’Architecture, 1984–2004. Expert auprès de l’UNESCO et du Conseil International des Archives (ICA/CIA), il a rédigé en 1994 un important rapport sur les archives publiques en Egypte, et a visité le site de la Bibliotheca Alexandrina depuis le tout début de sa construction. Nombreuses missions d’expertise et de conseil auprès de la Turquie, Maroc, Yémen (Sanaa et Aden), Somalie, Ethiopie, Zimbabwe, Comores, Maldives, Sri Lanka, Vanuatu etc. Secrétaire de la Table ronde internationale des Archives (CITRA), président du Groupe des Archives de l’Architecture (ICA/PAR), directeur du Congrès international des Archives Paris-Versailles, 1988.Commissaire de l’exposition sur la Provence et l’Egypte de Bonaparte à l’inauguration du canal de Suez, Marseille, 1983. Administrateur de l’Association du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez depuis 1983, président depuis 2005, il a contribué à l’inscription des archives du Canal de Suez sur le registre de la Mémoire du Monde de l’UNESCO. Associé par la Suez Canal Authority au projet d’un musée du canal de Suez à Ismaïlia. 
Jan
20
Sun
2019
Nouvel an Amazigh 2969 @ Espace de quartier Sècheron
Jan 20 @ 14 h 00 – 22 h 00
Nouvel an Amazigh 2969 @ Espace de quartier Sècheron | Genève | Genève | Switzerland

Jour férié en Algérie pour la première fois,
Depuis 2015, le Nouvel An amazigh est inscrit au patrimoine immatériel universel de l’Unesco, en tant que tradition ancestrale, aux côtés du tifinagh, l’alphabet berbère, et du couscous.

Jan
23
Wed
2019
Contes populaires d’Arménie présentés par Astrid Marandjian @ ICAM-L'Olivier
Jan 23 @ 18 h 00
Contes populaires d'Arménie présentés par Astrid Marandjian @ ICAM-L'Olivier | Genève | Genève | Suisse

Contes populaires d’Arménie, d’après les textes de Hovhannes Toumanian

Ce sont des contes que tous les enfants et adultes d’Arménie connaissent par cœur et qui les accompagnent toute leur vie. Ils sont peuplés de personnages inventifs et rusés, poètes du quotidien, qui se jouent des puissants et des imbéciles, des riches et des méchants. Ces personnages habitent le livre, grâce à ses riches illustrations aux couleurs et aux motifs de l’art populaire arménien. Elles sont l’œuvre d’adolescents orphelins d’un Centre culturel d’ Echmiadzine qui ont ainsi participé à notre projet de rapprochement de deux peuples liés par une longue amitié. C’est cette même idée de rencontre qui nous a conduits aussi à joindre un CD à ce livre afin de faire découvrir la musique folklorique arménienne et ses instruments ancestraux tels que le Kanoun ou le doudouk, le chevi et le kamantcha.
Pour la meilleure connaissance du parler du peuple arménien nous sommes restés le plus possible fidèles aux textes originaux, en gardant toujours présents en mémoire, l’esprit de ces contes et l’âme du peuple. C’est dans cet esprit que le seul mot que nous n’avons pas voulu traduire dans le texte est djan qui signifie âme et qui dans le langage courant acquière une signification à la fois très profonde et très poétique car il vient s ‘accoler au prénom pour marquer le fait que la personne est très chère.
Il est temps maintenant de partir à la découverte de ces personnages simples et bons vivants, pleins d’humour et ayant plus d’un tour dans leur sac. Ils représentent un peuple ancien, habitants de l’Arménie, un pays magique aux frontières de l’Europe et de l’Asie. Venez la découvrir avec nous !

Hovhannes Toumanian (1869-1923)

Né le 19-02-1869 à Dsegh de Lori (Arménie),  mort à Moscou le 23-03-1923
Poète et conteur arménien – Membre fondateur de l’Association des écrivains du Caucase
Յովհաննէս Թումանեան

En savoir plus sur Hovhannes Toumanian 

La présentation et la lecture des contes sera suivie d’une séance de dédicaces
et d’un verre de l’amitié.

 

 

LA BATAILLE D’ALGER, UN FILM DANS L’HISTOIRE Malek Bensmaïl / Festival Black Movie @ Maison des Arts du Grütli,
Jan 23 @ 19 h 15

Revisitant le tournage et la diffusion du film culte La Bataille d’Alger, avec des archives rares et les témoignages des acteurs du film, Malek Bensmaïl éclaire les désillusions post indépendance algérienne bien au-delà du simple récit historique et montre comment un film peut concrètement changer l’histoire.

Jan
24
Thu
2019
LA BATAILLE D’ALGER, UN FILM DANS L’HISTOIRE Malek Bensmaïl / Festival Black Movie @ Maison des Arts du Grütli,
Jan 24 @ 19 h 15

Revisitant le tournage et la diffusion du film culte La Bataille d’Alger, avec des archives rares et les témoignages des acteurs du film, Malek Bensmaïl éclaire les désillusions post indépendance algérienne bien au-delà du simple récit historique et montre comment un film peut concrètement changer l’histoire.

LA BATAILLE D’ALGER Gillo Pontecorvo Film Culte / Festival Black Movie @ Maison des Arts du Grütli,
Jan 24 @ 21 h 45

1957, les paras français cernent le refuge d’Ali la Pointe, chef de la guérilla urbaine luttant dans la casbah d’Alger. Pendant ses heures de réclusion forcée, il revit l’itinéraire qui le conduit de proxénète à celui de meneur du FLN…

Reconstitution historique qui fit longtemps polémique en France et dans le monde, retraçant un des épisodes les plus sanglants de la guerre d’Algérie.

Jan
25
Fri
2019
Concert de Wissam Balays et Nemat Solat @ ICAM-L'Olivier
Jan 25 @ 20 h 00
Concert de Wissam Balays et Nemat Solat @ ICAM-L'Olivier | Genève | Genève | Suisse

Les musiques d’Asie sont pour la plupart dites « modales » : elles ont en effet pour fondement le « mode », qui est une échelle musicale combinée avec un parcours mélodique. C’est le cas de la musique arabe (où le mode est appelé « maqam ») et de la musique persane (où le mode se dit « dastgah »).

C’est de cette confluence du maqam et du dastgah mais surtout de l’amitié entre un musicien libanais et un musicien iranien qu’est né le duo Jahanbin.

Nemat Solat vient de Hafshejan, dans les montagnes du Zagros (centre-ouest de l’Iran). Il pratique le chant, le tar (luth à long manche) et le ney (flûte de roseau). Wissam Balays est un musicien d’origine libanaise. Il joue du oud classique (luth à manche court) et présente régulièrement des conférences sur l’histoire de la musique arabe classique.

Le concert comporte deux parties : une première, principalement instrumentale, où seront interprétées des pièces persanes, turques et syriennes, et la seconde, où le duo Jahanbin présentera des chants traditionnels d’Iran.

Le concert débutera par une improvisation chantée sur le fameux poème d’ouverture du Masnavi :

« Ecoute la flûte de roseau, écoute sa plainte

Des séparations, elle dit la complainte :

Depuis que de la roselière, on m’a coupée

En écoutant mes cris, hommes et femmes ont pleuré

Pour dire la douleur du désir sans fin

Il me faut des poitrines lacérées de chagrin

Ceux qui restent éloignés de leur origine

Attendent ardemment d’être enfin réunis

Moi, j’ai chanté ma plainte auprès de tous

Unie aux gens heureux, aux malheureux, à tous

Chacun à son idée a cru être mon ami

Mais personne n’a cherché le secret de mon âme

Mon secret pourtant n’est pas loin de ma plainte

Mais l’œil ne voit pas… »

 

(trad. Leili Anvar)

Jan
27
Sun
2019
LA BATAILLE D’ALGER Gillo Pontecorvo Film Culte / Festival Black Movie @ Maison des Arts du Grütli,
Jan 27 @ 19 h 15

1957, les paras français cernent le refuge d’Ali la Pointe, chef de la guérilla urbaine luttant dans la casbah d’Alger. Pendant ses heures de réclusion forcée, il revit l’itinéraire qui le conduit de proxénète à celui de meneur du FLN…

Reconstitution historique qui fit longtemps polémique en France et dans le monde, retraçant un des épisodes les plus sanglants de la guerre d’Algérie.

Jan
30
Wed
2019
Rencontre avec Abdelmadjid Sana autour de son livre “Cris de douleurs des profondeurs du Rhumel” @ ICAM - L'OLIVIER
Jan 30 @ 18 h 30
Rencontre avec Abdelmadjid Sana autour de son livre "Cris de douleurs des profondeurs du Rhumel" @ ICAM - L'OLIVIER | Genève | Genève | Suisse

CRIS DE DOULEURS DES PROFONDEURS DU RHUMEL DE ABDELMADJID SANA

Quand un témoignage sérieux attire l’œil de l’Histoire

Préface de Nils Andersson
Témoignage de Jean Mayerat
Poème de Otheill Zerraghi

 

La présentation sera suivie d’une séance de dédicaces et d’un verre de l’amitié
Article publié par Hocine Tamou
Dans le SOIR D’ALGERIE
le 15.11.2018 , 11h00

Qui mieux qu’un homme patriote et honorable, pour faire chorus à une histoire tumultueuse, complexe et qui n’a pas fini de livrer ses enseignements, ses leçons, ses secrets ? Une histoire qui, aujourd’hui, a besoin de lointain comme la perspective. Pour bien expliquer, dire des vérités vraisemblables afin de comprendre le présent.

Dans un ouvrage mémoriel bien structuré et très riche en informations, Abdelmadjid Sana livre un précieux témoignage qui s’inscrit dans une telle exigence d’éveil et de formation de l’esprit par la connaissance historique. Ce récit mémoriel englobe plusieurs périodes historiques, depuis la fin des années 1930 jusqu’aux temps actuels, en particulier les séquences de la guerre d’indépendance et de l’Etat-nation que l’auteur a vécues en tant qu’acteur et témoin. Car, pour lui, «l’identité historique (…) va au-delà de la saga d’une seule génération, aussi exceptionnelle fut-elle» (avant-propos), alors même que la mémoire individuelle constitue, elle, un élément militant et moteur d’une mémoire collective qu’il ne faut pas trahir. Aussi son témoignage garde un caractère intime, personnel, tirant sa force de la charge émotionnelle qu’il véhicule, des sentiments qu’il mobilise, tout en restituant les faits historiques le plus objectivement possible et avec une vision critique. «C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit de considérer notre histoire récente, riche et complexe à la fois, je m’explique tel que vous me lisez, avec tant de peine, tant de douleur et de malaise. A mes yeux, notre histoire est ‘’un long Rhumel d’oublis et d’échos de douleurs qui retentissent dans ses profondeurs’’. Elle est un fleuve qui plonge son cours, telle une jugulaire au cœur de l’antique Numidie», explique l’auteur dans l’avant-propos. Son livre se veut donc un cri du cœur et un cri de révolte contre l’oubli, l’indifférence, le négationnisme. Un exemple parmi d’autres : «La participation de la femme algérienne à la lutte de Libération nationale a souvent été relativisée, voire minimisée, alors que son courage et son engagement ont été réels, que ce soit aux côtés des maquisards ou dans l’organisation civile, au point de s’interroger sur le devenir de l’Histoire, et notamment sur la manière de la raconter et de la transmettre aux générations futures.»
L’introduction aux quatre chapitres qui vont suivre est admirable de lucidité, de franchise et de sereine objectivité. L’’auteur revient notamment sur les «faussaires» de l’Histoire, dont ceux qui «se sont érigés en détenteurs de la ‘‘vérité’’» (parmi eux, «plusieurs auteurs et responsables, au plus haut sommet de l’Etat» ont publié leurs mémoires surtout pour régler des comptes et pour alimenter la polémique). Pendant ce temps, la jeunesse d’aujourd’hui veut affirmer «son autonomie, non plus communautaire mais individuelle cette fois-ci». Abdelmadjid Sana insiste sur la nécessité d’une écriture de l’Histoire «libérée des prétentions partisanes» et sur le combat qu’il faut mener contre l’oubli, l’atonie actuelle ayant sa source dans «le système de conformisme et de stérilité morale qui a suivi l’indépendance». Dans le même avant-propos, le combat contre l’oubli c’est aussi «la profonde reconnaissance et gratitude envers ces étrangers amis de l’Algérie et de son peuple qui, au péril de leur vie, ont fait le choix de soutenir les résistants, les combattants, au nom de la liberté et de la dignité humaine». Parmi eux, Nils Andersson, le préfacier du livre, lui qui «a publié un nombre considérable d’œuvres sur la question algérienne et dont l’impact international a été retentissant». Nils Andersson qui écrit dans sa présentation : «Ce Cri de douleurs des profondeurs du Rhumel  dans ce qui fut, avec celle d’Indochine, la plus grande guerre de Libération nationale, fait vivre cet ‘’héroïsme des petites actions’’ et la ‘’dignité retrouvée’’ avec l’indépendance. Il nous fait entendre le chemin parcouru par l’enfant de Sidi Mabrouk, devenu militant FLN puis diplomate dans l’Algérie indépendante. Il décrit la volonté de Mourad de servir, à chaque étape, son pays, sa fidélité au sacrifice de leur vie de centaines de milliers d’Algériens.»
Le livre raconte un vécu, l’histoire d’une vie. Mourad s’est engagé très jeune dans le combat libérateur. Après l’indépendance, il s’est mis au service de l’édification du pays et a vécu, cette fois-ci, «les péripéties d’une carrière» (chapitre quatrième). Nils Andersson fait remarquer, à propos de la situation paradoxale dans laquelle se retrouve Mourad : «Le pays est à construire, tout semble possible, sauf que l’Algérie ne peut échapper à une double logique, propre à d’autres révolutions : la fraternité de la lutte se morcelle, s’effrite, se dissout naturellement avec la fin des périls ; les ambitions, le pouvoir, l’argent, des rapports claniques, gangrènent les personnes. Les hommes et les femmes qui émergent dans la lutte et les épreuves sont rarement les mêmes que ceux qui excellent dans les carrières. Mourad s’est heurté à cette réalité.» Parce que Mourad est un pur, un homme irréprochable, sans mélange ni concession. L’homme est resté sincère après 1962, c’est-à-dire disposé à reconnaître la vérité et à faire connaître ce qu’il pense et sent réellement. Et c’est pourquoi son témoignage, du début jusqu’à la fin, reste empreint de ces trois qualités qui ont quelque chose en soi  de noble et d’héroïque. Ces valeurs humaines, ce sont la bonne foi, la franchise et la loyauté. Le témoignage d’un brave et honnête homme (qui a aussi des idées), dans lequel se reconnaîtront tous les lecteurs hostiles à toute concession à se tromper soi-même ou à tromper les autres. Les jeunes Algériens d’aujourd’hui — en particulier ceux parmi lesquels «sommeille la graine d’une élite prométhéenne, des ‘‘voleurs de feu’’ qui ne reconnaissent aucune limite à la liberté, aucune frontière à leur imaginaire» (avant-propos) — pourront ainsi s’associer spontanément au texte qu’il ont sous les yeux, d’autant que l’auteur a nettement privilégié l’intérêt humain du message à transmettre.
Ce récit authentique est écrit à la troisième personne et il a pour personnage central Mourad, «l’un des nombreux pseudonymes utilisés durant la guerre de Libération nationale». Autre précision : «Il tient à garder l’anonymat par respect aux martyrs, car cette histoire n’est pas seulement la sienne mais celle de ses compagnons disparus et de tout un peuple. A mes yeux, ce parcours n’a d’intérêt que parce qu’il tente de mettre en exergue, au-delà de l’existence d’un seul individu, et notamment de la mienne, le vécu militant de toute une génération qui a pris son destin en main.» En l’occurrence, le narrateur commence par raconter «Le destin» (titre du chapitre premier) de Mourad depuis sa naissance, en janvier 1937, à Sidi Mabrouk, jusqu’à «L’adieu à Constantine» en 1958 et «Le chemin de l’exil» (chapitre deuxième). Mourad a naturellement reçu la double empreinte de la famille et de la cité constantinoise durant son enfance et son adolescence. Il s’agit là de la première étape, incontournable, de son parcours. C’est cette étape qui permet au lecteur de comprendre pourquoi et comment une séquence historique très particulière va façonner des hommes sûrs, intelligents et déterminés à écrire l’histoire d’un peuple libre. Pour Abdelmadjid Sana, c’est l’occasion d’utiliser ses talents de conteur et de mémorialiste pour raconter le petit village de Sidi Mabrouk, mais surtout Constantine et sa très vieille histoire, son riche patrimoine, les hommes et les femmes qui y ont laissé des marques profondes et durables. Retour aussi sur tout ce qui est important comme repères, évènements, dates, contexte, environnement dans cette Algérie sous domination coloniale avant l’annonce de la guerre de Libération. Mourad «a quitté l’école, en y laissant sa peau, comme un reptile terrien sortant de lui-même, dans la crispation douloureuse de la première mue». L’adolescent va connaître «l’épreuve de la maturité», il est «entraîné par son impatience d’homme ‘‘allant vers sa vie’’, comme disaient les adultes». Tel un chat qui retombe sur ses pattes, il prend en main son destin. Le garçon s’affirme précoce et responsable.
Le déclenchement de la guerre de Libération nationale le surprend «à un âge qui lui permettait enfin d’échafauder des plans pour le futur». Mais autour de lui «la résistance s’organisait ; il fallait y prendre part». L’auteur fait le récit détaillé et complet de l’engagement de Mourad dans le mouvement de libération, notamment la prise de contact avec les combattants, son parrainage puis son recrutement, sa première mission (dépôt de matériel à Aouinet El Foul), les réseaux de planques et de refuges… En cette année 1955, Mourad fait ses débuts de militant actif au sein de l’OCFLN (Organisation civile du Front de libération nationale). Intermède au camp de Habbacha où il rencontre des maquisards.
Mourad va tenir un rôle important dans la mise en place d’une nouvelle organisation, de nouvelles structures (pour les refuges, l’acheminement de médicaments, armes et munitions, denrées). La rencontre avec Messaoud Boudjeriou (dit «El Kabrane»), l’un des chefs politico-militaires de la région, a eu  lieu à cet effet. A partir de l’année 1956, la répression s’intensifie. Année terrible qui s’achève avec un lourd bilan de morts. Le lecteur est entraîné «au cœur de la guerre urbaine». Après les évènements sanglants du 12 mai 1956, les relations intercommunautaires, notamment celles entre les communautés juive et musulmane, sont tendues. l’occasion pour l’auteur de revenir sur la mort de Cheikh Raymond Raoul Leyris, le maître du malouf, assassiné le 22 juin 1961. Car «Mourad connaissait l’homme aussi bien en privé qu’en tant qu’artiste». Par ricochet, Mourad se rappelle très bien le gendre du Cheikh, «l’enfant du pays, Enrico Macias, né Gaston Ghrenassia». Il l’avait connu lorsqu’ils jouaient au football, ou encore, avec d’autres jeunes, ils jouaient «avec des instruments de musique bricolés». Celui qui allait devenir Enrico Macias n’a «à aucun moment laissé transparaître une quelconque sensibilité envers les souffrances du peuple algérien». Digressions et anecdotes ne font pas perdre à l’auteur la chronologie des évènements. Il revient à l’œil de l’Histoire : la guerre totale contre le peuple algérien renforce sa solidarité, en dépit de la misère extrême. Les étudiants, les lycéens et les commerçants s’impliquent à leur tour. Grève des étudiants, engagement des femmes… Le travail de l’ombre réalisé par les militants pour sensibiliser la population «allait donner non seulement de la vigueur à l’ALN-FLN, mais aussi une résonance nationale et internationale». A Constantine, «les groupes de commandos avaient été renforcés par plusieurs éléments féminins qui connaissaient bien la ville et faisaient preuve d’une extraordinaire mobilité, rendant ainsi des services inestimables au moral de la population. La bravoure, la fougue et l’audace de Fadhila Saâdane, de Meriem Bouatoura, de Halouma, ou encore de Fatima Nouioua, dite l’infirmière, pour ne citer qu’elles, forçaient le respect des combattants les plus aguerris. Cette élite féminine était aux premières lignes du combat. Elles avaient fait la démonstration du génie de la femme algérienne qui avait pris en charge sa propre émancipation en emboîtant le pas aux combattants de l’ALN. Elles étaient des dizaines à Constantine». En toile de fond à l’action clandestine du jeune Mourad, l’auteur peint le sombre tableau de la «pacification» menée par l’armée française : multiplication des camps d’internement, torture, exécutions sommaires… A l’approche de la grève des huit jours, Mourad est arrêté, tabassé au commissariat. L’année 1957 marque une nouvelle escalade de la guerre. La grève des huit jours de février 1957 a fait de Constantine une ville morte. Dans le même temps, les représentants de la Révolution à l’étranger «avaient remporté d’éclatantes victoires, en imposant l’internationalisation de la question algérienne devant les instances des Nations unies». Lors de la répression brutale qui a suivi la grève, Mourad est une nouvelle fois embarqué dans une rafle. Libéré, il a la confirmation qu’il est fiché et surveillé depuis longtemps déjà. Son travail au laboratoire départemental de la santé — une «couverture idéale» — lui offre entre autres avantages une formation de laborantin, une initiation à la gestion administrative, un certificat de travail, de quoi rembourser les dettes de la famille. Par parenthèse, l’auteur évoque d’autres faits émouvants : la mort de son aîné de deux ans, Abderrahmane Benmeliek, guillotiné à la prison du Coudiat le 4 mars 1958 ; la disparition du «militant intellectuel Tawfiq Khaznadar» qui «avait été arrêté en avril 1957». Dans le cadre de son travail, Mourad a découvert «une odieuse affaire de femmes, réduites à la prostitution, sous la pression d’officiers de police, de l’armée ou de l’administration coloniale». Parmi elles, Fatima qui lui raconte sa douloureuse histoire…
Pendant que la guerre est portée à son paroxysme, «le général de Gaulle a été accueilli en grande pompe le 3 octobre 1958, lors d’une immense fête organisée place de la Brèche, dans le centre-ville de Constantine». Sur le terrain, l’armée française a entrepris une opération secrète visant à démanteler l’organisation. Des dizaines de militants ont été identifiés, «ceux qui ont réussi à y échapper ont pris le maquis ou se sont cachés pendant un bon moment, comme dut le faire Mourad». Après trois années d’activité clandestine, Mourad a décidé de quitter le pays. La route de l’exil le mène à Marseille, puis à Lyon. «Sur les chemins sinueux de l’exil», le rythme de l’action dramatique s’accélère de nouveau, les sensations fortes sont souvent au rendez-vous (dans la vie mouvementée de Mourad, certains épisodes font penser à un thriller qui se déroule sous les yeux du lecteur). A Lyon, Mourad propose aux militants d’adopter des structures analogues à celles en Algérie, partant du principe que «la main droite ne doit en aucun cas savoir ce que fait la main gauche». Celui que l’on appelle maintenant «Laksentini» va vivre plusieurs mésaventures : arrestation par la police, enlèvement par les messalistes…
L’aide apportée par un jeune couple français «a été pour lui comme une sorte de réconciliation avec le genre humain». Maintenant, il sait qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac (la suite va confirmer cet enseignement). Malade, surveillé, harcelé, il se résout à quitter la France pour la Suisse. A Genève, c’est plus qu’une «résurrection», un nouvel essor. Mourad poursuit la lutte, cette fois «au sein de la délégation permanente du Croissant-Rouge algérien, de la représentation du GPRA et de toutes les autres institutions du gouvernement provisoire». L’expérience helvétique est riche, profonde tant au plan humain que de l’acquisition de nouvelles connaissances, y compris dans le domaine de la formation. Mourad commence à entrevoir une signalisation aux croisements des routes de la vie. Il peut alors porter un regard sereine (l’Histoire ayant besoin d’une mise à distance) sur nombre de sujets, d’évènements et de compagnons : la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 à Paris, la délégation permanente du Croissant-Rouge algérien, l’agonie du mythe de l’Algérie française, l’Association de réfugiés algériens en Suisse, etc. «Les pages de l’amitié» (chapitre troisième) devaient, elles aussi, être écrites. il en est ainsi de «la solidarité d’une partie du peuple français avec la cause indépendantiste, à laquelle se sont ralliées ensuite d’autres populations, d’autres nations». L’auteur mentionne quelques noms, «quelques-unes de leurs histoires détaillées» : Nils Andersson, le pasteur Jean Rouget, les «souvenirs et réflexions de Jean Mayerat» (texte intégral), Olivier Long, André Chavannes, Jean Ziegler…
A Genève, Mourad était chargé des affaires sociales du CRA. Puis il avait été intégré dans le groupe chargé de la logistique autour de la délégation du FLN aux négociations des accords d’Evian. C’est dire combien, à 25 ans, en 1962, il avait acquis une expérience remarquable. En pleine maturité physique et intellectuelle, il perpétue l’idéal de la génération de militants dans la diplomatie. Chargé des affaires consulaires, Mourad représentera l’Algérie au Japon, aux Etats-Unis, en Espagne, au Bénin, au Maroc, à Pékin, en France… Des «péripéties d’une carrière» (quatrième et dernier chapitre) que l’auteur traite sur près d’une centaine de pages. Un parcours surtout semé d’embûches, de désillusions, de rêves brisés et de révolte contenue. A travers cette carrière en dents de scie, c’est l’histoire de la diplomatie algérienne post-indépendance qui est passée au scalpel. Ou comment l’art du ballet diplomatique qui avait permis de battre la France coloniale allait se transformer en une dystrophie progressive. L’auteur dissèque sans complaisance les dégénérescences qui ont pour nom : clientélisme, carriérisme, arrivisme, affairisme, «technobureaucratie sans état d’âme», voracité, favoritisme mesquin, corruption, allégeance, dilapidation des biens publics, règlements de comptes, luttes de clans, «élites» prétentieuses et médiocres…  Et quand il est évoqué «la bande des quatre», «Monsieur Ordinateur», ou cet autre ministre «esprit féodal de l’espèce la plus rétrograde» pour illustrer le propos, «il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas rire» (comme disait Oscar Wilde).
Hocine Tamou

Abdelmadjid Sana, Cris de douleurs des profondeurs du Rhumel, éditions Médias Index 2018, 360 pages, 1 200 DA.

Jan
31
Thu
2019
Sonia Jasmine présente son livre ALGER, cité des paradoxes @ ICAM-L'Olivier
Jan 31 @ 18 h 30
Sonia Jasmine présente son livre ALGER, cité des paradoxes @ ICAM-L'Olivier | Genève | Genève | Suisse

De l’Algérie, Sonia Jasmine, née en France de parents Algériens, n’a que leur héritage culturel et quelques séjours en famille à Constantine comme points de repère. La tentation d’aller à la rencontre de ses racines lui fait accepter un poste à Alger. C’était sans compter sur le choc culturel, parfois violent, même pour une binationale. Deux ans de découvertes du pays, de ses habitants, de ses habitudes de vie, de mise à jour de paradoxes animant Alger, de rencontres, farfelues, émouvantes… Et une question, lancinante : à quelles rives de la Méditerranée s’identifier ?

 

La présentation sera suivie d’une séance de dédicaces et d’un verre de l’amitié

 

Feb
5
Tue
2019
L’Iran contemporain en cinq leçons 5 février – 4 juin 2019 @ Genève
Feb 5 all-day
L’Iran contemporain en cinq leçons 5 février – 4 juin 2019 @ Genève | Genève | Genève | Suisse

La combinaison d’un programme de missile, le démantèlement de l’accord nucléaire de juillet 2015 et les dernières déclarations du Guide Khamenei de reprendre l’enrichissement de l’uranium suscitent des craintes légitimes. Qu’en est-il exactement, alors que l’Union Européenne essaie de garder en place l’accord signé à Vienne ? Faut-il avoir peur de l’Iran? Quelle est sa culture ? Loin des polémiques médiatiques, cette formation veut utiliser une approche multidisciplinaire pour déchiffrer un pays complexe, de longue tradition et d’une grande culture mais, en même temps, plein de contradictions et de paradoxes.

Programme
Leçon 1 : L’Iran en un coup d’œil
Leçon 2 : Connaître l’histoire pour mieux comprendre l’actualité
Leçon 3 : Système politique et société civile
Leçon 4 : L’économie iranienne
Leçon 5 : Géopolitique de l’Iran
Enseignement en présence les mardis, activités en ligne

Mar
6
Wed
2019
Pourquoi Gaza ? Exposition de photos de Khalil Hamra Territoires palestiniens The Associated Press/Visa pour l’Image @ Galerie de l'Olivier
Mar 6 @ 18 h 00 – Mar 29 @ 18 h 00
Khalil Hamra met en lumière le huis clos de Gaza

Photo-reporter depuis 2000, médaille d’or du prix Robert-Capa 2008 pour son travail sur le conflit à Gaza, prix Pulitzer 2013 pour la couverture de la guerre en Syrie au sein de l’équipe d’Associated Press/Visa pour l’Image, le Palestinien Khalil Hamra témoigne des souffrances des habitants de la bande de Gaza dans « Pourquoi Gaza ? »

Avec plus de deux millions d’habitants sur trois cent soixante kilomètres carrés, tentant de survivre après deux Intifada, trois guerres contre Israël et un blocus imposé depuis 2007, et la prise du pouvoir par le Hamas, la bande de Gaza est l’une des régions les plus en souffrance de la planète. Né au Koweït de parents palestiniens, Khalil Hamra est bien placé pour en témoigner. Il y vit depuis 1995 avec sa famille.

« Habiter Gaza, c’est exactement comme être retenu en prison, confie le reporter de 41 ans. Imaginez ce que c’est d’avoir ce sentiment pour vous-même et en plus de savoir que vos enfants et tous les êtres qui vous entourent n’y ont aucun futur. »

Palestinian girls play celebrating the First day of Eid al-Fitr in a United Nations school where dozens of families have sought refuge after fleeing their home in fear of Israeli airstrikes, in the Jabaliya refugee camp, northern Gaza Strip, Monday, July 28, 2014. Monday marked the beginning of the three-day Eid al-Fitr holiday, which caps the Muslim fasting month of Ramadan. Muslims usually start the day with dawn prayers and visiting cemeteries to pay their respects to the dead, with children getting new clothes, shoes and haircuts, and families visiting each other. (AP Photo/Khalil Hamra)

Ses reportages révèlent cette vie quotidienne placée sous le signe du manque et de la peur de perdre le peu qui reste. Ici, les membres d’une famille récupèrent ce qu’ils peuvent dans les décombres de leur maison… Là, un frère retrouve le corps de sa sœur handicapée que sa famille et lui ont dû abandonner en fuyant une attaque israélienne… Ailleurs, le corps d’un bébé de 34 mois repose dans un congélateur faute de place à la morgue de l’hôpital…

« En dépit des souffrances, les habitants de Gaza ont une incroyable volonté de vivre et ne baissent jamais les bras, commente le photographe d’Associated Press/Visa pour l’Image. Ils font preuve d’une résilience exceptionnelle. »

Ses images le prouvent : dans le froid et la pluie, les enfants d’un bidonville jouent dans des carcasses de voitures ; les petites filles se font belles pour célébrer le premier jour de l’Aïd-El-Fitr ; les amoureux se marient et font la fête ; les écolières manifestent contre la baisse des financements internationaux qui les menace de déscolarisation…

En mai 2018, l’inauguration de la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem a attisé l’amertume, ouvrant des semaines d’affrontements sous les pluies de grenades lacrymogènes israéliennes, prolongeant les attentes interminables aux check-points… « J’ai pour Gaza une passion sans limites, et la passion de raconter son histoire, explique Khalil Hamra. Chaque fois que j’essaie de m’en éloigner, une force irrésistible m’y ramène, me poussant à prendre la photo manquante, une image plein cadre de Gaza. »

Armelle Canitrot dans The World NEWS 

 

Vernissage de l’Exposition
Mercredi 6 mars à 18h en présence du photographe Khalil Hamra
L’Exposition se poursuivra jusqu’au 29 mars 2018

 

 

 

Mar
23
Sat
2019
SABIL / Ahmed Al Khatib – Youssef Hbeish en Concert à L’ICAM-L’Olivier @ ICAM-L'Olivier
Mar 23 @ 20 h 00

Si la musique arabe est un arbre aux multiples ramifications, l’un de ses branchages s’appelle Sabîl. Un duo oud-percussions formé par Ahmad Al Khatib et Yousef Hbeisch, 

Ahmad Al Khatib, La douleur et la douceur
Compositeur et âme du groupe, Ahmad Al Khatib maîtrise sur le bout des doigts sa culture musicale ancestrale. En continuateur déjà reconnu, il la tire vers de nouveaux développements. Dès l’âge de huit ans, il suivait l’enseignement exigeant du maître de oud palestinien Ahmad Abdel Qasem. Il accomplit brillamment un cursus de musicologie et violoncelle occidental classique. Après plusieurs années passées à enseigner au Conservatoire national de Musique Edward Saïd à Jérusalem-Est, il est forcé de quitter la Palestine, publie des ouvrages qui font maintenant référence d’enseignement du oud et de transcription musicale pour les compositeurs arabes. Depuis 2004, enseigne la théorie de la musique modale et de la composition, et la musique d’ensemble à l’université de Göteborg. En Suède, il joue avec des musiciens aimant se référer au folklore scandinave. Et si au Proche-Orient on déroule le tapis rouge pour le maître respecté, l’Occident l’invite dans les festivals de musique dites “du Monde” où il écoute avec intérêt les traditions de mondes multiples. Le créateur curieux de langages autres que celui de ses racines a ainsi eu tout loisir de faire son miel des sources d’inspiration les plus variées. Même si des racines douloureuses deviennent alors précieuses et revendiquées en proportion. Un pied dans le passé, un pied dans l’avenir : l’image convient aussi s’agissant d’Ahmad l’instrumentiste, interprète au jeu très pur et empreint de profondeur, qui explore avec constance tous les champs expressifs du oud et recherche sans répit les nuances les plus adéquates.

Ahmad Al Khatib: suffering and softness
The composer and soul of the group, Ahmad Al Khatib’s knowledge and understanding of the musical culture of his ancestors is impeccable. As their recognised successor, he develops that culture in new directions. From the age of eight, he was under the rigorous instruction of oud master Ahmad Abdel Qasem, going on to complete a university course in musicology and Western classical cello with flying colours. After several years teaching at the Edward Said National Conservatory of Music in East Jerusalem, he was forced to leave Palestine, thereafter publishing several works on oud instruction and on musical transcription for modern Arab composers which have become essential references.
Since 2004, he has taught the theory of modal music, composition and ensemble music at the University of Gothenburg. In Sweden, he enjoys playing alongside musicians interested in exploring Scandinavian folklore. Whilst across the Middle East the red carpet is rolled out for this respected master, in the West he is invited to “World Music” festivals where he listens with fascination to the many traditions from around the globe. An inquisitive inventor of languages who has gone beyond the language of his roots, he has had plenty of opportunity to feed his creative juices from all sorts of inspirations. Although he has equally come to cherish and lay claim to those painful roots. One foot in the past, one foot in the future: the image is also fitting for Ahmad the instrumentalist, a performer of great purity and depth, who is constantly exploring the oud’s entire range of expression and tirelessly seeking out its finest nuances. Ahmad Al Khatib has played with David Kuckhermann and ensembles and musicians as diverse as the Oriental Music Ensemble, Karloma, Salam(i), John Williams and the Double Duo. He has performed at all the major festivals in the Middle East and the Arab world (the Oud Days Festival in Amman, the Jerusalem Music Festival in Palestine, Tetouan International Lute Festival), as well as in Brazil, the United States (Kennedy Center for the Performing Arts), Turkey, Estonia (Tartu International Early Music Festival), India, Finland and of course Sweden and France, including the Paris Jazz Festival, Les Suds in Arles, the “Notes d’Écume” in Leucate, the Arab World Institute in Paris, the Chaillol Festival, itinerant music festival Les Nuits d’Été, Aux Heures d’Été in Nantes, Les Musicales in Normandy and Lille La Nuit, to name but a few
Youssef Hbeisch, l’énergie
Youssef accompagne Ahmad sur de nombreuses scènes. Né en Galilée, il l’a rencontré au Conservatoire national de Musique Edward Saïd de Jérusalem-Est. Il a aussi longtemps enseigné au conservatoire de Beit Al Musica (Shefa Amr, Galilée) ou animé des master class et des ateliers de percussions en artthérapie. Il vit maintenant à Paris, mais ses collaborations multiples l’amènent à voyager dans le monde entier.
Il a composé pour le théâtre et le cinéma, a accompagné Karloma, l’Oriental Music Ensemble, Simon Shaheen, Süleyman Erguner, Aka Moon, Issa Hassan, Khaled, Lena Chamamyan, Dorsaf Hamdani, Ibrahim Maalouf, Soeur Marie Keyrouz, Lo Cor de la Plana et Manu Théron, Rula Safar, Bratsch, Abed Azrié, le Projet Khoury, Philippe El Hage… Il constitue également le quatrième pilier du Trio Joubran. À chaque concert, les spectateurs sont stupéfaits par sa dextérité non dénuée d’opiniâtreté et contaminés par l’énorme plaisir qui se dégage de son improvisation. À chaque projet, Ahmad est émerveillé par la soif de musique et d’expérimentation d’un complice dont la créativité nourrit son inspiration. Musicien de l’instinct, Youssef Hbeisch trouve immédiatement sa place dans n’importe quel morceau puis y imprime sa marque durant l’étape collective de la création. Cette marque, construite au gré des trouvailles depuis qu’il est tout jeune, est constituée d’influences latines, indiennes, africaines, brésiliennes… comme du souvenir de sa mère tamisant le grain. Youssef a développé polyrythmies et polymétries à partir de sa propre culture ; il les enrichit et les embellit grâce à une curiosité toujours en éveil. Dans l’esprit des compositions de Zabad, Youssef a voulu rester sur la notion d’un son traditionnel. Il n’a utilisé que les habituels derboukas, bendir et riqq, y ajoutant quelques cymbales et clochettes pour enrichir la dynamique et l’ambiance. Il garde aussi un phrasé rythmique et des techniques qui marquent sa singularité. Son jeu confère aux compositions une ossature, autant qu’une enveloppe sonore inégalable : le contraste entre les mouvements secs qu’il imprime au riqq et les gémissements tirés du bendir serre la gorge des auditeurs les plus cérébraux.
Youssef Hbeisch: energy
Youssef is often to be found performing at Ahmad’s side. Born in Galilee, he met Ahmad at the Edward Said National Conservatory of Music in East Jerusalem. For ten years, he also taught at the Beit Almusica Conservatory in Shefa’amr, Galilee, where he ran master classes and percussion therapy workshops. He now lives in Paris, but his numerous collaborations have taken him all over the world. He has composed for the theatre and the cinema and has accompanied the likes of Karloma, the Oriental Music Ensemble, Simon Shaheen, Süleyman Erguner, Aka Moon, Issa Hassan, Khaled, Lena Chamamyan, Dorsaf Hamdani, Ibrahim Maalouf, Sister Marie Keyrouz, Lo Còr de la Plana and Manu Théron, Rula Safar, Bratsch, Abed Azrié, the Khoury Project and Philippe El Hage. He is also the fourth pillar of Le Trio Joubran.
At every concert, the audience are blown away by his tenacious dexterity, and the enormous pleasure radiating from his improvisation is infectious. With each project, Ahmad continues to be in awe of the thirst for music and experimentation of his fellow musician, whose creativity nourishes his inspiration. An instinctive musician, Youssef Hbeisch can immediately find his way around any piece of music, stamping his personal mark during the collective stage of its creation. This mark, forged from the discoveries made along the way since his earliest childhood, is composed of many influences, Latin, Indian, African, Brazilian . . as well as more personal memories, such as his mother sieving grain. Youssef has drawn on his own culture to develop polyrhythms and polymetres which he has enriched and embellished by virtue of his ever lively curiosity. In keeping with the compositional spirit of Zabad, Youssef wanted to preserve the idea of a traditional sound. Making use only of the customary darbuka, bendir and riqq, he has added some cymbals and bells to enhance the vibrancy and mood. He has also retained a rhythmic expression and a range of techniques which define his distinctive style. His playing provides the compositions with a framework as well as a sublime sheath of sound: the contrast between the sharp movements he stamps out on the riqq and the laments he draws from the bendir will bring a lump to the throat of the most cerebral amongst us.
Apr
7
Sun
2019
Trio Abozekrys at Cully jazz festival @ Scène Next Step / Cully Jazz Festival
Apr 7 @ 19 h 30
Trio Abozekrys at Cully jazz festival @ Scène Next Step / Cully Jazz Festival | Bourg-en-Lavaux | Vaud | Suisse

À peine âgé de quinze ans, Mohamed Abozekry devient le plus jeune professeur de oud au monde. Maîtrisant aussi bien le répertoire égyptien de ses racines que la musique traditionnelle arabe, le jeune prodige s’est vite démarqué en mêlant les sonorités orientales au jazz, au rock ou à d’autres musiques du monde. Après avoir parcouru les scènes du Moyen-Orient aux côtés de son professeur Naseer Shamma, maître du oud iraquien, Mohamed s’installe en France où il développe ses projets personnels. Aujourd’hui, il s’entoure pour la première fois de son frère Abdallah Abozekry au saz et du batteur Nicolas Thé pour former un trio entre Orient et Occident, tradition et modernité, délicatesse et explosivité. Leur premier album «Don’t Replace Me by a Machine» est une pure merveille.