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Colombie: la langue espagnole et ses racines arabes

Colombie: la langue espagnole et ses racines arabes

 priere-colombieDes musulmanes en train de prier lors du vendredi saint dans la mosquée de Medellin en Colombie. RFI / Najet Benrabaa

Selon les classements, l’espagnol est la troisième langue la plus parlée au monde. Mais c’est sans compter le mélange avec ses racines arabes. La présence des Arabes dans la péninsule ibérique durant huit siècles a laissé des vestiges dans le castillan. Ces derniers se sont ensuite étendus dans l’ensemble des pays hispanophones. En Colombie, il est connu et reconnu que des centaines de mots d’usage quotidien sont d’origine arabe. Il suffit de demander et les langues se délient sur la question.

De notre correspondante à Medellin,

Il n’est pas rare de trouver des traits physiques communs entre les Colombiens et les Arabes. Il vous le diront eux-mêmes sans rougir, tout comme Luis. Ce chauffeur de taxi à la barbe parsemé de gris et de blanc s’en amuse régulièrement avec ses clients. A presque 60 ans, il baragouine un peu de français, d’anglais et d’arabe.

Tout sourire, il aime les mélanger pour divertir ses passagers : « On me dit souvent que je ressemble à un Arabe. Il y a des fois, quand il fait très chaud, je mets ce petit bout de tissu sur la tête, un peu tel un turban et là mes clients d’origine arabe, car il faut dire qu’il y en a de plus en plus, se mettent à me parler en arabe. C’est très drôle. Mais il est vrai qu’on utilise un tas de mots d’origine arabe comme « camisa, almohada, aceite, oliva, limón, naranja, sandía, zanahoria » (« chemise, coussin, huile, olive, orange, citron, pastèque, carotte »). Même dans la prononciation, il y a beaucoup de sons identiques comme  » la jota – le J  » et le  » H  » aspiré. »

Un dictionnaire de 2 000 mots arabes dans la langue espagnole

Comme Luis, la majorité des Colombiens parle ouvertement de ces vestiges linguistiques. Les professeurs d’arabe le confirment. Ahmad Dazuki donne des cours deux fois par semaine dans la mosquée de Medellin. Il assure qu’il prend le temps de leur expliquer ces subtilités. La plupart étant des hispanophones, l’apprentissage leur paraît alors plus simple.

« Il existe un dictionnaire officiel des 2 000 mots d’origine arabe. Il a été établi en 1999. Ils ont été reconnus par une institution académique, explique-t-il. Mais le plus impressionnant, c’est les vestiges dans la culture. Il y a des noms de lieux, de sites arabes dans toute la Colombie et tous les pays qui ont été sous domination espagnole ou arabe. Souvent, c’est seulement la prononciation qui change la signification du mot et ainsi l’intègre à la langue espagnole. »

Des exemples à foison

Ahmad Dazuki commence alors la démonstration concernant le Rio Magdalena, le fleuve le plus important de la Colombie, qui se trouve dans une large vallée entre les cordillères centrale et orientale des Andes colombiennes, en direction du Nord à travers tout le pays. « Le fleuve Magdalena a été découvert par Rodrigo de Bastidas, le fondateur de la ville de Santa Marta. La partie qu’il a découverte est celle qui se jette dans la mer. On la nommait à l’époque  » Bocas de Ceniza « , qui veut dire  » les bouches de cendres « . Mais, en voyant son immensité qui ressemblait à une mer gigantesque , il l’a renommé  » al magdolana « , qui signifie  » l’immensité, le majestueux est nôtre « . Avec la déformation de prononciation, c’est devenu Magdalena. »

Cependant, dans l’histoire colombienne, ce nom est reconnu comme étant celui d’une sainte : Marie de Magdala. Son nom espagnol complet étant Rio Grande de la Magdalena, ce qui signifie « la grande rivière de la (Marie-) Madeleine ». Un autre exemple marque la domination arabe à Medellin. L’un de ses quartiers, celui de la mairie, se nomme Alpujarra. Il est dérivé du mot arabe « al-Busherat » (al-bugscharra) traduit comme « Terre de pâturages ». Ahmad explique qu’à la découverte du site, il n’y avait que de larges plaines et des pâturages à perte de vue, d’où l’appellation liée aux pâturages. Aujourd’hui, il s’agit d’un quartier administratif mais aussi d’une station de métro. Ce mot fait partie de l’ensemble des autres qui débutent avec « Al », tous liés à la langue arabe.

Pourquoi cette influence de la langue arabe ?

Cette influence de la langue arabe est liée tout d’abord à la présence des Arabes dans la péninsule ibérique durant huit siècles. La conquête débute au VII siècle. Son influence est très marquée en Andalousie qui fut alors bilingue au moins jusqu’au XIe ou XIIe siècle.

Ensuite, la complexité de la langue arabe a contaminé l’espagnol. Ahmad Dazuki explique cette influence par les origines de la création même l’arabe. « La langue arabe est une langue avec des racines propres, elle n’est pas dérivée d’une autre, explique le professeur. Ces mots sont donc uniques. Il y a beaucoup de mots qui ne sont pas traduisibles ni en espagnol ni dans une autre langue. Alors les mots sont restés tels quels dans l’usage espagnol. » Ainsi, certains chercheurs linguistes affirment que 8% des mots espagnols sont dérivés de l’arabe, soit 4 000 mots.

Enfin, il faut noter que l’engouement pour la langue arabe est également croissant en Colombie. Du fait de l’expansion de l’islam dans le pays mais aussi de la passion pour la culture orientale. A Medellin, il existe même un diplôme de spécialisation sur la culture arabe et du monde musulman dans l’une des universités les plus côtés de la ville : EAFIT.

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