Femme de tête comme de coeur, Leïla Shahid, à l’image de la Palestine

  • Écrit par Eric Anglade
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Leïla Shahid vient de quitter ses fonctions d’ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne. Après ces nombreuses années passées à plaider et défendre la cause de son peuple, elle entame un nouveau cycle dans sa vie et consacre son premier voyage au Maroc, pays avec lequel elle a des liens profonds. De passage sur Ouarzazate en partance pour les trésors culturels de la région Sud Est du Maroc, elle a accepté de prendre le temps du dialogue avec l’équipe d’almaouja.com pour nous dessiner son parcours de vie et nous faire partager ses vues sur les bouleversements actuels qui traversent notre monde. Fidèle à elle-même, Leïla Shahid nous délivre un message de responsabilité où la reconnaissance de la gravité de l’état du monde n’empêche pas d’assumer l’espoir du mieux, et d’encore travailler à son avènement.

Almaouja.com – Pourriez-vous nous décrire les grandes étapes de votre vie ?

Leïla Shahid – La vie est faite comme les saisons de la nature, par des cycles. Je suis née un année après la Nakba, en 1949 donc, au Liban et en exil, de parents originaires de la Palestine mais partis tous deux assez tôt ; mon père pour faire ses études, notamment de médecine, et ma mère, née à Jérusalem, venant d’une famille militante qui s’est confrontée dès 1936 aux britanniques alors en charge de la Palestine, et qui s’est trouvée déplacée à Beyrouth.

Le premier cycle de ma vie aura été la découverte que j’appartenais à un peuple qui existait sans patrie. Ce fut pour moi la découverte de l’injustice envers la Palestine accompagnée des sanglots de ma mère, femme très positive et à qui je ressemble mais qui a vécu douloureusement ce sentiment d’arrachement.

Cette première partie va jusqu’en 1967, année où je devais passer mon baccalauréat mais où les épreuves ont été annulées alors que le 5 juin la guerre commençait. Je me souviens encore faire la fête avec mes amis avec ce sentiment de liberté retrouvée qui nous traversait. Et quand nous voyons en six jours quatre armées arabes se faire battre par l’armée israélienne, nous nous sommes sentis vraiment humiliés et honteux.

Cet échec n’était pas seulement celui des armées mais aussi celui des élites arabes et des partis politiques arabes. Alors à partir de cette période, je décide qu’il faut que je m’engage politiquement, et je le fais dans ce qui était à l’époque le mouvement anticolonialiste et laïque qui me correspondait le plus, sans dogmatisme et avec un vrai esprit d’ouverture, le Fatah.

Là commence le second cycle de ma vie et la première chose que je fais est d’aller travailler auprès des palestiniens dans les camps de réfugiés, camps qui étaient à cette époque interdits aux non résidents. C’est d’ailleurs là que commença la première Intifada puisqu’en 1969, dans les 15 camps de réfugiés palestiniens qui entouraient alors Beyrouth, un soulèvement organisé par l’OLP permet de mettre dehors les personnels de l’ONU et de la sécurité libanaise, et de transférer la gestion de la vie des palestiniens réfugiés à des comités populaires. Il faut se rappeler qu’à cette époque, ces camps réunissaient près de 400.000 personnes dans un pays qui comptait une population de 3 millions d’habitants.

Dans le même temps, je suis des cours de sociologie à l’université américaine de Beyrouth et j’entame une thèse de doctorat en 1972 sur le thème justement de la structure sociale des camps de réfugiés palestiniens. Mon intention était de comprendre comment une population, réfugiée depuis des dizaines d’années, puisqu’elle est partie en 1948, reste aussi unie dans son aspiration à une identité nationale et capable de faire une intifada, c’est à dire un soulèvement, comme celui auquel je venais d’assister en 1969.

Bien sur je ne pouvais pas imaginer que vingt ans après, les palestiniens se soulèveront encore mais à ce moment je voulais comprendre comment une société civile prend son sort en main. Et c’est pour cela que j’ai depuis un attachement particulier avec les sociétés civiles et leur actions au sein de milieux défavorisés. Un camp de réfugié, c’est comme un bidonville, c’est comme un quartier pauvre au Brésil, comme une favela au Chili. Ce sont des milieux sociaux marginalisés, défavorisés et humiliés, dépossédés de leur dignité. En Palestine s’ajoute certes le côté politique avec l’occupation militaire et la diaspora, mais du point de vue humain, le défi est la même.

Le Maroc, un pays où les marocains se sentent bien dans leur identité

En 1974, quand je finis ma maitrise, je décide de m’inscrire à l’Ecole Pratiques des Hautes Etudes de Paris afin de poursuivre un doctorat sur le même sujet. Et en 1977, je rencontre mon mari, le romancier marocain Mohammed Berrada. Je m’installe alors au Maroc où j’ai un véritable coup de foudre pour ce pays car je venais d’un endroit où tout le monde se faisait la guerre, palestiniens et libanais, chrétiens et musulmans, étrangers et nationaux. Là, j’arrivais dans un pays où les marocains se sentent tellement bien dans leur identité, dans cette longueur de leur histoire, dans cette mémoire qu’ils ont depuis la manière de préparer le thé jusqu’à la manière de vivre entre amazigh et arabe.

Je suis restée au Maroc jusqu’en 1989, période où le Président Arafat décide alors de nommer des femmes ambassadrices car il était émerveillé par le rôle joué par les femmes dans la lutte palestinienne, et notamment lors de la première Intifada qui commence en 1987. J’ai ainsi été nommée ambassadrice de la Palestine en Irlande, et puis en Hollande, au Danemark, à l’Unesco et enfin en France, pays que j’ai beaucoup aimé car la société civile française est celle qui comprend le mieux le monde arabe.

Fin 2005, je quitte Paris pour rejoindre Bruxelles pour représenter la Palestine auprès de l’Union européenne car je considère que la relation entre l’Europe et le monde arabe est stratégique et civilisationelle. La géographie nous montre en effet que les pays du Sud de la Méditerranée et ceux du Sud de l’Europe ont une histoire et une culture communes.

Le Maroc est comme l’alter égo de l’Europe, le frère jumeau séparé par l’eau

Almaouja.com – Justement si l’on se réfère aux années 1990 période où les responsables européens, avec Jacques Delors en tête, ont pu faire émerger au niveau politique cette réalité euro-méditerranéenne, et que l’on compare ces grands idéaux d’alors avec la situation actuelle, comment comprendre ce qui s’est passé ? Où a été selon vous le point d’achoppement qui fait qu’aujourd’hui l’on ne parle plus de cette ambition euro-méditerranéenne ?

LS – C’est à cause de la bureaucratisation du projet européen et de sa dépolitisation. Puisqu’un grand nombre de pays n’ont pas voulu d’union politique, le projet des fondateurs de l’Europe est devenu un projet technique au service du seul business. Ils ont créé l’union financière, aboli les frontières pour avoir des conditions de travail plus faciles. Et vis à vis du monde, les européens se sont montrés avant tout intéressés par l’accession aux grands marchés commerciaux, comme celui de l’Afrique ou du monde arabe, mais ils ne voulaient surtout pas avoir une position commune sur les questions politiques, pas seulement la Palestine mais aussi comme on le voit aujourd’hui sur l’Ukraine.

Le projet fondateur de l’Europe visait à construire une puissance régionale qui devait trouver sa place aux côtés de la puissance américaine et soviétique. Mais très vite les élites européennes ont contré cette orientation.

Almaouja.com – Lors d’une interview données récemment au journal Médiapart, vous avez eu des mots très forts vis à vis de l’Europe en usant du terme de lâcheté.

LS – Oui sur le Palestine, il y a eu lâcheté de la part de l’Europe. Ce n’est pas le cas sur d’autres sujets comme au Maroc où là l’Union européenne a fait le plus d’effort mais c’est parce que le Maroc est comme l’alter égo de l’Europe, le frère jumeau séparé par l’eau. Tandis que la Palestine exige que l’on soit sévère à l’égard d’Israël or les européens sont devant Israël d’une telle lâcheté ce qui fait qu’Israël détruit régulièrement tout ce que les européens investissent en Palestine. Depuis 2008, les européens investissent 1 milliard et demi d’euros chaque année. Ils ont construit un aéroport et Israël l’a bombardé, ils ont commencé à construire un port et Israël l’a bombardé. Ils ont soutenu les accords d’Oslo et Israël les ont vidés de leur contenu. Et les européens n’osent pas prendre une seule sanction contre Israël.

Almaouja.com – Comment expliquez-vous cette lâcheté ?

LS – Il y a deux raisons principales. C’est avant tout l’intervention de la question juive et donc la mémoire de la Shoah dans les processus électoraux des pays européens. Les lobbies israéliens pèsent très lourds dans toutes les élections, bien plus que le lobby non existant des populations maghrébines en Europe, comme en France ou en Belgique où leur communauté, en tant que non autochtone, est pourtant la plus importante. C’est donc l’instrumentalisation de la culpabilité vis à vis de la Shoah qui donne autant de force à Israël.

La seconde raison est la vision dépolitisée des relations avec les pays du Sud. Il faut se souvenir que le projet euro-méditerranéen initié à Barcelone en 1993 avait une vision non seulement étatique de la coopération entre tous les pays riverains du pourtour méditerranéen mais aussi qu’il impliquait les sociétés civiles. Et chaque sommet entre les gouvernements de ces pays s’accompagnait alors de rencontres entre les sociétés civiles. Des forums sociaux se tenaient en parallèle et j’ai pu moi-même y rencontrer tous les militants et acteurs citoyens de la Mauritanie jusqu’à la Turquie, dont ceux d’Israël. Ces rendez vous citoyens ont été annulés au profit de rendez vous techniques qui assurent l’établissement d’accords commerciaux et sur ce plan, les européens sont plus intéressés par Israël que par les arabes qui ne produisent pas grand chose.

Israël les intéresse beaucoup notamment dans le domaine de la pharmacologie ou des armes. C’est en effet un des leaders dans la fabrication des drones militaires et des médicaments génériques et un récent accord lui permet de vendre ses médicaments en Europe sans payer de taxes. Israël est un meilleur client, le portefeuille de ses échanges avec l’Europe étant de 30 milliards d’euros.

Le cycle du printemps arabe se poursuivra en temps voulu

Almaouja.com – Quel regard portez vous sur les « printemps arabes » qui ont traversé les sociétés de nombreux pays du Sud méditerranéen ?

LS – Ce que l’on a appelé le « printemps arabe » est pour moi une Intifada arabe. Il a perdu sa première bataille mais il faut comprendre qu’en réalité ces soulèvements relèvent d’une véritable tectonique des sociétés arabes qui ont vu là leur premiers mouvements depuis les indépendances de tous ces pays. C’est le premier vrai soulèvement où les citoyens, et les jeunes comme les femmes en premier lieu, expriment, en dehors des partis politiques ou des syndicats, leur souhait de participer à la définition de leur société. Ils disent : nous voulons être les artisans de notre avenir.

Ce mouvement n’a pas abouti du premier coup, et c’est normal. Ses acteurs n’étaient pas encore organisés ni assez expérimentés pour participer à des élections démocratiques. Il faut du temps pour organiser des élites nouvelles, pour faire émerger des partis politiques avec des programmes sérieux. Les seuls qui étaient organisés étaient alors les organisations islamistes et ils ont pris le devant de la scène mais ce n’est que temporaire.

Certes, ce premier cycle du printemps arabe a favorisé l’émergence d’un djihadisme barbare qui, s’il relève d’une pathologie, demeure directement lié à l’essor du salafisme dans le monde depuis l’émergence du wahhabisme parti d’Arabie saoudite. Cette lecture rétrograde de l’Islam s’est développée de partout, comme en France et en Europe, sans que personne n’intervienne.

Mais je reste confiante car je sais que le cycle du printemps arabe se poursuivra, en temps voulu.

Les enjeux sont humains et pas simplement commerciaux

Almaouja.com – Que faire face à cette situation ?

LS – Il faut une autocritique profonde des arabes et des musulmans. Il faut que les musulmans disent haut et fort que la version de l’Islam diffusée par les djihadistes n’est pas l’Islam. Les Etats, les élites et les citoyens doivent le dire tous les jours. Pour ma part, je le dis tout le temps car je suis de culture musulmane.

Deuxièmement, il faut que les européens fassent eux aussi leur autocritique car ils ont jadis soutenu des anciens dirigeants comme en Tunisie et en Egypte alors que maintenant ils applaudissent les révoltes arabes et appellent à la démocratisation de ces pays. Il faut qu’ils reconnaissent qu’ils n’ont rien compris à ce qui s’est passé, au même titre qu’ils ont accepté le développement du salafisme dans leurs sociétés alors que ce dernier n’est pas tombé du ciel par hasard mais qu’il a été soutenu par des pays comme l’Arabie saoudite et le Qatar, pays avec lesquels les européens font des affaires.

Les européens doivent reconnaitre que c’est avec les sociétés civiles qu’il faut travailler et qu’ils convient donc d’être à l’écoute de ces sociétés civiles des pays du Sud. La propriété du projet euro-méditerranéen doit désormais appartenir à tous, être partagée entre tous. Les enjeux sont humains et pas simplement commerciaux car ce qui nous réunit tous est avant tout d’ordre culturel.

Tout le monde est impliqué dans cette grande crise et tout le monde doit s’efforcer de trouver des solutions. Pour cela, il nous faut analyser d’où vient la violence et cette violence ayant aujourd’hui pleinement traversée les frontières, cela peut sans aucun doute aider à réveiller les esprits des européens.

Il y a au Maroc une dimension naturelle de la diversité

Almaouja.com – Le Maroc semble garder une stabilité dans ce chaos et il a peut être un rôle à jouer dans cet ensemble. Qu’en pensez vous ?

LS – Il n’y pas de garantie de stabilité mais le Maroc a certainement un rôle à jouer car ce pays a un rapport à lui-même singulier. La monarchie en place est le seul pouvoir qui a une légitimité historique de mille ans d’âge et le pays a une culture arabe qui depuis longtemps se mêle à la culture amazigh. Le Maroc a aussi une présence française qui, au delà de la dimension coloniale, a laissé une langue et une culture. Lyautey est certes un général colonisateur mais il a sauvé les vieilles villes du Maroc en interdisant qu’on y construise quoique ce soit, comme à Fès, Meknes, Rabat et Marrakech. La France a ainsi apporté un peu de la philosophie des lumières ce qui a confronté le Maroc très tôt à une modernité européenne. Il y a une amazighité, plus ancienne que l’arabité, et qui aujourd’hui, grâce au Roi Mohammed VI, a toute sa place dans le pays.

Je reviens aujourd’hui au Maroc et je vais dans le Rif, je vais à Essaouira chez les Gnaouas, je vais dans le haut Atlas chez les berbères, je vais à Tamgroute dans la bibliothèque ancienne des Naciri, et je finis à Fès, la ville des Andalous. Tout cela c’est l’identité du Maroc. Il y au Maroc une dimension naturelle de diversité et les marocains savent pourquoi ils sont marocains. Tout cela peut aider les autres pays dans la crise actuelle mais il faut aujourd’hui qu’émergent plus d’instruments de construction de la démocratie afin que les jeunes puissent être convaincus que leur avenir est au Maroc et qu’ils cessent de chercher à partir ailleurs.

Israël cherche à atomiser la société palestinienne

Almaouja.com – Je ne peux terminer cet entretien sans vous demander comment vont les palestiniens ?

LS – Mal, ils vont très mal. Les palestiniens ont vraiment cru qu’avec Oslo, ils avaient arraché la reconnaissance mutuelle et la solution des deux Etats. Le plus important est certes que ces accords d’Oslo ont ramené les palestiniens en Palestine mais nous avons vraiment cru que nous irions plus loin.

Yasser Arafat avait réussi à convaincre son peuple de ne revendiquer que 22 % de la Palestine historique pour ainsi avoir un Etat dans la Cisjordanie, la Bande de Gaza avec Jérusalem Est comme capitale pour faire une paix définitive avec Israël. Yasser Arafat avait surtout réussi à demander à tous les pays arabes de reconnaitre Israël car la clé de la légitimité d’Israël est dans les mains de ses victimes palestiniennes.

Après 25 ans, nous devons admettre que le monde n’a pas saisi la chance d’avoir un dirigeant comme Yasser Arafat. Aujourd’hui, les accords d’Oslo ne sont toujours pas mis en œuvre. En 1999, l’Etat palestinien devait être assuré, or en 2015, nous sommes encore sous occupation militaire. Il y a un mur qui n’existait pas, il y a trois fois plus de colonies qu’en 1993, et Israël a le pire gouvernement de son histoire. Et que font les américains et les européens, rien. Que font les pays arabes ? Rien. Ils font la guerre au Yémen. Les palestiniens sont donc profondément choqués et très déçus justement par leurs amis arabes et européens.

Ils sont démoralisés en plus par la scission interne au sein de leur société entre le Hamas et le Fatah, entre la Bande de Gaza et la Cisjordanie. Cette scission est profonde car elle s’éternise or elle vient contredire l’esprit même de la Palestine et de l’OLP en particulier qui lui était la représentation de toutes les idéologies, de toutes les singularités palestiniennes éparpillées dans différents endroits.

Israël a réussi à atomiser la société palestinienne sous prétexte de sa sécurité, et cette fragmentation de la société palestinienne vise, comme cela s’est produit en Irak ou en Syrie, à une tribalisation de la société. Il y a là le risque de guerre civile, et c’est manifestement le but stratégique de certains.

La société civile palestinienne est forte parce qu’elle est chez elle

Almaouja.com – Ils semblent donc avoir gagné pour l’instant ?

LS – Non. Lorsque vous êtes occupés, il en faut beaucoup pour remplacer le sentiment légitime d’une lutte nationale par une lutte tribale ou confessionnelle car ces luttes viendraient nier l’identité nationale. Il y a certes une scission entre nous mais il y a surtout une fuite des forces vives de la Palestine pour le reste du monde. La population est exténuée. Elle ne peut pas sortir, pas circuler, pas travailler. Les vieux restent, et les jeunes partent. Il faut mettre fin à l’occupation, là est l’urgence immédiate.

J’ai une confiance aveugle dans la vitalité de la société civile palestinienne qui est plus forte que tout le monde. Plus forte que ses responsables politiques, plus fortes que les pays arabes et qu’Israël. Soyons certains que la guerre civile ne pourra pas prendre pied en Palestine. La société civile palestinienne est forte parce qu’elle est chez elle, parce qu’elle a fait son Intifada et qu’ainsi elle a retrouvé confiance en elle même.

Elle a une résilience de Job et elle ne lâchera pas prise facilement et c’est avec elle qu’il faut travailler pour construire l’avenir.

Je vous écris de Téhéran – Delphine Minoui

A mon cher Babaï

 La journaliste franco-iranienne, Delphine Minoui, part à la recherche de ses origines persanes et livre un témoignage où l’histoire personnelle se confond à celle du pays. Son dernier ouvrage, Je vous écris de Téhéran, est un récit aussi passionnel que profond.
  Dalia Chams   10-06-2015  AL-AHRAM HEBDO
« l’avion décolle. Enfin ! Vu du ciel, le mausolée de l’imam Khomeyni ne forme plus qu’un point dans la nuit avant d’être englouti par les nuages (…). J’ai quitté ton pays sans me retourner. Comment dire adieu à une moitié retrouvée de soi-même ? ». Quelques années se sont écoulées depuis cette scène de départ, datant de juin 2009, après la réé­lection du président ultranationaliste Ahmadinejad.
La journaliste Delphine Minoui, prix Albert-Londres il y a bientôt dix ans pour ses reportages en Iraq et en Iran, était redevenue citoyenne de la Perse millénaire. De retour à Paris, elle n’arrivait plus à écrire ; ayant perdu la distance nécessaire pour raconter, et a dû mettre cinq ans avant de parachever son troisième ouvrage sur l’Iran, le plus personnel d’ailleurs. Car la grande reporter au Moyen-Orient du Figaro a décidé de centrer son récit sur son histoire et celle de son grand-père paternel, iranien. Elle adresse une lettre posthume à ce dernier qui, sans être le personnage principal du livre, en est incontestablement à l’origine.
La mort subite du grand-père en 1997, dans un hôpital parisien, a incité la journaliste, alors fraî­chement diplômée, à partir sur les traces de sa famille, à sonder le passé pour mieux comprendre le présent. Et c’est justement en fouillant l’histoire de son pays qu’elle effectue une quête de soi et développe une forte sensibilité vis-à-vis de la région.
Pourtant, avant la disparition de son aïeul, elle entretenait avec lui un lien essentiellement épistolaire, parce qu’il n’avait jamais voulu quitter Téhéran, après de longues années passées à Paris en tant que représentant de l’Iran à l’Unesco. Et elle, de mère française, a grandi et avait vécu en France. Un jour, il lui a offert en cadeau ces vers de Hafez : « Celui qui s’attache à l’obscurité a peur de la vague. Le tourbillon de l’eau l’effraie. Et s’il veut partager notre voyage, il doit s’aven­turer bien au-delà du sable rassurant du rivage ».
Comme la plupart des Iraniens, il trouvait en cet illustre poète du XIVe siècle quelque chose de magique ; ses écrits valaient mieux que toutes les boules de cristal : il suffisait de piocher un de ces vers au hasard pour entrevoir son avenir proche. Et ce fut en quelque sorte le cas de Delphine, qui a osé « s’aventurer bien au-delà du sable rassu­rant du rivage ». Elle est arrivée à Téhéran en 1997, environ six mois après l’élection du mollah réformiste, Khatami, afin d’effectuer un reportage sur la jeunesse, comme pigiste à RFI. Puis, elle y est restée 10 ans au lieu d’une semaine. Delphine Minoui a attrapé « l’iranite », comme elle dit, ce virus qui l’a rendue accro à l’Iran, ne voulant plus le quitter, sauf obligée par la tension qui régnait avec l’éclatement du « printemps iranien ».
Loin de la caricature
Tout en découvrant la vie de son Babaï chéri, par fragments, lui pardonnant bien des écarts, elle nous emmène dans son monde à l’iranienne, loin de la caricature médiatique du pays des mollahs. On n’a plus affaire simplement au tchador et au terrorisme, mais à un pays qui n’a rien perdu de son dynamisme, un pays tiraillé entre repli natio­naliste et désir d’ouverture. Cette lutte entre réfor­mateurs et conservateurs constitue la toile de fond de toute l’oeuvre.
La lettre posthume à Babaï est le fil conduc­teur, reliant plusieurs autres récits proches du reportage qui nous font visiter des endroits mul­tiples. D’abord, il y a Qom, la cité religieuse et le premier foyer de contestation de la théocratie.
« C’est là, à l’ombre des minarets, que se déroule le vrai duel entre réformateurs et conservateurs. Une guerre de religion, ou plutôt d’interprétation de la religion. islam contre islam », dit-elle. C’est là aussi qu’elle rencontre le fils de l’ayatollah Ali Montazeri, son père étant assigné à résidence dans sa propre maison, ayant cependant le grade le plus élevé dans la hiérarchie religieuse chiite.
« La seule solution pour sauver la réputation des religieux, c’est de sortir de la politique », souligne Ahmed Montazeri, contestant le fameux principe de velayat-e-faghi (la souveraineté du dogme, consacrant la primauté du religieux sur la poli­tique). Cette déclaration résonne avec celle pro­noncée quelques années plus tard par le petit-fils de l’imam Khomeyni, que la journaliste a ren­contré en Iraq : « Les Iraniens sont friands de liberté. Un rêve impossible tant que religion et politique resteront liées. Alors s’il n’y a d’autre solution qu’une intervention américaine pour obtenir cette liberté, je pense que mon peuple y sera favorable ». Mais l’océan d’insoumis qu’elle décrit en train de défiler dans les rues de Téhéran, ces jeunes sortis vociférer « mort au dictateur », ne se place guère dans cette même logique pro-américaine.
Delphine Minoui nous écrit de Téhéran sur toutes ces femmes et hommes admirables que le pouvoir n’est pas parvenu à briser. On intègre son cercle d’amis et de connaissances : Niloufar, la marraine des jeunes, Baghi, le journaliste qui se convertit aux droits de l’homme, Sara la blo­gueuse qui s’évade pour écrire des poèmes à la lumière d’une bougie en chantant, le milicien bassidji obnubilé par le mythe du martyr, le maestro non-voyant de Shiraz … Bref, toute une galerie de portraits qui permet de brosser le tableau de la répression, mais aussi celui de la transgression des interdits que l’on retrouve sur une piste de danse ou lors de soirées arrosées où le vin se dit « jus de grenade ». L’auteur se raconte et raconte les autres.
Je vous écris de Téhéran, par Delphine Minoui, aux éditions Du Seuil, 2015. 318 p.

« Explicite » par Charles Enderlin

Publié le

Un peu partout en Europe des hommes politiques et des éditorialistes accueillent le nouveau gouvernement israélien en se lamentant ou en le critiquant. Des réactions pour le moins surprenantes. De fait, la communauté internationale fait preuve, d’une belle hypocrisie ou d’un refus psychanalytique de la réalité.

Pour l’expliquer, il faut reprendre les principes développés dans un éditorial du New York Times par Anat Biletzki, professeur de philosophie dans une université américaine et à Tel Aviv. Elle a présidé l’ONG israélienne de défense des droits de l’homme, B’Tselem entre 2001 et 2006.
Implicitement
Par exemple, lorsque Benjamin Netanyahu a prononcé, pour la première fois les mots « état palestinien », le 14 juin 2009 dans son fameux discours à l’Université Bar Ilan, près de Tel Aviv, cela sous entendait, pour les responsables américains, et surtout le Président Obama, qu’il acceptait implicitement, le principe d’un accord avec l’OLP. C’était ce qu’ils voulaient entendre. Mais, pour les Palestiniens, et surtout leurs négociateurs à Ramallah, c’était tout le contraire. Netanyahu venait de rendre la paix impossible en y mettant des conditions. Il exigeait d’eux qu’ils reconnaissent « publiquement et catégoriquement Israël en tant que patrie du peuple juif ». Jamais cela n’avait été exigé de l’Égypte ou de la Jordanie lors de la signature des traités de paix avec ces pays. Ce n’est pas tout : « L’Autorité palestinienne devra faire régner la loi à Gaza et triompher du Hamas, Israël ne prendra pas place autour de la table de négociation avec des terroristes résolus à détruire notre pays. » Et Netanyahu d’annoncer que « Jérusalem doit rester la capitale unifiée de l’État d’Israël où la liberté de culte de toutes les religions sera scrupuleusement respectée. » Une notion rendue encore plus explicite, ce dimanche 17 mai lorsqu’il a déclaré lors d’une cérémonie marquant « La journée de Jérusalem » : « C’est depuis toujours la capitale du peuple juif et d’aucun autre peuple et le restera… L’avenir appartient à Jérusalem unifiée qui ne sera plus divisée »
Dream team de la droite israélienne
Pour son quatrième mandat à la tête du gouvernement israélien, il a donc réuni une coalition dans la droite ligne de sa promesse électorale : « Si je suis réélu il n’y aura pas d’état palestinien » Un exemple : la nomination du rabbin Elie Ben-Dahan (député du parti « foyer juif ») au poste de vice-ministre de la Défense, en charge de l’administration civile (qui est en fait militaire). A ce titre, il est responsable de la colonisation et … des palestiniens. A ce propos voici ce qu’il en pense explicitement : « Nous devons prendre le contrôle total de la zone C (NDLR : 60% de la Cisjordanie) et y imposer la loi israélienne. Je ne pense pas que la communauté internationale aura une forme quelconque d’emprise sur Israël si nous le faisons. Lorsque nous avons annexé Jérusalem-Est et le Golan, les États unis ont protesté et suspendu leur soutien (à Israël) pendant quelque temps, mais, finalement ils ont compris que nous étions un état souverain et qu’en fin de compte qu’il n’y avait pas d’alternative à notre contrôle du Golan. Le reste de la Judée Samarie restera sous contrôle civile et sécuritaire palestinien, mais il n’y aura pas de solution permanente ou d’état souverain (palestinien) »
Le premier aout 2013, le rabbin Ben-Dahan, qui était alors vice ministre des affaires religieuses, a explicité sa vision des palestiniens : « Ce sont des bêtes, pas des êtres humains » a-t’il dit dans une interview à la station de radio « Radious ». Et d’ajouter: «Le peuple palestinien n’est pas éduqué pour la paix. Il ne veut pas la paix »
Explicitement
Benjamin Netanyahu savait parfaitement ce qu’il faisait en accordant le portefeuille de la justice à Ayelet Shaked, laïque, annexionniste, membre, elle aussi, du « Foyer juif ».
Passons sur l’affaire de son post sur Facebook où elle avait repris un texte d’Ouri Elitzour justifiant le bombardement de civils palestiniens. Cela avait fait scandale. Ce n’est pas cela qui l’a poussé a devenir garde des sceaux.. En 2014, députée, elle a été à la pointe du combat contre la cour suprême avec une proposition de loi devant permettre au Parlement d’annuler une loi rejetée par la Haute cour. Selon les juristes, cela devait permettre à une majorité parlementaire de droite d’amender les textes de défense des droits de l’homme et des minorités. Elle va donc pouvoir la remettre sur la table en tant que projet de loi gouvernemental. Madame Shaked est aussi présidente de la commission ministérielle des lois et pourra ainsi décider quel texte sera soumis au vote de la Knesset. Ce n’est pas tout, elle a aussi la présidence de la commission de nomination des juges… Sans oublier qu’elle est entend faire adopter le projet de loi constitutionnel redéfinissant Israël comme l’état nation du peuple juif…
Curieusement, à Washington, à Paris et à Bruxelles on continue à parler de la solution à deux états comme la seule possible… Les diplomates ont visiblement du mal à comprendre l’explicite..

Most Palestinians Restrain Themselves Despite Israel’s Plunder

by Amira Hass in Ha’aretz Jan.22,2015

Prime Minister Benjamin Netanyahu and Foreign Minister Avigdor Lieberman are deceiving the Israeli public, as usual. There is no need for “incitement” by Palestinian Authority officials or Israeli-Arab public figures to make a young Palestinian man stab a dozen or so people in a frenzy.

There is no need for outside elements to encourage a young Palestinian man to carry out a revenge campaign at the risk of being killed or deprived of his freedom for many years. Whatever the life circumstances of Hamza Mohammed Hasan Matrouk, the anger, loathing and desire for revenge seething within him are all his.

Nor is there a need for a particular “atmosphere.” The “atmosphere” was there all the time, from the moment Matrouk was born in the Tul Karm refugee camp, and even before. Its creators: the Israel Defense Forces, the Civil Administration, the Shin Bet security service, the Defense Ministry, the settlements and their inhabitants, the IDF’s watchtowers, the barbed-wire fences.

“Atmosphere” is a misleading word. This is reality, a reality that Israeli Jews refuse to acknowledge even though it’s of their own making. After all, in democratic elections they voted the policy-makers in, and if they had wanted, they could have learned about the lives of non-Jews under the Israeli regime.

If there is incitement, this is its source: the supremacy of a nation convinced it has the right to interfere in and sabotage the life of the inferior Palestinian nation — its future, past, economy, money, assets and family and social relationships.

Attacks by individuals, acting on their own initiative and targeting Israeli civilians illustrate the impotence and ineffectiveness of the Palestinian political establishment. Contrary to Lieberman’s groundless claims, these attacks are perpetrated by people who do not listen to Mahmoud Abbas. They are perpetrated by people who do not pin their hopes on the Palestinian president’s path of diplomacy after Israel blocked the negotiations route.

These people do not listen to Abbas’ clear call to adhere to nonviolent resistance to the occupation. The attacks by individuals point to the absence of a Palestinian strategy, the confusing messages of the various organizations, the exhausting rivalries among them, and their ossification.

The amazing thing for which Israelis should give thanks is that the overwhelming majority of Palestinians do not harbor the intention of harming every Israeli they come across. The overwhelming majority of Palestinians constantly restrain themselves so as not to explode with wrath at the colossal arrogance and lord-of-the-manor attitude of Israelis they face daily. The great majority of Palestinians keep themselves from avenging the plunder that has accompanied Israeli rule since its inception and the long list of Palestinians killed.

Israelis owe thanks to the boycott, divestment and sanctions movement and the Palestinian decision to join the International Criminal Court. Both initiatives channel the wrath and loathing common to all Palestinians into civil and legal action — nonviolent action, in striking contrast to the daily violence of the Israeli regime.

Israelis also owe thanks to the activists who every week hold demonstrations in West Bank villages, and who, in contrast to Matrouk, do not target Israeli bus passengers. The targets of their marches, and sometimes of their stones, are the Israelis who are armed to the teeth and do not hesitate to shoot and kill civilians.

Israelis should pray for the success of these unarmed paths of resistance. Instead of revenge, these paths develop political thinking and action. They are a recommendation to Israelis to open their eyes before it’s too late.

TUNISIE : Carnets d’une révolution

Cet ouvrage veut faire entendre les voix qui se sont exprimées lors de la Révolution tunisienne. Il restitue la parole qui a occupé l’espace public, la conversation et la bienveillance qui ont circulé entre les citoyens, le bien commun qui les a réunis.

Il s’attache ensuite à comprendre les enjeux soulevés par la transition politique. Les uns ont transformé l’islam en une biopolitique visant le contrôle de la population. Les autres ne sont parvenus ni à réenchanter la société ni à proposer de nouveaux modes de se gouverner.
Plusieurs catégories de la population, notamment les jeunes, les pauvres et les artistes, sans oublier la forte mobilisation des femmes de toutes conditions, se sont montrées plus créatives. Leurs revendications ont renoué avec l’exigence d’auto- nomie, à l’origine du soulèvement de la multitude.
Pour démêler cette histoire en train de se faire, l’auteur a porté sa vue sur les citoyens ordinaires. C’est en rapportant les expériences individuelles, que l’on raconte en même temps l’histoire du présent et peut-être l’histoire à venir.

Mondher  Kilani  est anthropologue,  professeur à l’Université de Lausanne.
Il a effectué des  recherches en Europe, en Afrique, en Asie et dans le Pacifique. Ses réflexions actuelles portent sur la guerre et la violence extrême; la religion et laicité, les identités et les politiques d’exclusion.

Dernier ouvrage paru: Pour un universalisme critique  (Paris, La Découverte, 2014)..

ACHETER CE LIVRE….

Nature vivante et Âme pacifiée, de Mohammed Taleb

Nouvelle parution en écopsychologie et histoire de la spiritualité.

Relativement récente, l’écopsychologie – qui affirme l’existence d’un continuum entre la vie intérieure et la Nature vivante, entre les paysages de l’âme et notre environnement – repose sur des prémisses pourtant anciennes, qui, parfois, plongent dans l’Antiquité. Les notions d’anima mundi, de microscosmos et de macrocosmos, d’unus mundus, de mundus imaginalis, de homo universalis, sont les piliers du lexique de l’écopsychologie, ses maîtres-mots. Ils disent l’inclusion mutuelle de l’âme et de la Nature. La vie de l’âme n’est pas limitée à la sphère de l’intime, mais se déploie jusqu’aux confins de l’univers. Par l’imagination vraie (l’imaginatio vera de Paracelse) et la symbolisation, la psyché est capable de se dilater, et l’âme de retrouver les chemins de l’Âme du monde, qu’en Islam on appelle nafs al-kulliyya, l’Âme universelle ou totale. De même, la vie de la Nature n’est pas enclose dans la matérialité du minéral, du végétal et de l’animal. A travers ces écosymboles que sont les Quatre éléments (la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu), la Nature se révèle présence intérieure à l’âme. L’anthropologie, en vérité, est d’abord une cosmo-anthropologie, car l’univers, subtilement, est en nous. Les 49 portraits qui jalonnent ce livre, et qui ne sont que des esquisses, des lignes fugitives, sont des portes d’entrée dans le domaine des écovisions, des cosmovisions et de l’écologie spirituelle. Enracinés dans des contextes culturels, civilisationnels, et religieux très divers – de la Grèce de Plotin à l’Allemagne de Novalis, de l’Andalousie musulmane d’Ibn ‘Arabi à l’Irlande de William Butler Yeats, de l’Inde de Rabindranath Tagore à la Russie de Nicolas Berdiaev -, ces Sept fois Sept portraits illustrent la permanence d’une psychologie de l’Âme du monde et d’une écologie sacrée. En ces temps de crise, ces disciplines, à la fois spirituelles, philosophiques et chevaleresques, sont un désaveu cinglant de la modernité capitaliste, de la profanation de l’environnement qu’elle propage, avec son lot d’injustices sociales, de domination des peuples. L’écopsychologie est une exhortation pour en finir avec le désenchantement capitaliste de la Nature, et à entrer dans les lueurs vivifiantes de l’Aube, de l’« Aurore naissante » (Jacob Boehme). Le Coran, dans une sourate, appelle les humains à chercher « la protection du Seigneur de l’Aurore naissante ». Par delà les formes et la singularité des langages, le défi est là : dans la perspective d’un dialogue des civilisations, il nous faut réactiver la portée cosmique de nos cultures.
Nature vivante et Âme pacifiée (Arma Artis, 2014) 45.- frs

 

Autre recension du livre :

Serge Caillet – Bloc-notes d’un historien de l’occultisme: La nature vivante et l’âme pacifiée selon Mohammed Taleb

La nature vivante et l’âme pacifiée selon Mohammed Taleb

Avec son dernier livre, Nature vivante et âme pacifiée (Arma Artis, 2014), Mohammed Taleb, philosophe algérien, défenseur de l’arabité, poursuit son combat pour une rupture avec la modernité capitaliste et pour le réenchantement du monde. Or, ce combat passe par la reconnaissance d’une nature vivante « non pas dans les perspectives des sciences biologiques, avec leur approche souvent physicaliste, mais dans la perspective d’une antique philosophie, la tradition stoïcienne » (p 11), une nature, par conséquent dotée d’une âme, qui « vise à la paix, au calme, à la vacuité, à la tranquillité » (p. 13). Une âme, aussi, aspirant à l’Un, qui est l’âme pacifiée évoquée dans la tradition islamique qui est celle de l’auteur.

Cependant, loin de se cantonner à l’islam, cette écologie sacrée a été chantée de tous temps par « une longue lignée intellectuelle, poétique, spirituelle, de l’Antiquité à nos jours, et cela dans divers contextes de religions, de civilisations, de langues, lignée pour laquelle le monde est un Livre, et chaque fragment de la réalité un signe, un symbole, un hiéroglyphe,  à déchiffrer » (p. 16).

Quarante-neuf témoins sont ainsi appelés à la barre par Mohammed Taleb, à travers « Les sept fois sept Lettres de noblesse de l’écologie sacrée et de l’écopsychologie », de Plotin à Paracelse, d’Ibn’Arabi à François d’Assise, de Robert Fludd à Romain Rolland, de Nicolas Berdiaev à Louis Cattiaux… Autant d’occasion aussi, pour l’auteur, de dresser des portraits spirituels, qui ne se veulent qu’esquisses, et d’ouvrir avec eux des portes d’entrée dans le monde de l’écovision, « des lignes fugitives », chaque chapitre étant d’ailleurs pourvu d’une bibliographie qui va à l’essentiel.

Le message délivré par Mohammed Taleb est simple : « c’est parce que la Nature n’est plus vivante, n’est plus sacrée, qu’il est possible de passer – passage ô combien mortifère – du sacré au profane. Or, la crise environnementale n’est pas autre chose qu’une profanation de la Nature… Mais cette entreprise de violence contre les trois mondes – le minéral, le végétal et l’animal -, n’est pas la seule guerre contre le vivant. L’humain est pareillement mutilé […] Les chosifications de l’environnement et de l’humain sont deux aspects d’une crise unique » (p. 16-17).

Jugé sur les épaules des auteurs traditionnels, Mohammed Taleb appelle ses lecteurs capables de responsabilité, de compassion, d’intelligence à l’égard de tous les vivants, bref, capables d’une amitié environnementale, à devenir militants de l’Âme du monde. Contre l’homo oeconomicus, pour « l’homo universalis, cher au néoplatonisme de la Renaissance et à sa tradition hermético-alchimique » (p. 17), au message toujours plus actuel. Il y a urgence.

  1. C.

Aerial images shed light on mysterious Middle East stone circles

Archaeologists begin to unravel the mysteries of the ancient ‘Big Circles’

Freddy Mayhew  Saturday 01 November 2014
New aerial images are beginning to shed some light on the mystery surrounding large stone circles in the Middle East that have confounded archaeologists for decades.

The pictures, taken by the Aerial Photographic Archive for Archaeology in the Middle East (APAAME), show 11 ancient “Big Circles” each up to 400m in diameter in the desert landscape of Jordan.
Although they were first spotted by aircraft early last century, there has been very little focused research on the structures believed to date back at least 2,000 years.
Speaking to Live Science, researcher David Kennedy said their similarity was “too close to be a coincidence” however they’re actual purpose remains unknown.
It is hoped analysis of these new images, released on Friday, could help to reveal the reason behind their design and creation. (more…)  http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/aerial-images-shed-light-on-mysterious-middle-east-stone-circles-9832968.html

 

Soirée « Après la rupture du Jeune » au Musée Ariana – Ramadan 2014

Nombreux sont venus partager ce moment convivial « Après la rupture du Jeune » au Musée Ariana à l’occasion de l’exposition « Terres d’Islam »

 

Nars Eddin Hodja

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Quel monde arabe pour demain ?

le 28 août 2014arabesque

Avec Roueida El Hage et Alain Bittar
dans le cadre de REDIDA, les rencontres d’ici et d’ailleurs de la Ville de Sion

  • Roueida El Hage, chef-adjointe de la section Moyen Orient au Bureau du Haut-commissariat de l’ONU
  • Alain Bittar, directeur de l’ICAM (Institut des cultures arabes et méditerranéennes de l’Olivier)

Quels sont les espoirs et les craintes suscités par les vagues contestataires qui agitent le monde arabe depuis décembre 2010 ? Les pays arabes sont plongés dans une transition nulle part facile, comme en témoignent les affrontements, parfois violents, dans les parlements et dans la rue. Sans oublier les enjeux concernant la mort des États-nations et l’éclatement de certains pays, en particulier les menaces de partition qui pèsent sur la Syrie, après l’Iraq et la Lybie.
Animation : Patrice Mugny, président de l’ICAM (Institut des cultures arabes et méditerranéennes de l’Olivier), journaliste, ancien conseiller national, ancien conseiller adminstratif et maire de Genève.

20h30    – Entrée libre – Chapeau à la sortie

Réservations:
Par téléphone : +41(0)27 203 21 11
En ligne Réserver en ligne

Ferme-Asile
Centre artistique & culturel Promenade des pêcheurs 10 CH – 1950 Sion (vs)