La cause palestinienne à l’affiche d’Aflamuna

La plate-forme (Nos films) est de retour depuis le 1er mars dans une nouvelle version.

OLJ / Par C. K., le 05 mars 2021 à 00h00

Aflamuna (« nos films » en arabe) est une plate-forme de streaming à but non lucratif, fondée par Beirut DC et soutenue par le Sundance Institute, le Eye Filmmuseum et la Ford Fondation. Elle a pour but de diffuser les meilleures œuvres du cinéma arabe indépendant auprès d’un large public diversifié du monde entier. Elle propose depuis le début du mois de mars un nouveau programme mensuel, des films gratuits chaque semaine, des voix arabes en première ligne et des essais originaux qui suscitent la réflexion.

Chaque mois, un nouveau programmateur explore un thème social, politique ou culturel à travers une sélection triée sur le volet de films arabes cultes, contemporains, classiques et indépendants. Chaque semaine, les abonnés peuvent visionner un nouveau film gratuitement.

Aflamuna est aussi un espace de réflexion sociopolitique et critique autour du cinéma arabe indépendant. Des essais originaux dévoilent le contexte, la puissance et l’impact de chaque programme et explorent leur résonance dans le monde actuel.

Le premier programme mensuel, présenté par le cinéaste et historien du cinéma libanais Hady Zaccak, aborde la question de la cause palestinienne. Zaccak note que « le cinéma peut sembler une opération de fedayin à l’ombre de tous les défis auxquels nous faisons face, mais il demeure nécessaire en tant qu’acte de résistance ».

« Frame Aka Revolution Until Victory » de Muhanad Yaqubi. Photo DR

L’autodétermination et la dignité

Sous-titrés en anglais, les films diffusés au cours de ce premier mois peuvent être visionnés dans le monde entier. Le programme comprend des longs-métrages, dont le film documentaire Off Frame Aka Revolution Until Victory du réalisateur Muhanad Yaqubi (Palestine, France, Qatar, Liban 2016) qui dévoile dans son film l’histoire turbulente de son pays, en utilisant des images d’archives dont une grande partie est tombée dans l’oubli, et qui retracent la lutte des Palestiniens pour l’autodétermination et la dignité.

Christian Ghazi, lui, mêle narration dramatique et images documentaires dans son film pionnier Cent visages pour un seul jour (Liban 1969) pour donner une perspective analytique de la société libanaise au début des années soixante-dix.

Le film de fiction Kafr Kassem de Borhane Alaouié (Liban, Syrie 1974) aborde la cause palestinienne à travers un massacre. Quant au long-métrage Les dupes de Tawfiq Saleh (Syrie 1972), il est considéré comme un film incontournable dans l’histoire du cinéma arabe. Adapté à partir d’une nouvelle de Ghassan Kanafani et réalisé par Mohammad Chahine, el-Maleh et Marwan Monazen, Des hommes dans le soleil (1963), narre le destin tragique de trois Palestiniens pris au piège de leurs aspirations.Parmi les courts-métrages présentés dans ce programme, le film de Mustafa Abu Ali Ils n’existent pas (Palestine 1974) aborde la vie quotidienne des réfugiés palestiniens à l’intérieur du camp de Nabatiyé au sud du Liban. Quant à Children Nevertheless de Khadija Habashneh Abu Ali (Palestine 1979-1980), il passe en revue la situation des enfants orphelins vivant dans la « Maison des enfants de la résilience » en donnant un aperçu de leur quotidien. Qaïs al-Zubaidi présente enfin un poème cinématographique sur la Palestine par le biais de son court-métrage La visite (Syrie 1972).

Les cinéphiles du monde entier peuvent s’inscrire gratuitement sur www.aflamuna.online pour commencer à visionner le premier film de la semaine, déjà disponible, et prendre part à ce voyage cinématographique unique.

Retrouver l’article original dans L’Orient le jour

 

 

Tunnels / Rutu Modan

Des archéologues israéliens et des passeurs clandestins palestiniens percent le sol de la Terre sainte chacun de leur côté du Mur. Les deux équipes se rencontreront à la croisée des tunnels dans un récit politicoburlesque orchestré par Rutu Modan.

 

Prix : 39chf

Sur les murs de Palestine : Filmer les graffitis aux frontières de Dheisheh / Clémence Lehec

Le graffiti palestinien a une histoire et des spécificités aussi particulières que méconnues. Né dans les camps de réfugiés à la fin des années 1960, le graffiti y est encore largement répandu aujourd’hui. Il est pratiqué par des graffeurs ne se revendiquant pas tous comme artistes et mobilisant des thèmes éminemment politiques. Sur les murs de Palestine nous emmène au sein du camp de Dheisheh pour nous révéler les dessous de ce mouvement aux prises avec les multiples enjeux de la frontière, dans un espace où celle-ci est systématiquement contestée. Ce livre nous raconte également l’histoire de la création d’un film documentaire, coréalisé avec la cinéaste palestinienne Tamara Abu Laban, qui explore les rues du camp et fait entendre ses voix. Grâce à une approche inédite, cette production audiovisuelle pose les conditions mémos de la recherche et parvient à créer les outils les plus appropriés pour penser les frontières dans leurs formes diffuses, jusqu’à l’échelle des corps qu’elles contraignent. A travers le récit et le parcours d’une chercheure au plus près de son terrain d’étude, cet ouvrage fait l’éloge du travail en collectif et contribue au renouvellement de la méthodologie d’enquête, en décortiquant la dimension politique qui s’y cache.

 

Prix : 22chf

Yahya Hassan / Yahya Hassan

Un recueil de poèmes autobiographiques d’un fils d’immigrés palestiniens qui dénonce les conditions de vie des migrants au Danemark. L’auteur évoque son enfance et son adolescence, la violence, la fraude sociale, la communauté musulmane et l’islam.

Prix : 28CHF

Le pouvoir de la musique : Une enfance entre pierres et violon en Palestine -Sandy Tolan

Biographie du violoniste professionnel Ramzi Abu Redouane, qui passa son enfance dans un camps de réfugiés avant de fonder une école de musique visant à soutenir la jeunesse palestinienne.

 

Prix : 29chf

It Must Be Heaven – Un film de Elia Suleiman

Elia Suleiman fuit la Palestine à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil, avant de réaliser que son pays d’origine le suit toujours comme une ombre. La promesse d’une vie nouvelle se transforme vite en comédie de l’absurde. Aussi loin qu’il voyage, de Paris à New York, quelque chose lui rappelle sa patrie.
Un conte burlesque explorant l’identité, la nationalité et l’appartenance, dans lequel Elia Suleiman pose une question fondamentale : où peut-on se sentir ” chez soi ” ?

 

Showing also in

Otello Ascona

15:00

Viewing room 1 – O – 16/8Y.

Forum Bellinzona

18:10

Viewing room – I – 16/0Y.

Rex Cinemotion Fribourg

18:10

Viewing room 2 – O – 16/8Y.

Le Nord-Sud Genève

13:50

Viewing room Sud – O – 16/8Y.

18:40

Viewing room Nord – O – 16/8Y.

Pathé Galeries Lausanne

10:00, 14:15, 18:30, 20:45

Viewing room 7 – O – 16/8Y.

Lux Lugano Massagno

18:30

Viewing room 1 – O – 16/0Y.

Multisala Mendrisio

18:40

Viewing room – O – 16/0Y.

Rex Neuchâtel

18:00

Viewing room Rex – O/gf – 16/8Y.

Cinéma d’Oron Oron-la-Ville

18:00

Viewing room 2 Salle Laterali – F – 16/8Y.

Si Kushner savait…

Le haut conseiller, et gendre, du président des États-Unis, Jared Kushner, en septembre 2018. Nicholas Kamm/AFP

POINT DE VUEDominique EDDE | OLJ13/07/2019

Si monsieur Kushner avait pris la peine de se représenter le montant de vies brisées, de deuils, de séparations, d’humiliantes défaites endurés par les Palestiniens, s’il avait mesuré ne serait-ce qu’un peu le prix payé par les voisins de la Palestine – le Liban, la Syrie, la Jordanie, l’Égypte – depuis soixante-dix ans, il aurait eu honte. Il n’aurait pas osé son discours à Bahreïn. Il n’aurait pas eu le sang-froid de sauter à pieds joints par-dessus tant de désastres, il se serait abstenu de les chiffrer en dollars. Il aurait commencé par présenter ses condoléances au peuple palestinien ainsi qu’à toute une région – le Moyen-Orient – qui n’en finit pas de compter ses morts, ses blessés, ses réfugiés. Il aurait cherché une phrase, un mot qui apaise les mémoires. Il aurait aidé son allié israélien à reconnaître le tort causé par la création de l’État d’Israël. S’il avait la moindre idée de ce que signifie la perte brutale d’un village, d’un toit, d’un champ d’oliviers, d’une mémoire séculaire, il aurait spontanément nommé ce à quoi les Palestiniens ont dû renoncer par la force. Il aurait fait exister l’histoire de ce peuple avant de le doter d’autoroutes et de lui dicter son nouveau visage. Il ne l’aurait pas évoqué à la troisième personne du singulier. Il l’aurait regardé en face. Il n’aurait pas commencé par le volet financier, il aurait commencé par proposer aux Israéliens de renoncer au grand minimum : les colonies ; et aux Palestiniens de renoncer au grand maximum : les trois quarts de leur ancien territoire. Il n’aurait pas pris pour seuls interlocuteurs les banquiers et les hommes d’affaires des monarchies pétrolières. Il aurait eu à l’esprit les millions d’Arabes ignorés, maltraités, plutôt que les millions de dollars fraîchement imprimés. Il se serait souvenu que les gens dont je parle se sont soulevés en 2011 pour faire entendre aux pouvoirs (que les États-Unis soutenaient sans état d’âme) qu’ils en avaient assez de vivre sous la botte. Il aurait au moins hésité, tâtonné, il aurait pris des gants.

S’il avait consenti à se représenter Jérusalem quinze ans avant sa naissance, il n’aurait pas réclamé sans scrupule qu’elle devienne la capitale d’Israël. Il aurait compris qu’il appartient à tous de renoncer à cette ville pour qu’elle appartienne à tous. Et où monsieur Kushner envisage-t-il de lever cette somme de 50 milliards de dollars sinon parmi les grosses fortunes des pays du Golfe qui dépendent entièrement des États-Unis pour leur sécurité ? Il est vrai que les pouvoirs arabes n’auront pas démérité leur réputation de vendus, mais faut-il que l’argent du pétrole qui leur a fait perdre toute décence ait eut le même effet sur leurs tuteurs, prétendus pouvoirs « civilisés » ? Faut-il que les Arabes en général ne soient aux yeux de monsieur Kushner que des richards ou des larbins pour qu’il ait si peu à leur dire et autant à leur demander. Où prend-il le droit de traiter l’histoire d’un grand malheur à travers des recettes de promotion immobilière et de chirurgie esthétique ? Pense-t-il sérieusement que cette paix achetée aujourd’hui au prix de la dignité tiendra encore demain ?

In english : If only Kushner knew…

Prendre acte de la défaite

Il ne s’agit pas de nier que les Palestiniens ont perdu la bataille (les Arabes, n’en parlons pas), et que le rapport de forces est incontestablement en faveur des Israéliens. Il ne s’agit pas de revenir en arrière. Il ne s’agit en aucun cas de mettre l’existence des Israéliens en danger. Il s’agit du contraire. Il s’agit de prendre acte de la défaite et de songer à l’avenir des deux peuples, israélien et palestinien – avec leurs passés et leurs traumatismes à l’esprit. Il s’agit de rapprocher leurs mémoires, de les écouter. De donner les moyens à un Israélien installé sur l’ancienne terre d’un Palestinien ou sous les arcades d’une vieille maison arabe à Jérusalem les moyens d’imaginer à quoi ressemble aujourd’hui la vie des familles de ses anciens propriétaires dans des camps de réfugiés ou même en exil à l’autre bout du monde. De donner à un Palestinien les moyens de se représenter le cauchemar que fut le génocide nazi à la veille de la création de l’État d’Israël, quand bien même les Arabes n’y sont évidemment pour rien. Il s’agit de faire le contraire de ce que fait l’ami de Kushner, l’incendiaire Benjamin Netanyahu. Il s’agit d’aider les Palestiniens à perdre et les Israéliens à donner autre chose que ce qu’ils ont pris : à comprendre que c’est à eux de dédommager les Palestiniens. Y compris sur le plan financier, selon les règles élémentaires du droit. À eux de se figurer qu’un pays tel que le Liban n’aurait pas vécu quinze ans de guerre infernale, n’était la présence de centaines de milliers de Palestiniens sur son territoire, et ne connaîtrait pas aujourd’hui la présence militaire du Hezbollah si celle-ci ne s’était constituée à partir de sa résistance contre Israël. À eux d’arrêter la colonisation. À eux de faire de la place à l’autre pour protéger la leur. Les routes et les ponts que veulent construire Kushner et son beau-père avec des maçons palestiniens, c’est dans les esprits qu’il faut d’abord les édifier, avec une autre sorte de maçons, avec des artisans de la mémoire venus des deux peuples. Ce travail de reconnaissance qui a manqué à tous les accords de paix – lesquels ont tous lamentablement échoué – est un préalable en dehors duquel tous les échafaudages israélo-américains s’effondreront.

Pas un « lobby juif », mais des lobbys « pro-israéliens »

Je m’adresse pour finir aux membres de l’organisation que Jared Kushner connaît si bien de l’intérieur : l’Aipac. Nous savons tous – notamment par les informations qui ont fuité malgré la censure – que ce lobby fonctionne à partir de quelques principes intangibles : faire apparaître l’ennemi sous son jour le plus menaçant, contrôler les récits, discréditer toute initiative qui pourrait laisser entendre que la vérité est un bien qui se partage. Je ne refuse pas de comprendre la peur, la phobie qui sous-tendent cette crispation, cette construction sans faille de l’ennemi. Mais je pose une question simple : l’Aipac a-t-il accessoirement un quelconque projet de paix ? Si oui, est-on en droit de savoir sur la base de quels renoncements/concessions réciproques ? Car, n’en déplaise à Kushner, près des trois quarts des juifs américains ne partagent ni ses vues, ni celles de Netanyahu, ni celles de l’Aipac, ni celles de leurs grands alliés du moment, les chrétiens évangéliques, qui leur assurent un soutien politique et financier considérable. Plus de 75 % des juifs aux États-Unis ont voté pour les démocrates aux élections de mi-mandat de novembre dernier. L’opinion publique arabe n’est pas toujours informée du fait qu’il n’y a pas un « lobby juif » aux États-Unis, mais des « lobbys pro-israéliens ». Elle ne prend pas la mesure des différends et des conflits de plus en plus marqués au sein de ces milieux. « Il y a près de 6,5 millions de juifs en Israël, écrit Jonathan Weizman dans le New York Times, et plus ou moins 5,7 millions de juifs en Amérique. Plus ça va, plus leurs visions du monde diffèrent de manière radicale. »

Parmi les mouvements de pression sionistes, figure J Street qui, bien ou mal, peu ou prou, cherche ouvertement, contrairement à l’Aipac, une solution de paix. Il suffit de lire la critique incendiaire qu’en fait David Weinberg, vice-président de l’Institut des études stratégiques à Jérusalem, pour se convaincre du fait que la division interne n’est plus le monopole des Arabes ou des musulmans. « J Street, écrit-il dans le Jerusalem Post, est devenu une organisation qui dépense presque tout son temps et son argent à souiller Israël, diffamer l’Aipac et d’autres organisations américaines juives, stimuler les relations États-Unis-Iran, soutenir des candidats politiques pour lesquels promouvoir la campagne BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) est un titre d’honneur. » Outre son caractère fallacieux, ce propos permet de mesurer le sentiment de panique qui gagne les rangs du lobby auquel Kushner obéit aveuglément. Que ce dernier soit convaincu de l’infériorité des Arabes, qu’il n’ait pas envie de mieux connaître leur culture, leur histoire – son âge d’or et ses interminables pages noires –, c’est son droit, mais dans ces conditions, qu’il revienne à ce qu’il sait faire : qu’il fasse des affaires, qu’il ne fasse pas la paix. Qu’il laisse à d’autres – venus des deux bords et non d’un seul – le soin de trouver un moyen politique, moral et financier de tourner la page.

Signaux de reconnaissance

Il y a fort à parier qu’à terme, la surenchère pro-israélienne de l’administration Trump aura un effet bien plus néfaste pour Israël que celui de ses pires ennemis. Quoi qu’il en soit, le champ de ruines qu’est devenu le Moyen-Orient offre au moins un avantage pour ceux qui ne sont pas dans l’arène : celui de placer désormais la solidarité humaine, si minoritaire soit-elle, au-dessus des autres, les idéologiques et les communautaires, qui ont toutes échoué. Dans cette région sinistrée où chaque pays est une blessure, il n’y a plus de chantier possible qui ne soit d’abord une réflexion sur ce qui ne marche pas. Une envie d’entendre et de faire autrement. Un désir partagé de faire reculer la haine.

En marge de la politique proprement dite, en marge du rouleau compresseur des grandes puissances et de leurs manœuvres d’intimidation, en marge des terrorismes locaux, en marge du calendrier officiel des gouvernements et des médias, en marge du cours impitoyable de l’histoire qui nous fait logiquement penser chaque matin qu’il n’y a plus rien à faire, il reste ce vaste espace invisible au sein duquel la pensée garde tous ses droits, au même titre que, dans une cellule, la vie intérieure d’un prisonnier. Une espèce de territoire hors frontières et hors murs qui voyage d’une tête à l’autre, de Bagdad au Caire, à Amman, Damas, Tel-Aviv, Gaza, Beyrouth et Jérusalem, sans plus s’inquiéter de savoir qui est chiite, qui est sunnite, qui est juif, qui est chrétien, qui est ceci ou cela. Seule la construction de cet espace mental, patiemment fait de signaux de reconnaissance, permettra peut-être un jour aux peuples de la région, israélien et palestinien compris, de n’avoir plus peur de trahir, de faillir, en renonçant à la haine. Hugo disait du passé qu’il est la clé de l’avenir. Dans cette partie du monde, il a tenu lieu de verrou, il a fermé au lieu d’ouvrir. Désormais, il n’est plus de solution possible en dehors de ce grand chantier des mémoires et des imaginaires, dont Kushner et consorts ignorent tout. Un pays, c’est aussi de l’être, il ne suffit pas d’en ravaler la façade pour en sauver la raison d’exister. Et cette âme, cette raison d’exister, l’argent aura beau gouverner le monde, il n’achètera jamais un pouce de ce pays-là.

Par Dominique EDDÉ
Romancière et essayiste. Dernier ouvrage : « Edward Said. Le roman de sa pensée » (La Fabrique, 2017).

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47Soul: heureux d’un printemps arabe

Photo: Victor FrankowskI/Collaboration spéciale

Les membres de 47Soul à l’ombre de la Balfron Tower, tour d’habitation londonienne qui a servi d’inspiration à leur premier album.

 

Un vent de Palestine soufflera sur Montréal dimanche à l’occasion de la visite de 47Soul, groupe engagé et inventeur de son propre style musical, le shamstep.

Sham quoi? «Sham» comme Bilad Al-Sham, région historique et culturelle du monde arabe qui regroupe grosso modo la Palestine, la Jordanie, le Liban et la Syrie.

Décrit par 47Soul comme un sous-genre du dub-step, le shamstep combine des éléments électros, rock et hip-hop à des sonorités arabes plus traditionnelles comme le dabkeh, musique qui accompagne la danse folklorique du même nom.

Les synthétiseurs côtoient donc allègrement le daf, grand tambour sur cadre, et le mijwiz, flûte à double pipe.

Un mélange heureux et très entraînant, qui leur a permis de se faire connaître sur la scène européenne et de participer à plusieurs festivals d’envergure dont Glastonbury, Womad et, dans quelques jours, South by Southwest.

«Nous ne voulons pas nous cantonner seulement à la communauté arabe. Et nous ne voulons pas être placés dans la catégorie “musique du monde”, insiste Tareq Abu Kwaik, alias El Far3i, joint à Londres. Nous voulons apporter la contribution de la jeunesse arabe à la musique mondiale, dans le son et dans la création.»

«Il existe plein de liens entre les rythmes arabes et les rythmes africains et dance. La musique arabe peut participer à la musique pop en général.»

Obstacles
Il s’agira d’un premier spectacle «officiel» pour le groupe dans la métropole. Le quatuor devait s’y produire en 2016, mais seuls deux des membres avaient alors obtenu le visa nécessaire à temps.

Une situation qui rend compte de la difficulté pour les Palestiniens à se déplacer librement, dans le monde arabe comme sur le reste de la planète.

«La culture arabe est présente dans 24 pays et en a influencé beaucoup d’autres. Le son arabe ne devrait pas être limité à un seul pays, une seule région ou aux gens qui viennent de cette communauté.» -Tareq Abu Kwaik, alias El Far3i, membre de 47Soul

Pour faciliter leur carrière musicale, les quatre hommes ont donc décidé de s’installer dans la capitale britannique.

«Nous sommes tous de descendance palestinienne, mais nous provenons d’endroits différents, nous avons des passeports différents, précise Tareq Abu Kwaik. Nous avons choisi Londres parce que c’est un haut lieu de l’industrie musicale et que nous voulions nous rassembler… légalement.»

À l’intérieur du groupe, El Far3i et El Jehaz sont des descendants de réfugiés palestiniens qui ont grandi en Jordanie, Z the People est né au sein d’une famille palestinienne aux États-Unis, alors que Walaa Sbeit possède la nationalité israélienne.

«Ça devient problématique dépendamment de la partie du territoire [palestinien] dont on provient. C’est très difficile de bouger d’un endroit à l’autre. Mais le problème s’applique aussi à plus grande échelle, entre les pays arabes, mais aussi partout dans le monde.»

«Les frontières sont quelque chose de choisi, pas quelque chose de naturel dans cette région.»

Les thèmes du territoire, des divisions et des droits de l’Homme sont d’ailleurs omniprésents dans les paroles, en arabe et en anglais, de 47Soul, dont le nom fait d’ailleurs référence à l’année qui a précédé la création de l’État d’Israël et l’occupation de la Palestine.

«Chaque terre est une terre sacrée, chaque peuple est un peuple élu», répètent-ils sur Every Land, chanson tirée de leur EP Shamstep.

Balfron Promise, leur premier microsillon sorti l’an dernier, fait référence à la Balfron Tower, tour à l’architecture brutaliste de East London où le groupe a résidé et écrit la majorité de l’album

Alors qu’il convertissait cette tour d’habitation populaire en logements de luxe, le propriétaire de l’immeuble a offert des baux temporaires à des artistes londoniens.

Les membres de 47Soul étaient donc aux premières loges pour assister à l’embourgeoisement du quartier et au déplacement des résidants plus pauvres.

Le groupe a aussi joué sur la ressemblance entre Balfron et Balfour, ministre des Affaires étrangères britannique qui, en 1917, dans une déclaration devenue célèbre, a promis la création d’un foyer national juif en Palestine, un premier pas vers la création d’Israël.

«C’est la proclamation qui a marqué le début de la division de notre terre. Nous voulions souligner les similarités entre l’occupation [israélienne] et la gentrification d’un quartier. Ça peut sembler exagéré, mais c’est ce que c’est. Des gens déplacés», soutient Tareq Abu Kwaik, percussionniste et MC du groupe.

«Bien sûr, il y a une différence entre déplacer des gens de force et en forcer d’autres à partir en montant le coût de leur loyer. Mais c’est le travail de l’artiste de mettre en parallèle les deux situations.»

Portée universelle
Les quatre musiciens ne se considèrent pas pour autant comme un groupe politisé.

«À la fin de la journée, on fait de la musique et on doit choisir des sujets sur lesquels écrire. Autant en choisir qui se rapprochent de notre réalité, affirme El Far3i. C’est notre vie. On ne fait pas ça parce qu’on a un programme à défendre en Europe ou en Amérique du Nord.»

«Je veux que les gens dansent sur notre musique, au son des rythmes arabes et des synthétiseurs. Quant aux sujets de nos chansons, nous tentons de parler de ce qui nous touche, du genre de choses qui nous arrivent. Mais il n’y a pas de buts politiques.»

Le groupe s’est d’ailleurs donné comme objectif d’élargir son public au maximum. Une opération qui repose beaucoup sur ses prestations scéniques endiablées.

«Il n’y a pas de meilleur sentiment que voir des jeunes de 16-17 ans, qui ne sont pas arabes, chanter et danser sur notre musique. La musique est plus grande que nos différences. C’est un bon point de départ pour se rencontrer.»

Retrouver l’article sur le site de METRO  

Le pianiste de Yarmouk – Aeham AHMAD

Un jeune homme joue et chante au milieu des décombres et des maisons éventrées. La photo, prise à Yarmouk, ville de réfugiés palestiniens de la banlieue de Damas, a fait le tour du monde.
Ce musicien est devenu un symbole d’humanité face à la guerre. Après avoir enduré avec dignité les souffrances du conflit syrien, celui que l’on surnomme désormais le « pianiste des ruines » a finalement dû se résoudre à prendre le chemin de l’exil : en guise d’avertissement, Daech avait brûlé son piano… Partageant le sort de milliers d’autres, il a ainsi connu la séparation d’avec sa famille, la périlleuse traversée de la Méditerranée, l’éprouvante route des Balkans, puis l’arrivée en Allemagne.
Dans cette autobiographie bouleversante, Aeham Ahmad raconte son enfance de Palestinien en Syrie, son apprentissage de la musique au sein d’une famille talentueuse, jusqu’à la révolution de 2011, bientôt engloutie par la guerre. Un éclat d’obus le blesse à la main. Bravant la peur, il décide alors de jouer dans la rue, se laissant filmer pour témoigner de la résistance qui subsiste, obstinée, dans la ville assiégée. Car ce livre a une portée politique. Il dénonce la violence extrême, les exactions du régime d’Assad comme celles des djihadistes, mais il rappelle aussi la précarité du peuple syrien et le destin tragique de tous les réfugiés. Un requiem en hommage aux victimes et une ode à la musique.

 

La Découverte

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