Interview – Fatma Saïd : “La beauté de l’Égypte réside dans cette mixité des cultures et des gens qui y vivent.”

Par Camille De Rijck | mer 30 Décembre 2020 | ForumOpéra

Pur produit des conservatoires égyptiens, la soprano cairote quittera l’Egypte pour ses études en Allemagne. Rapidement, elle intègre la petite troupe des habitués de La Scala et enregistre un premier disque chez Warner.


Fatma Said, que signifie le titre de cet album « El Nour » que vous sortez chez Warner ? 

Nour est le mot arabe pour Lumière. J’ai voulu faire la lumière sur les liens musicaux qu’entretiennent entre elles les cultures française, espagnole et arabe. Je trouve qu’on parle beaucoup de différences, de barrières, de frontières. En réalité, nous pouvons voir que, par le passé, il y a eu de nombreuses liaisons, notamment musicales entre ces cultures.

Vous avez passé toute votre enfance au Caire avant d’aller en Allemagne. Parlez-nous de cette ville.

C’est une ville très aventureuse, où j’ai beaucoup de souvenirs. Mon école était très proche de la place Tahrir où a eu lieu la Révolution de 2011, en plein centre du Caire. Il y a tout ce qu’on peut imaginer dans cette ville. C’est une ville qui ne dort jamais. Il y a toujours des choses à faire, des gens dans la rue, des restaurants et des magasins ouverts jusqu’à minuit. C’est une ville très internationale, qui parle beaucoup de langues, ce qui lui donne toute son authenticité. Je me sens très fière de faire partie de cette culture, parce qu’elle est cosmopolite et que son patrimoine historique est très ancien.

Il y a cet héritage antique, et en même temps la présence de l’Islam. Comment définit-on l’identité des Égyptiens aujourd’hui ?

Je crois que la beauté de l’Égypte réside dans cette mixité des cultures et des gens qui y vivent. À un certain moment, Islam, Judaïsme et Christianisme y ont d’ailleurs vécu en harmonie. L’Egypte a toujours accueilli un grand nombre de personnes venant d’Europe et des États-Unis. Nous aimons accueillir des touristes, faire sentir aux gens qu’ils ne sont pas là seulement pour visiter mais aussi partager notre culture. J’aime l’Égypte parce que vous pouvez y être qui vous voulez. C’est d’autant plus vrai de mon point de vue de chanteuse d’opéra, car la situation a beaucoup changé ces dernières années. Il y a vingt ans, c’était plus difficile de vivre de l’opéra et de l’étudier. Aujourd’hui, c’est plus facile. Beaucoup de gens se font à cette idée et sont très fiers de leurs chanteurs d’opéra, mais pas seulement. Beaucoup d’artistes et de musiciens underground fleurissent en ce moment. Je crois que les mentalités changent et que, chaque jour, l’Égypte s’ouvre.

Après avoir grandi au Caire, vous partez étudier à Berlin. Qu’est-ce que cela signifie, pour vous, de quitter l’Egypte pour l’Allemagne ?

Une fois mon lycée terminé au Caire, j’ai décidé de passer des concours à Berlin pour continuer mes études de musique. J’ai eu la chance d’être acceptée par une professeure de chant qui m’a entraînée, et j’y suis restée quatre ans. C’est une expérience très importante dans ma vie professionnelle et personnelle. J’avais à peine dix-huit ans, la voix très jeune, et c’était la première fois que je vivais seule. En Égypte, ma famille et moi vivions ensemble, tout le temps dans la même maison . Alors vivre toute seule et faire des études complètement différentes de mes amis qui devenaient ingénieurs ou médecins, c’était un peu étrange. Mais c’était une expérience unique et très importante. J’ai appris à vivre seule, à réagir comme Fatma Saïd et pas comme une autre. Je suis restée à Berlin jusqu’au baccalauréat, puis j’ai passé un concours pour aller à New-York.

Un autre passage important dans votre vie s’est passé en Italie. Et vous ne faites pas les choses à moitié puisque vous entrez directement à la Scala de Milan et au San Carlo de Naples, qui sont deux des plus beaux théâtres du monde.

C’est vrai, je n’avais jamais imaginé que ça puisse se passer ainsi. J’ai passé trois ans à Milan, où j’ai fait partie de l’académie de la Scala. J’ai vécu la vie d’un artiste de la compagnie. C’est une expérience très importante pour moi. J’ai dû beaucoup travailler, j’avais peu de vacances, pas de temps libre. Même en trois ans, je n’ai jamais pu voir Florence ou Venise ! Mais c’était une expérience très riche. J’ai travaillé avec des artistes, des metteurs en scène, des chefs d’orchestre très connus dans le monde de la musique classique. J’ai beaucoup appris de la part d’artistes avec lesquels j’ai travaillé durant les opéras. Même si j’avais de petits rôles, j’étais dans la même production que des artistes très connus, et c’était une grande chance de pouvoir les observer. J’apprenais tout le temps. C’était une expérience très riche d’être à Milan parce que c’est une ville très importante pour la musique classique. J’ai pu vivre dans la maison que Verdi, qui est comme un dieu dans la culture musicale italienne, a faite construire. Donc vivre à Milan, pouvoir aller à la Scala quand je le voulais pour écouter les productions grâce à la carte de l’académie, c’était une chance dont je savais qu’elle ne me serait plus offerte à l’avenir. Donc j’ai profité de chaque moment. Enfin, j’ai eu la chance d’apprendre une autre langue, de connaître la culture italienne, d’être en contact avec la vie italienne, d’avoir des amis italiens. C’est un mode de vie à part entière, et c’est très beau.

Il y a une chanteuse considérée comme une déesse ou presque au Caire, c’est Oum Kalsoum. Dans le monde, les femmes se sont libérées. Qu’est-ce que ça fait de vivre dans un pays où une artiste femme a tenu un rôle aussi prépondérant dans la société ?

La femme égyptienne a toujours eu une place importance dans la culture égyptienne. Chaque femme, qu’elle travaille dans le tertiaire, dans la campagne, dans l’art ou la médecine, est très respectée. Je suis très fière de représenter la femme qui chante, la femme de l’art. C’est une place très spéciale. En effet, nous avons eu de grandes femmes comme Oum Kalsoum, mais il n’y a pas beaucoup de femmes pour représenter la musique classique. Je suis très fière d’en être une. Que la musique classique puisse être représentée par une jeune femme et une expérience un peu différente de la culture traditionnelle égyptienne me rend très fière.

 

Retrouver l’article original dansForumOpéra

Interview ‘Misery gives us strength’: Soolking, the rap voice of young Algeria

‘Misery gives us strength’: Soolking, the rap voice of young Algeria

His tracks have been streamed billions of times, with Liberté becoming an anthem for Algerian freedom. And having been an undocumented migrant, Soolking’s own liberty is hard won

 ‘I wanted to succeed a bit in music. I never thought it would be like this’ … Algerian rapper Soolking. Photograph: Fifou

Thirty-year-old Algerian rapper Soolking was just hitting his stride before the world was put on lockdown. His commercially appealing blend of pop, reggaeton and Algerian raï (think Arabic and then add Auto-Tune) has generated a dizzying one billion streams on YouTube, with millions of them generated in the UK; hailing from the small coastal neighbourhood of Staouéli in Algiers and now living in Paris after time spent there as an undocumented migrant, his story crosses borders and generations.

Thankfully, the technology that has helped his music travel also means that I can speak to him while we are in lockdown in our respective countries. Speaking from the sofa in his Paris apartment, he explains what took him to France in 2013. “The dream was to succeed,” he says. “I wanted to succeed a bit in music, at least, but I never thought it would be like this.”

But Soolking is not just another rapper with big numbers on streaming platforms. His music has come to be a source of pride for a nation who up until just a few weeks ago had been taking to the streets every week to protest since early last year, when Abdelaziz Bouteflika announced his candidacy for a fifth presidential term. Overwhelming public pressure forced him to resign, but protests against the regime continued as young people in particular kept pushing for a better quality of life. With two-thirds of Algerians under the age of 30, many have only ever known the country with Bouteflika in charge, and are looking for new voices that can speak to them.

Soolking is one of them. One journalist for El Watan, the main newspaper in Algeria went as far as saying “for young Algerians, he is on a level in terms of image with Riyad Mahrez”, the national football captain and Premier League star.

Pinterest
Soolking – Liberté ft Ouled El Bahdja

Soolking’s song Liberté became an unofficial anthem of the protests. “I write because we are the golden generation,” he sings. “Free all those that are taken hostage / That’s all we have, all we have is freedom.” I went to Algeria last year and saw the protests one Friday, where thousands of people flooded the streets, young people passionately belting out the lyrics to this song, waving the Algerian flag: a poignant memory.

“It is nice to see,” he says humbly, though he accepts that the song has been reclaimed by the people. “It’s not a Soolking song any more. It’s a song for young people, and the original version comes from Ouled El Bahdja, a group which makes music in football stadiums. I wrote the lyrics, re-did the music a bit with them and it has become more than a stadium song – it has become an international song.”

Talking about a song called “Freedom” during a lockdown seems ironic, so I wonder what he thinks the word means at the moment. “Freedom is doing what you want, where you want, living where you want, being who you want, being free.” He pauses a moment, before adding: “Of course there are limits. You can’t do bad things. But it is about living the life you want … I feel free and freedom is priceless.”

While lockdown presents limitations and frustrations, especially for an artist who should be out promoting a new album and lining up tour dates, Soolking has already known a lack of freedom, including when he was living in the shadows as an undocumented immigrant: harraga, as we say in Arabic.

“You can’t do anything without papers,” he says. “You can’t travel; if you go in the street and get caught you can get put in jail or they can deport you. But I didn’t feel that too much because I’m a calm person. I don’t make problems, I work, I don’t go out a lot.”

There are a number of popular artists in France who are second-generation Algerian immigrants – Sofiane, Rim’K, Lacrim, and Ademo and NOS, the brothers who make up vastly successful rap duo PNL, for example – but Soolking was born in Algeria, and his struggle to success makes him hugely relatable to a young audience there.

He sees his circumstances as having set him up to work hard for the life he wants: “For the people back home life’s so hard that going to another country without papers, a house or anything at all is do-able because they live in such precarious circumstances, with poverty and difficult lifestyles. That is strength – misery gives us strength.”

That strength is evident in Soolking’s more heartfelt songs, such as Guérilla. A powerful 2018 French radio performance cemented his name as a big player in the music scene and racked up over a quarter of a billion views on YouTube. “I dreamed that we weren’t poor any more and that our sad stories were nothing but words,” he sings.

Soolking feat. Ouled El Bahdja – Liberté [Clip Officiel] Prod by Katakuree

With all the nostalgic throwbacks, I ask him what he misses of Algeria. “My parents, that’s all. France is pretty similar to Algeria in many ways.” What about Algerian culture? “Well, exactly, the culture is what? Religion, Ramadan, and those things. For me, my parents are what carry the culture and religion in the family, so I don’t really miss anything else.”

Retrouver l’article original sur le site du Guardian