L’outrage fait à Sarah Ikker – Yasmina Khadra

” Sarah aurait tant aimé que son mari se réveille et qu’il la surprenne penchée sur lui, pareille à une étoile veillant sur son berger. Mais Driss ne se réveillerait pas. Restitué à lui-même, il s’était verrouillé dans un sommeil où les hantises et les soupçons se neutralisaient, et Sarah lui en voulait de se mettre ainsi à l’abri des tourments qui la persécutaient. Aucun ange ne t’arrive à la cheville, lorsque tu dors, mon amour, pensa-t-elle. Pourquoi faut-il qu’à ton réveil tu convoques tes vieux démons, alors qu’il te suffit d’un sourire pour les tenir à distance ? “. Couple comblé, Sarah et Driss Ikker mènent la belle vie à Tanger jusqu’au jour où l’outrage s’invite à leur table. Dès lors, Driss n’a plus qu’une seule obsession : identifier l’intrus qui a profané son bonheur conjugal.

Prix : 31chf

La danse du chagrin : paroles d’enfants syriens – Bernard Bonvoisin

Après le choc éprouvé lors de la diffusion d’un documentaire sur les enfants d’Alep, Bernie Bonvoisin décide de se rendre au Liban pour rencontrer les jeunes Syriens et Syriennes qui y sont réfugiés. Là, dans les camps et les squats de fortune, il découvre une jeunesse à la maturité spectaculaire, qui a soif de vivre et de partager ses rêves. Au coeur d’un dénuement extrême, face à la guerre et au terrorisme, Bernie Bonvoisin se fait la voix de cette génération aussi sacrifiée que pleine d’espoir.

Prix : 12chf

L’odyssée d’Hakim : De la Turquie à la Grèce – Fabien Toulmé

En exil loin de son pays natal, Hakim trouve un peu d’espoir dans la naissance d’un fils. Mais de petits boulots en difficultés, la complexité du monde le rattrape une nouvelle fois et sépare sa famille. Livré à lui-même avec son enfant, Hakim va tenter de survivre, malgré les obstacles et la précarité, jusqu’à envisager le pire : monter sur un canot de fortune pour trouver un salut…

 

Prix : 42chf

Le confident des amoureux : les mots de la beauté – Ghani Alani (Calligraphe) & Ysabel Saïah-Baudis

Les soufis ont toujours lié les voies de l’Amour et de la Beauté ; un poète persan du XIVe siècle Cheref Rami a décliné tous les mots de la beauté d’après les dix-neuf parties du corps de la femme assortis de poèmes qui lui répondent en français et arabe.

Magnifique symbole qui dit bien la richesse et l’ouverture de ce courant de pensée. Le grand calligraphe irakien Ghani Alani lui-même poète a repris ces centaines de mots qui disent le Beau pour nous emmener dans ce mouvement éternel de recherche mystique.

Prix : 38chf

Street food au Maroc – Un goût authentique / Julie Carcaud & Asmaa Chaidi

Cet ouvrage est un documentaire sur la culture populaire marocaine, un reportage sur le Maroc d’aujourd’hui et ses valeurs de partage et de solidarité. Au détour des ruelles animées de ses médinas ou dans les villages de montagne, il part à la rencontre de ses habitants. Le Maroc est considéré comme l’une des meilleures destinations street-food. Partout, les rues regorgent de gourmandises qui sont de petits plaisirs qui nous rappellent bien souvent notre enfance : beignets de toutes sortes, nougats, pâtisseries colorées, biscuits, barge à papa… Les plats salés ne sont pas en reste : petits tajines, brochettes, soupes… Chaque ville, chaque région a ses spécialités… sans compter les recettes importées de l’étranger. A travers des instantanés captés sur le vif, et des images de reportage de très belle qualité, cet ouvrage propose de rendre hommage à la découverte à la gourmandise. Les textes sont courts et laissent la part belle à l’image. Ils répondent à la curiosité du lecteur en apportant un éclairage culture. Cet ouvrage grand public n’est pas un livre sur la gastronomie marocaine, mais un véritable voyage à la découverte du Maroc et des marocains.

 

Prix : 67chf

Le naufrage des civilisations – Amin Maalouf

Il faut prêter attention aux analyses d’Amin Maalouf : ses intuitions se révèlent des prédictions, tant il semble avoir la prescience des grands bouleversements de l’Histoire. Il s’inquiétait il y a vingt ans de la montée des “identités meurtrières” ; il y a dix ans du “dérèglement du monde”. Il nous explique aujourd’hui pourquoi toutes les aires de civilisation sont menacées de naufrage. Depuis plus d’un demi-siècle, l’auteur observe le monde, et le parcourt. Il était à Saïgon à la fin de la guerre du Vietnam, à Téhéran lors de l’avènement de la République islamique. Dans ce livre puissant et ample, il fait oeuvre de spectateur engagé et de penseur, mêlant récits et réflexions, racontant parfois des événements majeurs dont il s’est trouvé être l’un des rares témoins oculaires, puis s’élevant en historien au-dessus de sa propre expérience afin de nous expliquer par quelles dérives successives l’humanité est passée pour se retrouver ainsi au seuil du désastre. “C’est à partir de ma terre natale que les ténèbres ont commencé à se répandre sur le monde”, écrit-il, avant d’évoquer l’extinction du Levant pluriel et les secousses sismiques du monde arabo-musulman, dont les répliques ont affecté, de proche en proche, la planète entière. Il émet l’hypothèse neuve d’un “grand retournement” qui aurait métamorphosé toutes les sociétés humaines, et dont nous serions à présent les héritiers hagards. Un sursaut s’impose, conclut-il. Le paquebot des hommes ne peut continuer à naviguer ainsi vers sa perte.

Prix : 37chf

 

Meryem Alaoui, lauréate du prix Beur FM Méditerranée – TV5Monde 2019

L’écrivaine a été récompensée pour son roman La vérité sort de la bouche du cheval, paru chez Gallimard.

Le prix Beur FM Méditerranée – TV5Monde 2019 a été attribué le 9 février à Meryem Alaoui pour son premier roman La vérité sort de la bouche du cheval, publié chez Gallimard. La récompense a été décernée à l’Hôtel de Ville de Paris à l’occasion du 25e Maghreb-Orient des Livres.

L’ouvrage retrace l’histoire de Jmiaa, une prostituée de Casablanca et mère d’une jeune fille, dont la vie sera bouleversée par la rencontre avec une réalisatrice qui cherche à comprendre son quartier.

Le livre figurait dans de nombreuses sélections des grands prix d’automne 2018, dont le Goncourt, le Goncourt des lycéens ou encore le Flore.

Chaque année depuis 1997, le prix Beur FM Méditerranée – TV5Monde récompense un roman en langue française abordant des thématiques liées au Maghreb et à la Méditerranée. Meryem Alaoui succède à Kaouther Adimi, distingué en 2018 pour Nos richesses (Seuil).

La première sélection du Prix international du roman arabe 2019

Le jury du prix international du Roman arabe a révélé sa première sélection, composée de 16 titres.

Seize ouvrages ont été retenus, lundi 7 janvier, pour figurer dans la première sélection du prix international du Roman arabe 2019. La liste comprend 7 femmes et 9 hommes, choisis parmi 134 auteurs publiés en langue arabe entre juillet 2017 et juin 2018.

La deuxième sélection annonçant les six finalistes de cette 12e édition sera dévoilée le 5 février, avant la remise du prix qui se tiendra le 23 avril, à la veille de l’ouverture de la Foire internationale du livre d’Abu Dhabi (du 24 au 30 avril). Le lauréat succédera à Ibrahim Nasrallah, récompensé en 2018 pour The second war of dogs et recevra 50000 dollars (43700 euros), ainsi qu’un soutien pour la traduction de son ouvrage en anglais. Les finalistes toucheront quant à eux la somme de 10000 dollars (8700 euros).

Six auteurs ont déjà figuré dans les sélections des précédentes éditions, dont plusieurs sont édités en France : l’Irakienne Inaam Kachachi chez Gallimard, l’Algérien Waciny Laredj chez Sindbad et L’Harmattan, la Libanaise Hoda Barakat, chez Actes Sud et sa concitoyenne May Menassa chez Encre d’Orient et Erick Bonnier. Parmi les autres romanciers sélectionnés pour la première fois et déjà parus dans l’Hexagone se trouvent Mohamed Abi Samra (Sindbad) et Habib Sayah (Casbah).

Les 16 titres sélectionnés pour le Prix international du roman arabe 2019 :

  • Women without trace de Mohammed Abi Samra (Liban), Riyad al-Rayyes
  • Voyage of the cranes in the cities de Omaina Abdullah Al-Kamis (Arabie saoudite), Dar Al Saqi
  • The night mail de Hoda Barakat (Liban), Dar al-Adab
  • Women of the five senses de Jalal Bargas (Jordanie), Arabic Institute for Research and Publishing
  • The commandments d’Adel Esmat (Egypte), Kotob Khan
  • Mohammed’s brothers de Maysalun Hadi (Irak), Dar al-Dhakira
  • Black Foam de Huji Jaber (Erythrée), Dar Tanweer
  • The outcast d’Inaam Kachachi (Irak), Dar al-Jadid
  • May – The nights of Isis Copia de Waciny Laredj (Algérie), Dar al-Adab
  • What sin caused her to die? de Mohammed Al- Maazuz (Maroc), Cultural Book Centre
  • I killed my mother in order to live de May Menassa (Liban), Riyad al-Rayyes
  • Western Mediterranean de Mbarek Rabi (Maroc), Arabic Institute for Research and Publishing
  • Me and Haim de Habib Sayah (Algérie), Dar Mim
  • Summer with the enemy de Shahla Ujayli (Syrie), Difaf Publishing
  • The mexican wife de Iman Yehia (Egypte), Dar al-Shorouk
  • Cold white sun de Kafa Al-Zou’bi (Jordanie), Dar al-Adab

Plusieurs lauréats traduits en français

Créé en 2008, le prix international du Roman arabe vise à étendre le rayonnement de la littérature  arabe. Il est financé par le département de la culture et du tourisme d’Abu Dhabi et bénéficie du soutien de la Booker Prize Foundation sise à Londres. Son jury est dirigé par le critique littéraire marocain Charafdin Majdolin.

Parmi les titres lauréats des dix dernières années, cinq ont été traduits en français: Oasis du couchant de l’Egyptien Bahaa Taher (Gallimard, 2011, traduit par Simon Corthay et Charlotte Woillez); La Malédiction d’Azazel de l’Egyptien Youssef Ziedan (Albin Michel, 2014, traduit par Khaled Osman); Le Collier de la colombe du Saoudien Raja Alem (Stock, 2011, traduit par Khaled en collaboration avec Ola Mehanna); Les Druzes de Belgrade du Libanais Rabee Jaber (Gallimard, 2015, traduit par Simon Corthay et Charlotte Woillez) et Frankenstein à Bagdad de l’Irakien Ahmed Saadawi (Piranha, 2016, traduit par France Meyer).

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Riad Sattouf s’anime de partout

Série et roman graphiqueLe dessinateur adapte «Les carnets d’Esther» en série, sort «L’Arabe du futur» et s’offre une expo.

Par Cécile Lecoultre  

À l’écran, Esther gambade dans l’insouciance de ses 9 ans. Riad Sattouf, inspiré depuis 2016 par une authentique petite Parisienne, adapte ses «Carnets» en pastilles animées de 3 minutes. Enchantement. En librairie, le dessinateur sort «L’Arabe du futur», autre évocation, plus dure celle-là. Car au tome 4, Riad, les hormones bouillonnantes sous sa «coupe de Tone Crouze», lâche le secret. Dans le décor balisé entre Bretagne et Syrie, l’ado qui croyait tout savoir des zizis et des bébés, tombe sur des tabous inédits. Ainsi de son père qui a sombré dans le radicalisme et veut l’exporter. Par rapport aux racines du garçon, le paternel d’Esther, «mélanchoniste adoré», ou sa mère «relou», semble soudain des perturbateurs fort légers. Esther, Riad, deux paysages, deux enfances qui cernent le créateur Sattouf.

Dans «L’Arabe du futur 4», le couple parental explose, tandis que les aïeux aux idées arriérées tirent à boulets rouges sur la paix des foyers. Sans oublier les insultes à l’école. «Oh, moi, j’essaie de ne pas trop intellectualiser ce que je fais», confie l’auteur. «Et de ne pas trop l’analyser non plus, j’ai peur qu’une fois démonté, le mécanisme ne fonctionne plus! J’ai gardé des souvenirs vifs et précis des années d’enfance.» Sans arborer de traumatisme en bandoulière, Riad décortique le racisme rampant, l’antisémitisme cramponné, le sexisme beauf. Et tamponne les écorchures de l’âme à l’humour noir.

Esther, vers qui il revient chaque semaine, lui écarquille le regard. «J’ai prévu un album par an jusqu’à ses 18 ans. On n’est plus légalement un enfant, à 18 ans, et cela me semblait être une bonne date pour arrêter là le projet!» D’ici là, Sattouf s’instruit. «J’aime beaucoup en apprendre sur les enfants d’aujourd’hui et voir ce que cela peut dire du futur, de la société en devenir. J’aime observer comment se transmettent les valeurs morales entre les générations.» L’adaptation de la série l’a ramené au premier tome, au plus dense du parfum d’innocence. «Pas de réinterprétations, de changements…»

Miracle aussi pharamineux que l’identité de l’Italienne Elena Ferrante, la jeune fille conserve un parfait anonymat. «Je modifie les noms, je la cache dans le réel!» Par contre, le Riad de «L’Arabe du futur» ne laisse aucun doute quant à sa personne. «J’essaie d’être le plus honnête et sincère avec mes souvenirs. J’essaie de faire les livres les plus lisibles par des gens qui ne lisent pas de BD habituellement. Je n’aime rien de plus que quand une mamy vient me dire qu’elle a lu deux BD dans sa vie: «Bécassine» et «L’Arabe du futur !»

Sattouf l’affirme, sa suite autobiographique se bouclera au 5e volume. Comme pour solder la question de l’ego entre la fiction et la réalité, entre le fils et le père. «Comment se tenir à la bonne distance? Dur à dire. J’ai centré le livre sur l’observation du père afin d’échapper aux risques de l’autobiographie! Ennui, égocentrisme… J’envisage «L’Arabe du futur» comme un récit de voyage sur une autre planète plutôt.» Pourtant, son travail, loin d’un exotisme de pacotille, pousse dans l’arène politique.

«Car tout livre est politique! Bien sûr! Mais moi, j’ai horreur des livres idéologiques, qui nous expliquent ce qu’il faut penser, qui simplifient le réel… ma vie n’est ni de gauche ni de droite, et j’aime que mes lecteurs se fassent leur avis seuls. Rien ne m’insupporte plus que les BD d’extrême gauche ou les pamphlets d’extrême droite… comme si les auteurs cherchaient eux-mêmes à se convaincre de leur vérité, c’est très gênant.» Lui abhorre encore être défini par ses origines. «J’essaie d’avoir une vision humaniste, de regarder le monde à travers le prisme de l’égalité femmes/hommes. C’est ma longue-vue!»

À 40 ans, Sattouf sera exposé en novembre à la Bibliothèque Centre Pompidou à Paris, après Claire Bretécher ou Art Spiegelman. Une consécration? Nuance. «En général j’ai toujours refusé ces propositions d’expo, car je suis horriblement complexé par mes dessins!» Au-delà de l’ironie, «L’écriture retrouvée» consacrera aussi une vocation. «Je pense tout le temps bande dessinée. Quand je suis anxieux, j’en lis, j’essaie d’imaginer ce que ferait tel ou tel auteur que j’aime à ma place… c’est ma religion!»

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L’organisation secrète et autres nouvelles – Naguib Mahfouz

Les seize nouvelles qui composent cette anthologie sont extraites de recueils publiés entre 1962 et 1984. Elles frappent autant par la diversité de leurs thèmes que par la maîtrise avec laquelle Mahfouz distille de l’absurde dans la vie quotidienne la plus banale. Celle qui donne son titre à l’ensemble est une métaphore des religions monothéistes : habité par l’espoir fou de changer le monde, un groupe d’amis adhère à une organisation secrète pour découvrir qu’elle est structurée en familles cloisonnées ayant chacune à sa tête un chef charismatique, lui-même soumis à un chef suprême enveloppé de mystère. Toutes les autres nouvelles atteignent le même niveau de concision et de tension. Par exemple, critique à peine voilée du nassérisme, l’histoire de ce conducteur de train qui le lance à très vive allure jusqu’à provoquer une terrifiante catastrophe. Ou celle d’un obscur employé de bureau, fumeur impénitent de haschich, injustement inculpé de terrorisme. Ou encore la mésaventure d’un journaliste réputé pour avoir longtemps enquêté dans les “quartiers chauds”, dénonçant le sort des prostituées, et qui oublie dans ses vieux jours que le racolage a été officiellement aboli, en partie grâce à lui…

 

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