Le monde arabe en morceaux Des printemps arabes au recul américain – Charles Thépaut

Les pays arabes sont parcourus par des crises difficiles à démêler. Les “printemps” de 2011 ont remis en cause des systèmes qui n’étaient plus viables mais n’ont pu en traiter les causes économiques et sociales. La répression des soulèvements a généré de nouveaux conflits mais les populations continuent de réclamer un traitement plus digne, comme en Algérie, au Liban et en Irak en 2019. Mêlées à la géopolitique, ces crises alimentent différents degrés de violence : brutalité extrême de Daech et des guerres au Yémen et en Syrie, escalades ponctuelles à Gaza et conflits à répétition en Libye… Dans les zones plus stables, les inégalités s’aggravent entre une élite intégrée dans la mondialisation et le reste de la population. Cet ouvrage propose une analyse précise de chaque pays de cette région fragmentée. Il en explique également la nouvelle géopolitique, au moment où la Russie, l’Iran ou la Turquie profitent de l’épuisement américain vis-à-vis du Moyen-Orient. Si le tableau est sombre, ce livre rappelle aussi l’énergie des sociétés qui continuent à vivre, à bouillonner d’initiatives locales, pour dessiner leur avenir malgré les obstacles.

 

Prix : 42chf

Le Peintre dévorant la femme – Kamel Daoud

Invité à passer une nuit dans le musée Picasso à l’automne 2017, alors qu’y était présentée l’exposition Picasso 1932, année érotique, Kamel Daoud en a tiré un récit dans lequel il confronte les représentations que peuvent avoir du corps, du désir, de la nudité, de l’amour, du plaisir ou de la liberté, un artiste et un djihadiste. Il crée ainsi le personnage d’Abdellah, fondamentaliste chargé de détruire les toiles de Picasso parmi lesquelles il déambule, mis au supplice tant elles remettent en cause sa façon de considérer le monde et l’Autre. L’art peut-il guérir un homme de la violence, le conduire à préférer le désir de la vie ici-bas plutôt que de fantasmer la félicité de l’au-delà ?

 

Prix : 11chf

Le pays des autres – Leïla Slimani

En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s’éprend d’Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l’armée française. Après la Libération, elle quitte son pays pour suivre au Maroc celui qui va devenir son mari. Le couple s’installe à Meknès, ville de garnison et de colons, où le système de ségrégation coloniale s’applique avec rigueur. Amine récupère ses terres, rocailleuses ingrates et commence alors une période très dure pour la famille. Mathilde accouche de deux enfants : Aïcha et Sélim. Au prix de nombreux sacrifices et vexations, Amine parvient à organiser son domaine, en s’alliant avec un médecin hongrois, Dragan Palosi, qui va devenir un ami très proche. Mathilde se sent étouffée par le climat rigoriste du Maroc, par sa solitude à la ferme, par la méfiance qu’elle inspire en tant qu’étrangère et par le manque d’argent. Les relations entre les colons et les indigènes sont très tendues, et Amine se trouve pris entre deux feux : marié à une Française, propriétaire terrien employant des ouvriers marocains, il est assimilé aux colons par les autochtones, et méprisé et humilié par les Français parce qu’il est marocain. Il est fier de sa femme, de son courage, de sa beauté particulière, de son fort tempérament, mais il en a honte aussi car elle ne fait pas preuve de la modestie ni de la soumission convenables. Aïcha grandit dans ce climat de violence, suivant l’éducation que lui prodiguent les Soeurs à Meknès, où elle fréquente des fillettes françaises issues de familles riches qui l’humilient. Selma, la soeur d’Amine, nourrit des rêves de liberté sans cesse brimés par les hommes qui l’entourent. Alors qu’Amine commence à récolter les fruits de son travail harassant, des émeutes éclatent, les plantations sont incendiées : le roman se clôt sur des scènes de violence inaugurant l’accès du pays à l’indépendance en 1956.

 

Prix : 32chf

Le pays du Commandeur – Ali Al-Muqri

Au pays du Commandeur, nul ne peut ignorer qui est le maître : son image est partout, les lieux publics portent son nom, des livres sont écrits à sa gloire. Au pays du Commandeur, tout le monde lui est redevable, chacun chante ses louanges, dans sa cuisine ou en public, mais sur les toits-terrasses des maisons il se raconte de drôles d’histoires. Au pays du Commandeur, on se méfie de l’aveugle au coin de la rue, de sa secrétaire, de son voisin, de son conjoint. Tiraillé par des sentiments contradictoires, un écrivain venu d’un Etat voisin de l’Irassybie observe. Quelqu’un soufflera-t-il un jour sur les braises de la révolte ? Une fable grinçante sur l’asservissement au pouvoir politique, qui aborde non sans humour des sujets essentiels et brûlants d’actualité.

 

Prix : 26chf

Mohammed, prophète de l’islam – Malek Chebel

A l’aube du VIIe siècle, l’Arabie a été réveillée de sa torpeur millénaire par un souffle puissant et jusque-là inconnu, l’islam. Son émergence fut particulièrement rapide car il a fallu à Mohammed, le nouveau prophète, seulement quelques années, de 610 à 632, pour imposer une nouvelle religion, à la fois monothéiste et abstraite dans son horizon de pensée. Malek Chebel, spécialiste du monde arabe, montre comment le Prophète, homme de doctrine et de pouvoir, a voulu que l’islam tienne compte de l’expérience humaine dans sa double part, sublime d’un côté, ordinaire de l’autre, divine par ses aspirations, terrestre par son exercice. Balayant ici préjugés et approximations, il confirme qu’il est plus que jamais nécessaire de connaître la destinée du Prophète pour bien comprendre la vérité et la richesse de son enseignement.

Prix : 16chf

Labyrinthe – Burhan Sönmez

Un jour, Boratine, un jeune chanteur de blues vivant à Istanbul, se réveille à l’hôpital partiellement amnésique : il ne sait plus qui il est ni d’où il vient. On lui dit qu’il a miraculeusement survécu à sa tentative de suicide. Mais pourquoi aurait-il tenté d’en finir en sautant d’un pont sur le Bosphore ? Boratine est beau, talentueux, populaire. Ses amis l’aiment, les femmes aussi. Revenu dans son appartement, il tente de reprendre le cours de sa vie, de raviver sa mémoire au contact d’objets du quotidien, de visages connus, de miroirs. S’il a oublié tout ce qui concerne son identité, il n’a pas perdu l’usage des mots, la maîtrise de plusieurs langues. Il reconnaît même en cette figurine, dans son salon, la vierge Marie et son enfant Jésus. Incapable toutefois de les replacer dans le temps, il ne saurait dire s’ils ont vécu il y a quelques années ou bien des millénaires. Flâneur des labyrinthes de la mémoire, il erre aussi au hasard des chemins de la ville, cette Istanbul qu’il redécouvre sous un jour nouveau. Dans une prose fluide et poétique, Burhan Sönmez raconte les pérégrinations de son héros, sa quête identitaire, et leur confère une profondeur existentielle. Qu’est-ce qui nous détermine ? Perdre la mémoire, est-ce perdre son identité ? Est-ce plus libérateur pour l’homme – et pour une société – de connaître son passé ou bien de s’en défaire ?

 

Prix : 32chf

La mélancolie du Maknine – Seham Boutata

L’Algérien est un éleveur d’oiseaux par tradition, et celui qui a sa préférence est sans aucun doute le chardonneret. Présent dans toutes les maisons, le maknine – de son petit nom algérien – est convoité depuis des générations pour son chant exceptionnel et sa beauté. Malheureusement, aujourd’hui, il ne vit presque plus à l’état sauvage : urbanisation, pesticides, chasse sans répit sont autant de causes de sa disparition. Seham Boutata est allée des deux côtés de la Méditerranée à la rencontre des membres de la ” confrérie du chardonneret “. Alors que l’animal se fait plus rare, la prégnance de la passion qu’il suscite dessine en miroir une société complexe. Ecoutons l’oiseau : aucun autre chant ne nous raconte mieux l’histoire de l’Algérie, de la colonisation aux mouvements de libération. Française d’origine algérienne, Seham Boutata a d’abord produit deux documentaires radiophoniques diffusés sur France Culture : Le Chant du chardonneret, dans l’émission ” Une histoire particulière “, et L’Elégance du chardonneret, dans la case ” Création on air “. Son récit littéraire prend appui sur ce travail d’enquête en le prolongeant jusqu’au mouvement Hirak de février 2019 et à l’incroyable élan démocratique qui souffle sur l’Algérie.

 

Prix : 30chf

Voyage, guerre, exil – Etal Adnan

Réflexion sur l’exil que l’auteure considère être une dépossession sans recours doublée d’une humiliation, lorsque l’autre prend possession de ce que l’exilé abandonne derrière lui. Jusqu’alors triste privilège de quelques-uns, l’exil est désormais la condition commune, mais tous n’en ont pas encore conscience.

 

Prix : 17chf

Géopolitique de la colère : De la globalisation heureuse au grand courroux – Myriam Benraad

De toutes les émotions, la colère est l’une des plus puissantes. Elle s’accompagne de bien d’autres affects — indignation, culpabilité, amertume, ressentiment, haine, désir de vengeance — dénominateurs communs d’une actualité bouillonnante mais particulièrement confuse. Violences politiques et terrorismes transnationaux, soulèvements populaires et protestations “indignées” à travers le monde, insurrections armées au long cours, montée des populismes et reflux des nationalismes, regains et consolidations autoritaires, haine de l'”autre”, interminables guerres civiles et conflits gelés, rancoeurs sociétales nouvelles comme plus anciennes, belligérances numériques inédites… Inexorablement, sous nos yeux, c’est bien la colère qui semble dévorer une globalisation que d’aucuns qualifiaient autrefois d'”heureuse”. Se plaçant sur le terrain singulier de la géopolitique, Myriam Benraad analyse ce qu'”être en colère” signifie, comment cette émotion se manifeste à l’échelle planétaire, quels en sont les protagonistes, dynamiques et enjeux. Assistons-nous à un phénomène passager ou cet emportement général, visible partout, a-t-il déjà mué en logique durable laissant craindre un XXIe siècle particulièrement brutal et instable ?

 

Prix : 30chf

Ecorces – Hajar Bali

A Alger, Nour, 23 ans, vit dans un petit appartement avec son arrière-grand-mère Baya, sa grand-mère Fatima et sa mère Meriem. Le jeune homme tente d’échapper à l’ambiance familiale étouffante. Il rencontre Mouna, une femme mystérieuse qui pourrait ne pas être celle qu’elle prétend. A son insu, Nour est pris au piège des secrets bien gardés de Baya. Premier roman.

 

Prix : 30chf