Le Voyage d’Ibn Fattouma – Naguib Mahfouz

Roman initiatique dont le héros, Ibn Fattouma, révolté par la corruption qui règne dans son pays et encouragé par son maître spirituel, se décide à partir à la recherche d’une cité lointaine, réputée vertueuse, dite Dâr al-Jabal, la Demeure de la Montagne.

 

Prix : 25CHF

L’amour des choses invisibles – Zied Bakir

Le drôle de héros et narrateur de L’amour des choses invisibles est un jeune Tunisien sans papiers qui mène une vie de bohème à Paris. A la mosquée Arthur Rimbaud, M. de Sonvraynom, soixante-huitard converti, lui prodigue des conseils plus ou moins avisés. A la suite d’une déception amoureuse (car ” La femme est l’avenir de l’homme, dit le poète. Surtout de l’immigré “) et un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, notre rêveur décide de revenir dans son pays d’origine, en profitant du ” retour volontaire ” , dispositif mis en place par l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration pour encourager les sans-papiers qui le souhaitent à rentrer chez eux. Le billet d’avion et une petite somme d’argent sont offerts. Si le narrateur décide de rentrer chez lui, ce n’est pas pour y vivre mais pour marcher jusqu’à la Mecque. Il a l’idée chimérique d’inaugurer un chemin de pèlerinage pédestre vers la première ville sainte de l’Islam comme il en existe un en Europe vers Compostelle. Seulement, il lui faut pour cela traverser la Libye en pleine guerre civile. Qu’à cela ne tienne ! La mission du marcheur est sacrée. Il lui arrivera bien des ennuis, qu’il tentera de compenser par une philosophie de la vie faite d’amour de la poésie, d’un fatalisme qui n’empêche pas la combativité, et d’un humour à toute épreuve. Parcours d’un jeune homme en quête de soi, ce roman espiègle aux airs de fable est aussi un hymne à la liberté, celle de penser et de circuler.

 

Prix : 29CHF

L’empoisonneur de Bagdad – Hélène Calvez

Le Prince des Ténèbres se dirige vers Bagdad où Shams, personnage très important de l’Empire abbasside, est mort empoisonné dans une pièce close, après avoir clamé que l’écriture avait un pouvoir. Shams avait-il découvert l’alphabet divin, celui qui a permis à Dieu de nommer les choses, les faisant ainsi exister ? S’est-il trompé dans l’élaboration du talisman de la bonne fortune ? Mandaté par l’archidiacre de Tolède qui veut créer la Bête de l’Apocalypse à l’aide de cet alphabet ; supplié par Maïmonide de détruire les lettres divines avant que leur propagation sur Terre ne conduise les hommes à leur perte, le Prince des Ténèbres se heurte à l’irrationnel alors qu’il l’affirme que ce décès énigmatique a une solution simple⦠fort simple.
Bien évidemment, il se trompe, car il est une magie que le monde chrétien en cette fin de XIIe siècle ne connaît pas : la magie des lettres.

 

Prix : 31CHF

Les divinités / Parker Bilal

Howard Thwaite, promoteur immobilier arrogant et influent, a lancé le projet Magnolia Quays à Battersea, face à la Tamise. Appartements de luxe. Au petit matin, avant l’arrivée pour l’embauche des travailleurs clandestins syriens, soudanais etc., le gardien kurde découvre sur le site les corps d’un homme et d’une femme ensevelis vivants sous un monceau de pierres au fond d’une profonde excavation. L’épouse du promoteur, galeriste chic, et un collectionneur d’art, citoyen français d’origine japonaise, sont identifiés. Pour mener l’enquête, Calil Drake, inspecteur marqué par son expérience de la guerre en Irak, et Ray Crane, psychologue anglo- iranienne. Il est musulman, elle est juive. Ils ne sont blancs ni l’un ni l’autre. Cela ne facilitera pas leur tâche auprès de l’establishment. Crane envisage un lien possible avec la lapidation, châtiment prévu par la charia. Drake lorgne du côté de la cité multiraciale de Freestone et s’intéresse à l’incendie criminel d’une mosquée jadis synagogue. Sur fond de tensions communautaires et d’argent nouveau venu d’ailleurs, Bilal dresse le portrait cinglant d’une société anglaise divisée, agressive et raciste, dont les repères traditionnels sont brouillés.

 

Prix : 35chf

Cent vingt francs / Xavier Le Clerc

“Saïd, qui s’était engagé pour nourrir les siens, s’interrogeait. Le jeune soldat blond avait-il reçu une prime de deux cents francs à son arrivée ? Recevait-il lui aussi une solde journalière de cinquante centimes ? Etait-ce assez en Allemagne pour s’acheter tous les mois un demi-kilo de pain, trois oeufs et un peu de lait ? Sa famille postulerait-elle pour une prime de veuvage de cent vingt francs ? Cent vingt francs. C’était le prix d’un homme, du malheur de sa famille. Et Saïd, qui n’avait jamais appris à calculer, se demandait combien de kilos de pain, d’oeufs et de lait pourrait bien valoir son propre corps déchiqueté, tant il avait pris l’habitude de s’imaginer les viscères à l’air, dévorées par les rats, avec le fatalisme d’un paysan qui avait connu et qui donc connaîtrait de nouveau, un jour lointain peut-être, mais un jour sûrement, la mauvaise récolte de trop”.

Ce roman retrace deux destins que le hasard fait se croiser. Engagé dans l’armée française en 1911, Saïd, jeune paysan kabyle, participe à la campagne de pacification du Maroc puis à la bataille de Verdun au cours de laquelle il perd la vie en 1917. Dora, jeune fille juive rêvant de liberté, tient à Constantine une boutique d’automates devant laquelle Saïd, enfant, venait souvent rêver.

Prix : 24chf

Le prix Phénix 2020 à Ahmad Beydoun avec mention spéciale à Dima Abdallah

Orient le Jour

Le prix Phénix de littérature 2020 a été attribué à l’écrivain et sociologue Ahmad Beydoun pour son ouvrage Libérations arabes en souffrance paru aux éditions Actes Sud/L’Orient des livres. Une mention spéciale a été également attribuée à Dima Abdallah pour son roman Mauvaises herbes paru chez Sabine Wespieser.

Né à Bint Jbeil en 1943, Ahmad Beydoun est l’auteur de plus de vingt ouvrages en arabe et en français. « Ses livres portent en majeure partie sur les problèmes de la société et du système politique du Liban, ainsi que sur différents aspects de la culture et de la langue arabes, indique le communiqué du prix Phénix. Libérations arabes en souffrance réunit dix textes dont la production s’est étalée sur plus de trente ans et qui confrontent les cadres de vie imposés par la modernité à l’arsenal de dogmes et de traditions toujours vivaces dans l’espace arabe. Ils tentent de voir dans quelle mesure raidissements et compromis apportent des réponses viables aux défis concrets du présent. Sont ainsi interrogées la langue arabe, l’allégeance communautaire et l’image du corps en islam, autant que l’émergence de l’individualité et de l’esprit critique… » Côté littérature, il a publié un recueil de poèmes et pratiqué le récit de voyage et le scénario.

Quant à Dima Abdallah, elle est née au Liban en 1977 et vit à Paris depuis 1989. Elle est traductrice de littérature et poésie arabe et détient un DEA en archéologie du Moyen-Orient de la Sorbonne. Très remarqué, Mauvaises herbes, son premier roman, exhume les souvenirs marqués au fer rouge d’une enfant de la guerre contrainte à l’exil. Devenue femme, elle décide de se raconter…

Pour rappel, le prix Phénix de littérature est attribué chaque année, depuis sa création en 1996, à une œuvre littéraire écrite en français par un Libanais, ou par un écrivain francophone et ayant trait au Liban. Ce prix, décerné par un jury composé d’écrivains et de journalistes libanais et français, a déjà récompensé d’importants essayistes comme Ghassan Salamé, Georges Corm, Samir Kassir, Samir Frangié, May Chidiac ou Henry Laurens, et des romanciers de talent comme Wajdi Mouawad, Charif Majdalani, Dominique Eddé, Ramy Zein, Georgia Makhlouf ou Carole Dagher pour ne citer qu’eux.

Retrouver l’article original dans L’Orient le Jour

Le parfum des fleurs la nuit / Leïla Slimani

Comme un écrivain qui pense que “toute audace véritable vient de l’intérieur” , Leïla Slimani n’aime pas sortir de chez elle, et préfère la solitude à la distraction. Pourquoi alors accepter cette proposition d’une nuit blanche à la pointe de la Douane, à Venise, dans les collections d’art de la Fondation Pinault, qui ne lui parlent guère ? Autour de cette “impossibilité” d’un livre, avec un art subtil de digresser dans la nuit vénitienne, Leila Slimani nous parle d’elle, de l’enfermement, du mouvement, du voyage, de l’intimité, de l’identité, de l’entre-deux, entre Orient et Occident, où elle navigue et chaloupe, comme Venise à la pointe de la Douane, comme la cité sur pilotis vouée à la destruction et à la beauté, s’enrichissant et empruntant, silencieuse et raconteuse à la fois. C’est une confession discrète, où l’auteure parle de son père jadis emprisonné, mais c’est une confession pudique, qui n’appuie jamais, légère, grave, toujours à sa juste place : “Ecrire, c’est jouer avec le silence, c’est dire, de manière détournée, des secrets indicibles dans la vie réelle” . C’est aussi un livre, intense, éclairé de l’intérieur, sur la disparition du beau, et donc sur l’urgence d’en jouir, la splendeur de l’éphémère. Leila Slimani cite Duras : “Ecrire, c’est ça aussi, sans doute, c’est effacer. Remplacer”. Au petit matin, l’auteure, réveillée et consciente, sort de l’édifice comme d’un rêve, et il ne reste plus rien de cette nuit que le parfum des fleurs. Et un livre.

 

Prix : 30chf

Le silence d’Isra / Etaf Rum

Comme le veut la tradition palestinienne, Isra épouse un homme qu’elle ne connaît pas, Adam, qui s’est exilé avec ses parents à New York. Leur fille Deya subit ensuite la même pression, mais elle est bien décidée à poursuivre ses études… Un roman bouleversant sur la condition des femmes, écartelées entre leurs « devoirs » et leur désir de liberté.

 

Prix : 15chf

Aussi riche que le roi / Abigail Assor

“Il y avait l’odeur des brochettes, les gars des tables Coca-Cola qui la sifflaient : t’es belle petite, le bruit sur le terrain d’en face avec les chants du Raja, l’équipe de foot de Casa ; il y avait le vent frais de janvier, le tintement des canettes qui s’entrechoquaient, les insultes, les crachats ; et il y avait Driss, là, sur le côté. Elle le voyait, géant sur ses jambes courtes, une main tranquille sur l’épaule du flic, et l’autre fouillant sa poche pour lui glisser un petit billet de cent, sa bouche lançant quelques blagues entendues, un clin d’oeil de temps en temps ; et le flic en face souriait, attrapait le billet, donnait à Driss une tape dans le dos, allez, prends une merguez, Sidi, ça me fait plaisir. Driss, le géant au milieu des pauvres, Driss le géant qu’elle venait d’embrasser, pensait Sarah ; avec son fric, il n’y aurait plus jamais de flic, plus jamais de lois – ce serait eux deux, la loi”. Années 90, Casablanca. Sarah n’a rien et à la sortie du lycée, elle rencontre Driss, qui a tout ; elle décide de le séduire, elle veut l’épouser. Sa course vers lui, c’est un chemin à travers Casa et ses tensions : les riches qui prennent toute la place, les joints fumés au bord de leurs piscines, les prostituées qui avortent dans des arrière-boutiques, les murmures faussement scandalisés, les petites bonnes harcelées, et l’envie d’aller ailleurs. Mais ailleurs, c’est loin.

 

Prix : 29chf