Le ventre des hommes / Samira El Ayachi

A A’Samar. J’aime la nuit. D’ailleurs c’est la nuit que je suis née. C’était un samedi. On s’en souvient tous. Le problème avec la Nuit. C’est que la Nuit y a personne pour emmener maman à l’hôpital. Parce que papa est à la mine, au travail de nuit ». Le soir tombe sur les corons du nord de la France, et une fratrie se presse devant l’écran de télévision. Soudain apparaît le visage attendu ? : celui du père. Qu’y raconte-t-il ? A l’époque, personne ne s’en soucie vraiment. Ce n’est qu’une fois adulte qu’Hannah, devenue enseignante et aux prises avec les règles imposées, découvrira l’histoire incroyable de son père et d’un groupe d’hommes venus du sud du Maroc pour travailler dans les mines de charbon.

 

Prix : 37chf

Bel abîme / Yamen Manai

Je revenais du collège quand j’ai rencontré Bella. Une après-midi de novembre, morose. Un garçon triste, chétif, une tête à claques, la tête baissée, la peur qui habite ses tripes, et parfois, l’envie d’en finir. On n’imagine pas ce que ressent un enfant quand il faut qu’il se fasse encore plus petit qu’il n’est, quand il n’a pas droit a? l’erreur, quand chaque faux pas prend un air de fin du monde. Mais en l’entendant, ce jour-là, j’ai redressé le menton.

 

Prix : 25chf

A gauche du lit / Iman Bassalah

« Toi et moi, on est des combattants », répète Albert à Farrah. Farrah enseigne les lettres dans un lycée défavorisé, elle se démène pour joindre les deux bouts. Albert a le double de son âge, c’est un avocat qui défend des islamistes au nom de l’Etat de droit. Ils s’éprennent d’un amour fou. Bouleversée par la récente décapitation d’un collègue, Farrah s’accroche aux valeurs républicaines. A chaque vague terroriste, l’étiquette « Arabe » qu’on lui colle l’étouffe un peu plus. Sa liberté ne supporte aucune assignation. Albert est blanc, bourgeois, et se passionne pour la cause des musulmans. Avec tant de fougue que bien vite se pose une question : sont-ils vraiment du même côté ? Le jour éprouve leurs résistances. La nuit tisse leurs liens. Jusqu’à ce qu’une affaire particulièrement brûlante vienne raviver leurs déchirures. A gauche du lit se révèle un puissant roman politique parce qu’il s’empare des grandes questions du temps pour les coller sur la peau, dans les mots, dans le lit. Iman Bassalah nous rappelle que l’identité est l’un des beaux sujets de la littérature.

 

Prix : 34chf

Le prince aux deux visages – Gilbert Sinoué

L’épopée de la Révolte arabe, la personnalité énigmatique de T. E. Lawrence (1888-1935), dit Lawrence d’Arabie, l’aura de légende qui entourent son existence méritaient d’être démystifiées par le conteur talentueux qu’est Gilbert Sinoué. Le roman vrai de Lawrence d’Arabie Nul n’a oublié Lawrence d’Arabie qu’interpréta Peter O’Toole dans le film éponyme de David Lean (1962). Guerrier qui souleva le monde arabe contre le vieil Empire ottoman, Thomas Edward Lawrence conserve cette aura épique, ce souffle d’aventure qu’il a su restituer dans un chef-d’oeuvre, entièrement réécrit de mémoire après en avoir perdu le manuscrit : Les Sept Piliers de la sagesse. Mais qui fut-il réellement ? Gilbert Sinoué interroge le destin d’un ancien archéologue et fin lettré devenu un fabulateur. Sous son keffieh d’ami des peuples opprimés, T. E. Lawrence obtint traitreusement la sympathie des Arabes et du prince Fayçal pour les placer ensuite sous le joug de l’Empire britannique, en vertu d’accords secrets franco-anglais sur le partage du Moyen-Orient dont les conséquences se font encore douloureusement sentir. Au fil du roman, l’auteur explore les facettes méconnues de la vie du Prince des sables. Pourquoi Lawrence a-t-il inventé le récit de son viol à Deera (Syrie) par le gouverneur turc ? Qu’en est-il de son homosexualité ? de son goût du travestissement ? du masochisme de l’agent secret redevenu simple soldat ? de sa mort suspecte au volant d’une moto, en 1935 ? Gilbert Sinoué signe le roman vrai d’un personnage aussi fascinant que controversé.

 

Prix : 29chf

Mon Port de Beyrouth : C’est une malédiction, ton pauvre pays ! / Lamia Ziadé

L’auteure raconte comment elle a vécu l’explosion du 4 août 2020 qui a ravagé le port de Beyrouth et ses alentours. En contact avec sa famille et ses amis vivant sur place, elle note dans un carnet intime leur témoignage et leur colère qu’elle associe à des illustrations.

 

Prix : 38CHF

Confessions / Rabee Jaber

Quinze années de guerre civile, c’est ce qu’a connu le Liban de 1975 à 1990. C’est aussi le contexte dans lequel Maroun a grandi. Devenu jeune adulte, il raconte les années passées à Achrafi eh, le quartier chrétien de l’est de Beyrouth, entouré de sa mère, de son père, engagé dans les milices phalangistes, de son grand frère Iliya, et de ses trois soeurs. Il décrit le quotidien de ceux qui ont appris à vivre sous les bombes et les tirs de snipers, les plaisirs simples dans les moments de trêve, la douceur de l’enfance malgré la violence sourde et incompréhensible avec laquelle il faut cohabiter. A la maison, accrochée au mur du salon, il y a aussi la photo d’un jeune frère, kidnappé et assassiné au début du conflit. Dans la famille règne une mystérieuse atmosphère et, d’aussi loin qu’il s’en souvienne, Maroun a toujours senti peser sur lui un étrange regard. Et pour cause : plus tard, après la guerre, Iliya lui apprend qu’il n’est pas celui qu’il croit être. Seul survivant parmi les occupants d’une voiture que l’unité de « son père » a arrêtés à un barrage pour les abattre ensuite, il a été recueilli, soigné et adopté par la famille qui lui a donné le prénom du fils défunt. Bouleversé par cette révélation, Maroun convoque ses souvenirs, tente de les remettre en ordre, dans une impossible quête de son identité.

 

Prix : 26CHF

L’envers de l’été – Hajar Azell

« Chaque année avant les adieux, Nina organisait le partage des figues du mois d’août. Des dizaines de petits doigts s’agrippaient aux branches, tâtaient la pulpe molle des fruits avant de les arracher. Le sol se couvrait de violet. On rentrait à la maison avec de la sève blanche sur les doigts et, dans la bouche, ce goût sucré et granuleux qui marquait la fin de l’été. »
Dans la grande maison familiale au bord de la Méditerranée, Gaïa vient de mourir. May, sa petite-fille, qui a grandi en France, éprouve le besoin de passer quelques mois dans la maison avant sa mise en vente, en dehors de la belle saison. Elle y découvre, en même temps que la réalité d’un pays qu’elle croyait familier, le passé des femmes de sa lignée. En particulier celui de Nina, la fille adoptive de Gaïa, tenue écartée de l’héritage. Le paradis de son enfance se révèle rempli de blessures gardées secrètes.
Derrière la sensualité du décor, Hajar Azell fait apparaître l’extrême violence des rapports familiaux et des interdits sociaux qui pèsent principalement sur les femmes. Elle décrit aussi les coulisses du bonheur, les parenthèses ensoleillées des vacances en famille qui laisseront au cœur de ceux qui repartent une profonde nostalgie et chez ceux qui restent une douleur lancinante.

 

Prix : 26CHF

Trois saisons en enfer / Mohammad Rabie

2025. Au Caire, la rive orientale du Nil est occupée par les forces armées d’une improbable république des Chevaliers de Malte, tandis que la résistance s’organise dans Le Caire-Ouest sous l’égide d’officiers de police désireux de venger leur humiliation de 2011. Le colonel Ahmed Otared, posté en sniper au sommet de la tour du Caire, vise les chefs de l’armée ennemie. Envoyé en mission d’infiltration en zone occupée, il découvre la situation proprement infernale du centre-ville, où les habitants volent, violent, se prostituent, se droguent, s’entretuent et se suicident en masse. Ses chefs sont convaincus que les Egyptiens sont responsables de leur malheur et que davantage de sang doit couler pour les sortir de leur ignoble passivité…

 

Prix : 35chf

La discrétion – Faïza Guène

Yamina est née dans un cri. A Msirda, en Algérie colonisée. A peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la liberté. Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion. Pour cette mère, n’est-ce pas une autre façon de résister ? Mais la colère, même réprimée, se transmet l’air de rien.

 

Prix : 31chf

Mauvaises herbes – Dima Abdallah

Dehors, le bruit des tirs s’intensifie. Rassemblés dans la cour de l’école, les élèves attendent en larmes l’arrivée de leurs parents. La jeune narratrice de ce saisissant premier chapitre ne pleure pas, elle se réjouit de retrouver avant l’heure « son géant ». La main accrochée à l’un de ses grands doigts, elle est certaine de traverser sans crainte le chaos. Ne pas se plaindre, cacher sa peur, se taire, quitter à la hâte un appartement pour un autre tout aussi provisoire, l’enfant née à Beyrouth pendant la guerre civile s’y est tôt habituée. Son père, dont la voix alterne avec la sienne, sait combien, dans cette ville détruite, son pouvoir n’a rien de démesuré. Même s’il essaie de donner le change avec ses blagues et des paradis de verdure tant bien que mal réinventés à chaque déménagement, cet intellectuel — qui a le tort de n’être d’aucune faction ni d’aucun parti — n’a à offrir que son angoisse, sa lucidité et son silence. L’année des douze ans de sa fille, la famille s’exile sans lui à Paris. Collégienne brillante, jeune femme en rupture de ban, mère à son tour, elle non plus ne se sentira jamais d’aucun groupe, et continuera de se réfugier auprès des arbres, des fleurs et de ses chères adventices, ces mauvaises herbes qu’elle se garde bien d’arracher. De sa bataille permanente avec la mémoire d’une enfance en ruine, l’auteure de ce beau premier roman rend un compte précis et bouleversant. Ici, la tendresse dit son nom dans une main que l’on serre ou dans un effluve de jasmin, comme autant de petites victoires quotidiennes sur un corps colonisé par le passé.

 

Prix : 32chf