Bibliothèques d’Orient, la sauvegarde numérique d’un patrimoine menacé

La Bibliothèque Nationale de France (BnF) et huit bibliothèques patrimoniales du Proche-Orient lancent une plate-forme collaborative en ligne.

Elle rassemble près de 7 000 documents de plusieurs natures, disponibles pour les chercheurs et le grand public.

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Le Caire, vue de la Mosquée du sultan Hassan. Dessin par Nicolas-Jacques Conté (1755-1805). / BnF, dép. Estampes et photographie

La réunion des collections de la BnF et de huit bibliothèques du Proche-Orient (Institut dominicain d’études orientales du Caire, Centre d’études Alexandrines, École biblique française de Jérusalem, Beyrouth, Institut d’études anatoliennes d’Istanbul…) a donné naissance le 12 septembre à Bibliothèques d’Orient, une plate-forme qui permet au grand public et aux chercheurs d’accéder à un fonds de documents remarquables, témoins des interactions entre les pays de la Méditerranée orientale et la France entre 1798 et 1945.

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Les mille et une nuits : esquisse de décor. Philippe Chaperon. 1881 / BnF, Bibliothèque-musée de l’Opéra

Choisi par un conseil scientifique, ce fonds patrimonial culturel (manuscrits, cartes, dessins, photographies…) sera ainsi préservé et valorisé. Il doit s’enrichir des apports de nouveaux partenaires dans les prochains mois. Le site s’appuie sur les fonctionnalités de Gallica, la Bibliothèque numérique de la BnF, et sur les savoir-faire de conservation de la BnF, mis à disposition d’établissements qui restent acteurs à part entière du projet pour les sélections et la réalisation de leur propre numérisation.

Isabelle Nyffenegger, directrice des relations internationales de la BnF et membre du comité scientifique, explique l’ambition de ce projet.

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Beniamino Facchinelli, Pyramides de Gizeh, 1873-1895. / BnF, dép. Estampes et photographie

La Croix : Quelle est la vocation de « Bibliothèques d’Orient » ?

Isabelle Nyffenegger : Elle est double. D’une part, une vocation de sauvegarde, d’autre part de visibilité pour le grand public et les chercheurs. Les documents concernés, 7 000 aujourd’hui, n’étaient pas accessibles, les huit bibliothèques partenaires n’ayant pas eu jusqu’à présent de programme numérique ni de moyens de numérisation spécifiques. Leurs collections vont ainsi bénéficier désormais de sauvegardes numériques pérennes dans Gallica, qui les prémunira contre tout événement extérieur, de l’inondation à un conflit.

Ce sont eux qui ont décidé des priorités de numérisation, le projet étant appelé à se poursuivre et à permettre aux fonds de s’étoffer. L’intérêt est également fort pour le public et les chercheurs qui devaient jusqu’ici se déplacer dans chacune de ces bibliothèques. Ils pourront désormais consulter les documents n’importe où dans le monde.

Quelle est la nature de ces documents ?

Isabelle Nyffenegger : Ils sont très divers : imprimés de presse, manuscrits, iconographies, cartes et plans… Par exemple, grâce à l’Institut français d’études anatoliennes d’Istanbul, on dispose du fonds de cartes des assureurs d’Istanbul, absolument exceptionnel d’intérêt pour reconstituer la cité d’avant le départ des chrétiens et des juifs et toute la diversité des communautés selon les quartiers. On a aussi beaucoup de cartes et plans de la région et de très nombreuses photographies, notamment des fonds très riches d’images d’Alexandrie et Istanbul.

Que dit ce projet de l’histoire commune des pays méditerranéens ?

Isabelle Nyffenegger : Toutes ces bibliothèques ont été des lieux d’échanges et d’interactions entre Orient et Occident. Des lieux où on constituait des collections permettant aux cultures de dialoguer. La bibliothèque des dominicains au Caire, par exemple, a mis en relation intellectuels chercheurs des pays méditerranéens et intellectuels dominicains, un ordre qui s’est toujours intéressé aux cultures, aux idées et à la politique des pays dans lesquels il se trouvait, à l’islam, au soufisme… Bibliothèques d’Orient permet de montrer comment la diffusion des idées et des savoirs a pu se réaliser.

Le projet prévoit la sauvegarde de patrimoine menacé, par exemple la restauration du Bet Gazo, deux recueils liturgiques syriaques du XIe siècle conservés au monastère catholique de Charfet au Liban…

Isabelle Nyffenegger : Nous avons proposé à des congrégations qui ne sont pas encore partenaires du projet, mais qui disposent de collections précieuses témoignant de la présence de plusieurs religions sur ce sol, de les aider à la restauration de pièces uniques.

Le choix spécifique des quatre pièces restaurées dans ce cadre s’est fait avec les commissaires de l’exposition « Chrétiens d’Orient : deux mille d’histoire », qui sont allées au Liban pour décider des documents les plus emblématiques d’un point de vue patrimonial à présenter à l’exposition. La BnF a retenu deux recueils de livres liturgiques syriaques du monastère de Charfet et deux évangéliaires des XIVe et XVIe siècles du couvent salvatorien melkite de Jounieh.

Cela permet de créer une relation de confiance avec ces congrégations en leur montrant notre savoir-faire et notre désir de les accompagner dans la préservation de ce patrimoine, sur lequel nous avons déjà une expertise. Plus les documents d’une même nature seront nombreux sur la plate-forme, plus l’intérêt pour la recherche sera grand.

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Vue panoramique de l’Isthme de Suez. Carte. 1855 Linant de Bellefonds, Louis Maurice Adolphe / BnF, dép. des Cartes et Plans

Recueilli par Sabine Audrerie

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Manger libanais / Kamal Mouzawak

La cuisine libanaise simple et riche présentée par des cuisinières locales et des producteurs. Des recettes du quotidien accompagnées de focus techniques pour être sur de ne pas les rater : les 10 commandements du taboulé, l’art de modeler des kebbe… Le livre s’articule autour d’un voyage à travers tout le pays pour découvrir des gens, des paysages, tout un art de vivre pour profiter et se réunir autour de choses simples et conviviales. Recettes : Grâce à ce livre, il sera facile de préparer à la maison les fameux kebbe, falafel, taboulé (le vrai) et autres houmous, mais aussi du shawarma à faire à la maison, des farcis, des ragouts, de la sauce tarator, des boulettes végétariennes au boulgour et lentilles…

 

Prix : 49chf

Les passeurs de livres de Daraya / Delphine Minoui

De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville. Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd’hui d’étouffer. Ce récit, fruit d’une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

Delphine Minoui est grand reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient. Prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak, elle sillonne le monde arabo-musulman depuis vingt ans. Après Téhéran, Beyrouth et Le Caire, elle vit aujourd’hui à Istanbul, où elle continue à suivre de près l’actualité syrienne. Elle est également l’auteur des Pintades à Téhéran (Jacob-Duvernet), de Moi, Nojoud, dix ans, divorcée (Michel Lafon), de Tripoliwood (Grasset) et de Je vous écris de Téhéran (Seuil).

Prix : 27chf

“Ca n’a rien à voir avec l’Islam” ? / Lydia Guirous

Au prétendu nom de Dieu, les terroristes assassinent les “kouffars”, les Occidentaux et les musulmans “modérés”… et la réaction est toujours la même : “ça n’a rien à voir avec l’islam !” Cette phrase, Lydia Guirous ne la supporte plus tant elle lui paraît fausse. Elle assume que la religion musulmane – qui est la sienne – soit critiquable car elle porte en elle les germes de “l’islamisme destructeur et hégémonique qui est à l’origine de tant de malheurs dans le monde”. “Lorsqu’on tue au nom d’Allah, qu’on vocifère sa haine des mécréants, lorsqu’on s’appuie sur la partie violente du Coran pour légitimer ses crimes : “Anéantir les mécréants jusqu’au dernier”, cela a un rapport avec l’islam”, dit-elle. Dans cet ouvrage, Lydia Guirous pose les jalons d’une révolution salutaire et appelle à une remise en question des mentalités et comportements d’une partie des musulmans, et alerte contre l’islamisme qui gangrène les sociétés, notamment en embrigadant la jeunesse et les femmes. Il revient, selon elle, aux Français et Occidentaux de confession musulmane de faire des concessions, d’accepter des “accommodements” afin de retrouver le chemin de l’unité et de la fraternité. Elle invite à entamer – enfin – un travail critique du Coran, qui empêche l’émergence d’un islam du XXIe siècle compatible avec une vie moderne en Occident, délesté de ses archaïsmes et de ses ambiguïtés. Son ouvrage vif et enflammé va bousculer les bonnes âmes aveuglées comme les idées reçues dépassées. il est “temps de résister à la peste verte venue du tréfonds de l’inhumanité et de la barbarie. Ecrasons enfin l’infâme”.

Née en 1984 en Algérie, Lydia Guirous est auteure du best-seller Allah est grand, la République aussi et de #Je suis Marianne. Vigie républicaine, c’est avec courage et sans détours qu’elle prend encore à bras le corps un des sujets les plus sensibles aujourd’hui dans le monde. Diplômée de l’Université Paris-Dauphine et de l’ESPC en Finance, elle a été Secrétaire Nationale de l’UMP aux valeurs de la République et à la laïcité puis Porte-parole des Républicains. Elle est membre du bureau politique du parti. Régulièrement invitée à intervenir dans les médias et lors de conférences sur les droits des femmes, la laïcité, l’islam radical, elle a été saluée par Elisabeth Badinter dans Charlie Hebdo en janvier 2017 pour son combat pour les femmes, la laïcité et contre le communautarisme.

Prix : 27chf

 

A l’ombre de l’épée : Naissance de l’islam et grandeur de l’empire arabe / Tom Holland

Tom Holland a consacré son oeuvre aux grands empires de l’Antiquité. Dans A l’ombre de l’épée, il nous raconte une histoire d’une ampleur mythologique : la fin de l’ancien monde et la naissance d’une nouvelle puissance, l’Islam. Ecrite dans une langue éloquente, vive et ciselée, cette vaste fresque se veut aussi une étude fouillée : l’auteur aborde ici une réflexion qui, depuis des décennies, fait matière à débat : l’Islam est-il né d’emblée comme une religion pleine et entière, forte de tous ses fondements et préceptes, ou a-t-il connu une croissance et une évolution progressives, à partir du terreau de l’Antiquité ? Cette question n’a rien de scholastique, et Tom Holland nous la présente avec un sens du récit et de la tension dramatique qui n’a d’égal que son érudition, toujours accessible. Son étude s’appuie sur plusieurs travaux et se fonde sur un constat : la plus ancienne biographie de Muhammad (ou Mahomet) date de deux siècles après sa mort, ce qui laisse planer l’incertitude sur son exactitude historique. Plus encore, cette chronique du Prophète contredirait le Coran lui-même. Jamais manichéen, Tom Holland sait faire vivre ces figures historiques et religieuses avec autant d’esprit que d’empathie. L’émergence de l’empire arabe se déploie dans ces pages en une histoire étourdissante, nourrie d’épisodes tragiques, de personnages stupéfiants et de conquêtes écrasantes. Elle s’inscrit dans une autre histoire plus vaste, celle des monothéismes, entamée dans le monde ancien, et qui fonde notre monde moderne.

Tom Holland (né en 1968 à Salisbury, Angleterre) est un écrivain et historien britannique, spécialiste de l’Antiquité Grecque, Perse et Romaine. Il vit à Londres. Après avoir adapté Hérodote, Homère et Virgile pour la BBC, il a publié des ouvrages sur la fin de la République romaine et l’installation de l’Empire dont son premier best-seller Rubicon, Little, Brown, 2004 sur le choc entre l’Empire perse et les cités grecques au ve siècle av. J.-C. Dans son quatrième ouvrage historique — A l’ombre de l’épée —, Tom Holland s’intéresse à la civilisation qui a porté un coup fatal aux Romains et aux Perses : la civilisation islamique arabe. Il y dévoile la face cachée de Mahomet.

Prix : 37chf

L’Insoumise de la Porte de Flandre / Fouad Laroui

Chaque après-midi, Fatima quitte Molenbeek vêtue de noir et d’un hijab, se dirige à pied vers la Porte de Flandre, franchit le canal, se faufile discrètement dans un immeuble et en ressort habillée à l’occidentale, robe légère et cheveux au vent. Puis, toujours en flânant, elle rejoint le quartier malfamé de l’Alhambra où Dieu sait quel démon l’attire… Depuis plusieurs semaines, cet étrange rituel se répète inlassablement. Jusqu’au jour où Fawzi, un voisin inquisiteur et secrètement amoureux, décide de suivre Fatima… Teinté d’un humour féroce, ce nouveau roman de Fouad Laroui décrit les métamorphoses d’une femme bien décidée à se jouer des préceptes comme des étiquettes. Tandis que tous les stigmates et les fantasmes glissent sur son corps, Fatima, elle, n’aspire qu’à une seule chose : la liberté.

Marocain de naissance, ingénieur et économiste de formation, professeur de littérature à l’université d’Amsterdam, romancier, poète et critique littéraire, Fouad Laroui a publié entre autres, chez Julliard, Une année chez les Français (2010), L’Etrange Affaire du pantalon de Dassoukine (2012), prix Goncourt de la nouvelle, Les Tribulations du dernier Sijilmassi (2014), Grand Prix Jean-Giono, Ce vain combat que tu livres au monde (2016), et, chez Robert Laffont, De l’islamisme, une réfutation personnelle du totalitarisme religieux.

 

Prix : 27chf

Seul le grenadier / Antoon Sinan

Jawad est le fils cadet d’une famille chiite de Bagdad. Son père le prépare à exercer la même profession rituelle que lui, celle de laver et d’ensevelir les morts avant leur enterrement, mais Jawad s’y refuse et rêve de devenir sculpteur. Après avoir fait ses études d’arts plastiques à la fin des années 1980, alors que Saddam Hussein est au faîte de sa puissance, il est cependant enrôlé comme soldat puis se retrouve peintre en bâtiment au service des nouveaux riches. Son père meurt en 2003, les bombes américaines s’abattent sur Bagdad, les corps déchiquetés s’entassent, multipliés par les guerres confessionnelles, et il est de nouveau forcé, dans une douloureuse solitude, de renoncer à ses rêves d’artiste pour poursuivre la carrière de son père. Dans ce roman chaleureusement salué par la critique après sa parution en arabe (2010), puis en anglais (2013), Sinan Antoon ne se contente pas de restituer l’extrême violence que connaît l’Irak depuis sa longue guerre avec l’Iran (1980-1988). Il explore en fait, et de façon magistrale, le thème de l’imbrication de la vie et de la mort en une entité unique. Le grenadier planté dans le jardinet, et qui se nourrit de l’eau du lavage des morts, en est une saisissante métaphore, et il est le seul à connaître la vérité.

 

Prix : 34chf

Zabor ou Les psaumes / Kamel Daoud

Orphelin de mère, indésirable chez son père remarié, élevé par une tante célibataire et un grand-père mutique, Tabor n’avait rien d’un enfant comme les autres. Il a grandi à l’écart de son village aux portes du désert, dormant le jour, errant la nuit, solitaire trouvant refuge dans la compagnie des quelques romans d’une bibliothèque poussiéreuse qui ont offert un sens à son existence. Très tôt en effet, il s’est découvert un don : s’il écrit, il repousse la mort ; celui ou celle qu’il enferme dans les phrases de ses cahiers gagne du temps de vie. Ce soir, c’est un demi-frère haï qui vient frapper à sa porte : leur père est mourant et seul Zabor est en mesure, peut-être, de retarder la fatale échéance. Mais a-t-il des raisons de prolonger les jours d’un homme qui n’a pas su l’aimer ? Fable, parabole, confession vertigineuse, le deuxième roman de Kamel Daoud célèbre l’insolente nécessité de la fiction en confrontant les livres sacrés à la liberté de créer. Telle une Schéhérazade ultime et parfaite, Zabor échappe au vide en sauvant ses semblables par la puissance suprême de l’écriture, par l’iconoclaste vérité de l’imaginaire.

 

Prix : 33chf

Paroles d’honneur / Leïla Slimani & Laetitia Coryn

Rabat, été 2015. Leïla Slimani fait la connaissance de Nour, une Marocaine qui lui raconte sans tabou sa sexualité et les tragédies intimes que subissent la plupart des femmes qu’elle connaît. Ce témoignage poignant, suivi d’autres rencontres à travers le pays, bouleverse la romancière franco-marocaine qui décide de mettre la parole de ces femmes à l’honneur. A travers leurs histoires personnelles, on découvre le drame de la condition sexuelle féminine au Maroc au sein d’une société hypocrite qui condamne le désir et la liberté d’aimer. Cette BD reportage dépeint sans concession la réalité complexe d’un pays où l’islam est religion d’Etat et rappelle à chacun de nous l’importance du combat pour les droits fondamentaux de la femme.

Leïla Slimani est l’auteure de deux romans parus aux éditions Gallimard : Dans le jardin de l’ogre et Chanson douce (prix Goncourt 2016). Elle signe ici son premier roman graphique. Laetitia Coryn est auteure de plusieurs BD et dessinatrice du best-seller mondial Une histoire du sexe (Les Arènes BD).

 

Prix : 33chf