Affirmations LGBTQ+ dans le monde arabe

SOCIÉTÉS JEAN STERN 

Loin d’un orientalisme gay de pacotille venu d’Occident, et nourri le plus souvent de l’exploitation sexuelle de garçons arabo-musulmans, cette scène naissante place l’affirmation individuelle et collective et la mémoire plurielle comme axes centraux de ce processus d’identification, à écouter plusieurs de ces militant.e.s LGBTQ+ qui ne craignent plus de s’exprimer à visage découvert. Une série de tables rondes réunies à l’Institut du monde arabe (IMA) de Paris en juin 2021 a permis d’entendre des acteurs de cette émergence d’Égypte, de Tunisie, du Yémen, du Liban, de Jordanie et de Palestine, entremêlés de performances superbes des dragqueens La Kahena et Anya Kneez.

Certain.es ont dû partir dans un exil contraint et forcé, mais d’autres continuent à militer et à travailler dans leur pays, au Liban et en Jordanie notamment. Et comme tout mouvement émergent, les homosexuels, lesbiennes et trans qui se mobilisent tentent d’abord de trouver des lignes de force communes, autour principalement de la mémoire culturelle, de l’ancrage dans un patrimoine arabo-musulman notamment littéraire qui a été longtemps enfoui, avec des poètes comme Abû-Nuwâs par exemple, et la prise de parole collective qui permet à chacun de se retrouver. Pour l’affirmation individuelle, il est particulièrement touchant de parcourir par exemple des sites de paroles anonymes sous forme de forums, commeسلوان اهل العزاء (queer qui ne peuvent pas se plaindre en public) qui rassemble des témoignages de LGBTQ+ du Proche-Orient bouleversés par la mort tragique de l’Égyptienne Sarah Hegazy.

Mohamad Abdouni, fondateur du site Cold Cuts au Liban et Maha Mohamed, fondatrice, elle, du site Transat en Égypte sont tous à la recherche de la mémoire des travestis du Caire et de Beyrouth, à travers des textes, des photographies, des présentations de lieux disparus et oubliés. «Notre objectif est de créer des sources en langue arabe pour parler de notre histoire», explique Mohamad Abdouni, qui a par exemple retrouvé de nombreux documents sur des bals trans au Liban dans les années 1970-1980. «Chaque rencontre, chaque témoignage retrouvé, c’est comme une histoire d’amour», témoigne-t-il joliment.

Tout comme en Jordanie Khalid Abdel-Habi a depuis plus de quatorze ans constitué un riche panorama des artistes queer de toute la région pour son magazine My.Kali. Avec ironie et talent, son magazine, en partie consultable en ligne, met en scène des icônes queer occidentales comme Jane Fonda dans Barbarella en 1968, ou arabo-musulmanes comme le performeur canado-marocain Mehdi Bahmad, sublime musicien et danseur. Mais ces figures de proue culturelles côtoient dans My.Kali des articles sur la solidarité des LGBTQ+ de la région avec les Palestiniens, et pas seulement avec les homosexuels palestiniens. «J’ai voulu construire notre voix queer sans imiter les Occidentaux», résume Khalid Abdel-Habi, qui assume la direction artistique du magazine jordanien

«Il faut créer des espaces pour les personnes queer, ajoute pour sa part la militante yéménite Hind Al-Eryani, la lutte pour les droits et le changement doit venir de la base qui doit construire ses propres communautés». L’enjeu pour ces militants et ces acteurs culturels est tout de même lourd : «rester en vie pour avoir le droit d’exister» résume Hind Al-Eryani, qui vit elle-même en exil, mais continue de se battre pour les LGBTQ+ de son pays, dans un contexte particulièrement tragique de guerre.

Pour suivre ce mouvement émergent, Orient XXI compte explorer, au fil des prochains mois, ce renouveau LGBTQ+ au Proche-Orient et au Maghreb, à travers une série d’enquêtes et de témoignages. Nous commencerons d’abord par un reportage auprès de proches de Sarah Hegazy, qui racontent un an après l’onde de choc qu’a provoqué sa mort en Égypte. Puis nous irons à Beyrouth découvrir un lieu de convivialité inédit, oasis de tolérance et de savoir-vivre ensemble dans cette ville meurtrie.

Retrouver l’article original sur Orient XXI

Plaidoyer pour les Arabes – Fouad Laroui

En 1884, Gustave Le Bon écrivait :  » Au point de vue des civilisations, bien peu de peuples ont dépassé les Arabes.  » Du VIIe au XIIIe siècle, la civilisation arabe a été en avance sur toutes les autres, innovant dans tous les domaines. Mais, par ignorance, racisme ou ethnocentrisme, ces avancées sont aujourd’hui niées ou minimisées. Ainsi s’est creusé ce profond fossé entre l’Occident et les Arabes qui nourrit aujourd’hui la méfiance, le ressentiment et l’incompréhension réciproque. Dans ce plaidoyer vibrant et argumenté, Fouad Laroui tente de redonner à la civilisation arabe la place qui est la sienne, tout en demandant aux pays arabes de redevenir dignes de leur passé.

 

Prix : 34CHF

La cause palestinienne à l’affiche d’Aflamuna

La plate-forme (Nos films) est de retour depuis le 1er mars dans une nouvelle version.

OLJ / Par C. K., le 05 mars 2021 à 00h00

Aflamuna (« nos films » en arabe) est une plate-forme de streaming à but non lucratif, fondée par Beirut DC et soutenue par le Sundance Institute, le Eye Filmmuseum et la Ford Fondation. Elle a pour but de diffuser les meilleures œuvres du cinéma arabe indépendant auprès d’un large public diversifié du monde entier. Elle propose depuis le début du mois de mars un nouveau programme mensuel, des films gratuits chaque semaine, des voix arabes en première ligne et des essais originaux qui suscitent la réflexion.

Chaque mois, un nouveau programmateur explore un thème social, politique ou culturel à travers une sélection triée sur le volet de films arabes cultes, contemporains, classiques et indépendants. Chaque semaine, les abonnés peuvent visionner un nouveau film gratuitement.

Aflamuna est aussi un espace de réflexion sociopolitique et critique autour du cinéma arabe indépendant. Des essais originaux dévoilent le contexte, la puissance et l’impact de chaque programme et explorent leur résonance dans le monde actuel.

Le premier programme mensuel, présenté par le cinéaste et historien du cinéma libanais Hady Zaccak, aborde la question de la cause palestinienne. Zaccak note que « le cinéma peut sembler une opération de fedayin à l’ombre de tous les défis auxquels nous faisons face, mais il demeure nécessaire en tant qu’acte de résistance ».

« Frame Aka Revolution Until Victory » de Muhanad Yaqubi. Photo DR

L’autodétermination et la dignité

Sous-titrés en anglais, les films diffusés au cours de ce premier mois peuvent être visionnés dans le monde entier. Le programme comprend des longs-métrages, dont le film documentaire Off Frame Aka Revolution Until Victory du réalisateur Muhanad Yaqubi (Palestine, France, Qatar, Liban 2016) qui dévoile dans son film l’histoire turbulente de son pays, en utilisant des images d’archives dont une grande partie est tombée dans l’oubli, et qui retracent la lutte des Palestiniens pour l’autodétermination et la dignité.

Christian Ghazi, lui, mêle narration dramatique et images documentaires dans son film pionnier Cent visages pour un seul jour (Liban 1969) pour donner une perspective analytique de la société libanaise au début des années soixante-dix.

Le film de fiction Kafr Kassem de Borhane Alaouié (Liban, Syrie 1974) aborde la cause palestinienne à travers un massacre. Quant au long-métrage Les dupes de Tawfiq Saleh (Syrie 1972), il est considéré comme un film incontournable dans l’histoire du cinéma arabe. Adapté à partir d’une nouvelle de Ghassan Kanafani et réalisé par Mohammad Chahine, el-Maleh et Marwan Monazen, Des hommes dans le soleil (1963), narre le destin tragique de trois Palestiniens pris au piège de leurs aspirations.Parmi les courts-métrages présentés dans ce programme, le film de Mustafa Abu Ali Ils n’existent pas (Palestine 1974) aborde la vie quotidienne des réfugiés palestiniens à l’intérieur du camp de Nabatiyé au sud du Liban. Quant à Children Nevertheless de Khadija Habashneh Abu Ali (Palestine 1979-1980), il passe en revue la situation des enfants orphelins vivant dans la « Maison des enfants de la résilience » en donnant un aperçu de leur quotidien. Qaïs al-Zubaidi présente enfin un poème cinématographique sur la Palestine par le biais de son court-métrage La visite (Syrie 1972).

Les cinéphiles du monde entier peuvent s’inscrire gratuitement sur www.aflamuna.online pour commencer à visionner le premier film de la semaine, déjà disponible, et prendre part à ce voyage cinématographique unique.

Retrouver l’article original dans L’Orient le jour

 

 

Il était une fois… les révolutions arabes / Collectif

« On retrouve la révolution au centre même de l’histoire et de l’imaginaire propres au monde arabe, comme composante de la pensée et comme vecteur de l’action. Elle s’est construite dans un rapport à l’autre, extérieur, fait d’emprunts, de fascination parfois, et de rejet aussi. De par sa localisation, de par son histoire et sa situation de carrefour culturel, l’espace arabe a été un lieu privilégié d’élaboration d’une pensée révolutionnaire, d’effervescence des idées contestataires. On ne s’étonnera pas que, dans un contexte de mondialisation, il devienne un espace privilégié de production révolutionnaire et que le « Printemps arabe’ ait ainsi très vite gagné ce statut de laboratoire d’idées et de formes de mobilisation renouvelée. » Extrait de l’introduction de Bertrand Badie.

Ont contribué à cet ouvrage : Farah Kamel Abdel Hadi, Tarek Moustafa Abdel-Salam, Mayada Adil, Kaouther Adimi, Lama Ali, Zahra Ali, Tammam al Omar, Mehdi Annassi, Iasmin Omar Ata, Christophe Ayad, Bertrand Badie, Benjamin Barthe, Nazim Baya, Akram Belkaïd, Radia Belkhayat, Mounia Bennani-Chraïbi, Myriam Benraad, Sonia Bensalem, Raja Ben Slama, Karim Emile Bitar, Mehdi Boubekeur, Ichraq Bouzidi, Marwan Chahine, Tracy Chahwan, Leyla Dakhli, Zakya Daoud, Delou, Brecht de Smet, Yasmine Diaz, Pauline Donizeau, Tarek El-Ariss, Alaa El Aswany, Moaz Elemam, Salma El-Naqqash, Khaled Fahmy, Mona Fawaz, Jean-Pierre Filiu, Ganzeer, Dalia Ghanem, Kinda Ghannoum, Salah Guemriche, Noha Habaieb, Patrick Haimzadeh, Halim, Narmeen Hamadeh, Sarah B. Harnafi, Ali Hassan, Sulafa Hijazi, Coline Houssais, Incrusted, Intibint, Joseph Kai, Lena Kassicieh, Mazen Kerbaj, Bahgat Korany, Abir Kréfa, Stéphane Lacroix, Ibticem Larbi, Pierre-Jean Luizard, Ziad Majed, Zarifi Haidar Marín, Hind Meddeb, Meen One, Sabrina Mervin, Merieme Mesfioui, Rania Muhareb, Mostafa M Najem, Aude Nasr, Nime, Mohamed Omran, Marc Pellas, Victor Salama, Sara Saroufim, Enas Satir, Alexandra Schwartzbrod, Isabela Serhan, Rima Sghaier, Leïla Shahid, Bahia Shehab, Leïla Slimani, Laila Soliman, ST4 The project, Hamid Sulaiman, Anna Sylvestre-Treiner, Abdellah Taïa, Fawwaz Traboulsi, Willis from Tunis, Sana Yazigi, Ali Mohamed Zaid, Salim Zerrouki.

 

Prix : 43chf

Le Prophète / Khalil Gibran

Publié pour la première fois en 1923, Le Prophète a séduit des millions de personnes à travers le monde. Fable explorant notamment les thèmes universels de l’amour, de l’amitié, de la beauté et de la mort, cet hymne à la liberté et à l’épanouissement de soi est une référence spirituelle incontournable. Le chef d’oeuvre de Khalil Gibran renaît ici dans une édition augmentée de textes inédits découverts par l’éditeur Dalton Hilu Einhorn dans les archives privées Gibran/Haskell et illustrée par la main même de l’auteur.

 

Prix : 32chf

Le royaume d’Adam et autres poèmes / Amjad Nasser

Amjad Nasser est le pseudonyme de Yehia Awwad al-Nuaymi, célèbre poète, romancier et chroniqueur jordanien né en 1955 et unanimement considéré comme un maître du poème en prose. Son dernier recueil, Le Royaume d’Adam, qui vient de paraître alors qu’il se trouve entre la vie et la mort, rongé par un cancer du cerveau, est salué comme un chef d’oeuvre, grâce notamment à son souffle épique en résonance avec La Divine Comédie. C’est l’occasion de publier, enfin, en français une anthologie substantielle et plusieurs fois retardée de son oeuvre poétique.

 

Prix : 27chf

Nabil Wakim : « Oui, c’est possible d’être Français et Arabe, d’être pleinement Français et pleinement Arabe ! »

 La Tribune Afrique  |  

Journaliste au quotidien «Le Monde», auteur et Français d’origines libanaises, Nabil Wakim publie chez le Seuil «L’arabe pour tous: pourquoi ma langue est taboue en France». Une somme de réflexions et de témoignages sur la langue arabe dans une France multiple, un décryptage de la crise identitaire des communautés d’origines arabes, mais surtout «un plaidoyer pour que la langue arabe trouve enfin sa juste place dans l’histoire de France».

La Tribune Afrique – Votre ouvrage L’arabe pour tous a connu un écho important depuis sa sortie, malgré une actualité marquée par la pandémie et la résurgence du terrorisme. Est-ce à dire que vous avez touché un « fait de société » particulièrement important dans le contexte français actuel ?

Nabil Wakim – Je l’espère. Ce qui me ravit depuis la sortie du livre, c’est que je reçois beaucoup de courrier, beaucoup de mails d’enfants d’immigrés -pas seulement ceux qui parlent arabe, mais également des turcophones, des enfants d’immigrés italiens, polonais, etc.- qui me racontent leur rapport à la langue et qui me disent pour certains que c’est un sujet dont ils n’ont jamais vraiment parlé. Et c’est aussi pour cela que j’avais envie de faire ce livre. En plaisantant parfois, je dis que c’est un « coming out » d’arabe, une manière de dire à mon entourage, à mon lieu de travail -le journal Le Monde– qu’en fait l’arabe fait partie de mon identité tout en étant Français. Si ce livre peut donc servir en aidant certains à appuyer ces réflexions sur les identités multiples, c’est tant mieux !

Dans l’entame du livre, vous dites dans un raccourci saisissant que vous connaissez mieux « la langue de la SNCF que l’arabe libanais » quand vous évoquez votre rencontre fortuite avec un couple de Libanais dans le train. Au-delà du sujet principal qui est la place de l’arabe dans la société française, est-ce que le langage « mondialisé », technique, a également pris l’avantage sur la langue telle que vous l’aimez et la décrivez avec passion dans l’ouvrage ? N’y a-t-il pas une NOVLANGUE qui s’impose désormais à tous, faite d’expressions anglaise et technique, et parfois d’arabe lorsqu’il s’agit de faire comme dans les cités ?

Je crois que vous avez raison. Il y a au niveau mondial une compétition pour les langues. Effectivement, c’est un vrai sujet. Personnellement, j’étais initialement intéressé par le fait de travailler sur la place de l’arabe en France. Mais au fil des recherches, je me suis rendu compte que toutes les langues vivantes en France sont en difficulté, par extension au niveau mondial. Il y a effectivement un sujet de défense des différentes langues, non pas comme un patrimoine fermé qu’il faudrait absolument conserver, ne jamais faire évoluer, mais plutôt parce que ces richesses et patrimoines doivent exister de manière importante. Et en regardant au niveau mondial, on voit bien par exemple que la langue arabe est beaucoup moins présente sur Internet que le nombre de locuteurs de cette langue. Plusieurs raisons expliquent ce fait, mais je crois que cela devrait être un réel sujet de préoccupation pour qu’à titre d’exemple Wikipedia en arabe soit enrichie, pour qu’un certain nombre d’applications ou de jeux soient traduits en arabe pour un public arabophone. Car, c’est aussi comme cela qu’on fait vivre la langue.

Toutes les langues vivent parce qu’elles sont employées par les gens. Effectivement il y a un risque qu’une certaine forme de globish, d’anglais un peu moyen, d’anglais des affaires qui soit maîtrisé par une grande partie de la population, mais qui fasse abstraction de la richesse de la diversité de ces langues. Car derrière les langues, il y a la diversité de cultures, la manière de vivre, des recettes de cuisine, des manières de s’aimer, de partager… et c’est cela la richesse des différentes cultures et des différentes identités.

Je crois qu’au contraire, il faut prôner le mélange. On ne fera pas vivre les langues en les regardant comme des langues mortes, fermées, qui ne doivent pas évoluer. La langue française, la langue arabe, les langues arabes sont bien sûr des langues qui évoluent, qui s’enrichissent les unes des autres, d’ailleurs si l’arabe est si différent entre le Liban, le Maroc et l’Irak, c’est parce qu’il y a des influences du berbère, de langues africaines, ailleurs il y a des influences du persan… Evidemment, il y a toujours des influences du français, de l’anglais et c’est une richesse. C’est-à-dire qu’il faut aussi comprendre que les langues ne sont pas figées, elles évoluent avec la société et je crois que c’est quelque chose dont il faut se féliciter.

D’ailleurs en France, le français est une langue enrichie. Un linguiste dit qu’en français, il y a plus de mots qui viennent de l’arabe que de mots qui viennent du gaulois. Et effectivement, le français est une langue qui, dans son histoire, s’est toujours enrichie de toutes les langues d’immigration.

Il y a un fil conducteur dans votre ouvrage, qui est la question de l’identité lorsque l’on parle arabe et de la relation à l’Islam. Vous dites « Après on s’étonne que les gens aient des troubles de l’identité. Moi, c’est clairement diagnostiqué comme une maladie de la langue », et encore un peu plus loin dans votre ouvrage, vous résumez ce paradoxe en écrivant que « La langue arabe pour les Arabes ce serait de la ghettoïsation, mais pour les autres une possibilité d’ouverture et de progrès social ». Est-on condamné, en tant qu’arabe de France, à devenir soit une caution, soit une caricature ?

Je pense que vous le résumez assez bien. Il y a ces deux travers qui peuvent exister : celui de dire si je parle arabe, je suis vu comme celui qui est souvent musulman, qui porte le foulard, qui est barbu, etc., je vais rentrer dans la case caricature. On va donc toujours me percevoir comme cela. Tout ce que je dirai, tout ce que je penserai, tout ce que je mangerai sera perçu à cette aune-là.

A l’inverse, le choix qui pourra être fait est celui de la parfaite intégration, c’est-à-dire je mets de côté l’arabe, ma culture, … parfois même je change de prénom. Je connais des Farid qui sont devenus des Frédéric parce qu’ils estimaient que c’était plus simple pour eux ou je donne à mes enfants des prénoms qui ne vont pas les handicaper dans leur parcours. Et personnellement, je juge que d’une certaine manière, les gens font comme ils peuvent et essaient de se débrouiller avec ce qu’ils ont comme arme.

Simplement, je crois que le sujet est de sortir de cette vision un peu binaire et de dire : oui, c’est possible d’être Français et Arabe, d’être pleinement français et pleinement arabe, d’assumer le fait d’aimer le reblochon et makroud, et de rendre cela complémentaire. C’est un processus dans lequel on voit aussi ce qu’il y a de beau dans les différentes cultures.

Personnellement, dans mon enfance ou mon adolescence, j’avais du mal à voir ce que la culture libanaise – et par extension la culture arabe – avait à m’apporter, parce que je n’en avais pas une vision positive. Je crois donc qu’il y a aussi d’une certaine manière une bataille culturelle. Non pas de faire la promotion de la langue arabe comme une langue qui serait supérieure aux autres ou qui serait plus importante, mais plutôt faire la promotion des cultures arabes comme des cultures qui sont riches, qui ont une histoire. Et cela passe évidemment par le cinéma, la musique, la littérature, les rencontres,… Un professeur dans le livre me raconte par exemple que lorsqu’il emmène des élèves issus de l’immigration maghrébine à l’Institut du monde arabe, ils découvrent que les Arabes ont une histoire beaucoup plus riche que ce qu’on leur a toujours raconté. Et certains parfois en sont même très bouleversés. Je crois que c’est aussi ce fil-là qu’il faut retisser et pas justement sombrer dans les caricatures où il y aurait certaines cases réservées aux Arabes mal intégrés. Certaines cases réservées aux Arabes bien intégrés. La réalité de la société française est beaucoup plus complexe que cela. Et heureusement d’ailleurs.

Votre livre, c’est aussi « une certaine histoire de France » contemporaine, où l’on voit la montée en puissance des extrêmes et d’une petite musique qui l’accompagne. Vous décrivez notamment votre participation aux manifestations contre les lois Debré, qui acte votre passage de lycéen à Citoyen. Est-ce que ce militantisme a également forgé votre « signature » en tant que journaliste ? Comment réussit-on à garder la nécessaire distance du journaliste lorsque l’on a été pétri par ces convictions ?

Je crois que le débat entre l’honnêteté et l’objectivité est une question importante pour beaucoup de journalistes. Comment arriver à bien faire son métier tout en ayant des convictions. Moi, quand j’ai commencé à être journaliste j’ai arrêté tout engagement de type militant, associatif comme je pouvais en avoir avant, simplement parce que je pense que ce n’est pas compatible au quotidien de faire les deux. Après je crois que c’est plutôt une question de pratique journalistique. Ce livre a été pour moi une expérience d’un genre nouveau. Au Monde où je travaille, il y a des règles très claires sur ce qu’on doit faire en tant que journaliste : donner la parole à tout le monde, s’assurer que tous les points de vue sont bien représentés… D’une certaine manière, on doit souvent s’efforcer en tant que journaliste de penser contre soi-même, donner la parole à des gens avec qui on n’est pas d’accord, comme pour essayer d’avoir la meilleure compréhension possible, donner les clés de compréhension aux lecteurs qui, à leur tour, ont leurs propres avis.

Le travail que je fais dans le livre est un peu d’ordre différent puisque dans ce livre je ne prétends pas à une objectivité ou même à une universalité. C’est un travail personnel dans lequel je raconte mon parcours personnel et j’essaie de tisser des liens entre mon rapport à la langue arabe et ces questions qui traversent la société française. Evidemment, quand on est journaliste, on a des convictions. La question est de savoir : de manière pratique quand on a son travail au quotidien, comment fait-on pour ne pas laisser nos convictions nous aveugler dans les choix qu’on fait.Le fait d’avoir des collègues, des relecteurs, aide. Au Monde, je travaille au service Economie où il y a 15 nuances de comment devrait être l’économie française. Tous les jours, on en débat et heureusement que ce n’est pas figé.

Vous êtes, sans nécessairement l’avoir recherché, un symbole d’une intégration plutôt réussie, CELSA, professeur à l’école de journalisme de Sciences Po, rédacteur en chef au Monde, puis directeur de l’innovation éditoriale, avant de traiter des sujets d’énergie. L’on vous voit notamment dans le reportage « Les gens du Monde », dans une rédaction finalement assez homogène et pas très « multiculturelle ». Est-ce que parler de l’Arabe et de sa promotion en tant que langue en France doit nécessairement être fait après avoir pris une « citadelle » telle que ce grand quotidien ? Est-ce que les immigrés doivent absolument prendre l’ascenseur social avant d’avoir une voix ?

C’est une très bonne question et je pense que cela fait partie des facteurs qui m’ont motivé à écrire le livre. Au début, je me suis dit que j’ai ce problème avec l’arabe parce que je suis Libanais -bien sûr c’est différent du Maghreb – les Arabes sont toujours persuadés qu’ils sont différents les uns des autres -, je suis d’une famille chrétienne, donc quoi qu’il en soit, c’est différent des musulmans, j’ai fait des études supérieures, cela n’a donc rien à voir avec les gens qui ont grandi en banlieue,…

Au fur et à mesure des rencontres, je me suis rendu compte que tout cela n’était pas vrai. C’est-à-dire que quel que soit notre situation en France, quel que soit le pays arabe d’où viennent nos parents,… A un moment donné, on est quand même effectivement perçu comme un Arabe. C’est-à-dire que quelles que soient les différences que nous pouvons connaitre ou percevoir, dans le regard de beaucoup de gens en France, le fait que je m’appelle Nabil, je m’appellerais Mohamed et je serais Marocain ou Egyptien, pour eux ce serait pareil. Ils n’en ont rien à faire que je sois Libanais et de famille chrétienne …

C’est vraiment important. Il y a ce sujet de la perception qui est important et qui subsiste. Cela ne veut pas dire que tous les Français sont racistes, cela ne veut pas dire que les Français n’aiment pas les Arabes. Mais la langue arabe et les Arabes en général sont quand même associés à des stéréotypes et amalgames négatifs. Bien sûr, cela remonte historiquement à la colonisation, la guerre d’Algérie,… Mais, c’est devenu encore plus fort avec les attentats terroristes. Tout cela existe en toile de fond. Personnellement, je n’évolue pas dans un environnement raciste où on m’aurait dit toutes les minutes : « Ne laissez pas entrer Nabil parce qu’il est Arabe ». C’est plutôt que cela existe dans les référentiels culturels des gens.

D’une certaine manière, il y là-dedans le sentiment pour les Arabes qu’il faut en faire deux fois plus que les autres pour avoir le droit de s’exprimer. C’est pour cela que dans ce livre je vais rencontrer d’anciennes ministres comme Najat Vallaud-Belkacem ou Myriam El Khomri, des journalistes reconnus, des chanteurs ou des metteurs en scène célèbres. Je trouvais intéressant aussi de voir le parcours de ces gens qui sont considérés comme des réussites sociales et professionnelles, mais qui, en fait, sont quand même tiraillés par cette question. La sociologue Kaoutar Harchi me le dit dans le livre : il y a une forme de mensonge originel auquel on a cru inconsciemment, c’est-à-dire l’idée que si on faisait tout comme les Français blancs, on ne verrait plus les couleurs. On aurait les mêmes droits, les mêmes accès que tout le monde, etc.

Je pense personnellement avoir été bercé de cela. J’ai grandi en France dans cette idée très républicaine que si on joue le jeu, tout le monde a accès à la même chose, etc. Evidemment, il y a d’autres considérations qui rentrent en ligne de compte comme les origines sociales, etc.

Mais, je crois qu’il est important de se rendre compte aussi qu’à un moment donné, il est plus légitime de s’exprimer -c’est vrai- quand on est considéré comme ayant déjà fait une forme de parcours social reconnu.

Inconsciemment, je n’ai jamais voulu m’intéresser aux sujets liés à l’immigration dans le cadre de mon travail journalistique. Quand je suis arrivé au Monde en 2005 par exemple, il y avait des émeutes en banlieue. Tout le monde s’est tourné vers moi parce qu’effectivement j’avais une tête d’arabe et il n’y en a pas beaucoup dans cette rédaction. Mais je n’ai pas grandi en banlieue, je n’avais donc pas spécialement envie de le faire. Je pense que sans y avoir réfléchi, je n’avais pas envie d’être automatiquement associé à ce type de sujets parce que je m’appelle Nabil. Je crois qu’il y a besoin d’avoir une réflexion sur la manière avec laquelle on crée des espaces. Et c’est plus une question pour les générations plus jeunes, qui sont nées en France et qui sont parfois de troisième, de quatrième génération issue de l’immigration, qui ont un rapport souvent lointain avec leurs pays d’origine, qui sont super français et qui ne veulent pas s’embarrasser du fait de devoir être le bon immigré, le bon Arabe. Ils veulent être Français comme les autres et je pense que d’une certaine manière, ils ont raison.

Je place beaucoup d’espoir dans les générations plus jeunes parce que je trouve qu’ils s’embarrassent moins de ces questions ou de manière moins complexe.

Votre ouvrage est, d’une certaine manière, un antidote aux théories du « grand remplacement », mettant en évidence la faiblesse de l’enseignement de l’arabe dans l’éducation nationale française, où il est par exemple supplanté par la Russe, alors que les communautés arabophones et russophones ont un rapport de 1 à 20 en termes de taille. Vous affirmez notamment que « La France s’est construite par la langue française, par un nationalisme de la langue » et qu’il existe encore un « fantasme de l’invasion barbare ». Avec moins de 14 000 élèves qui apprennent l’arabe, est-ce que la France n’est malgré tout pas guérie de son syndrome de Poitiers ? S’agit-il toujours de bouter les Arabes hors de la fille ainée de l’église, ou au mieux de les assimiler par le langage ?

Je pense qu’il existe deux aspects. Le premier c’est que la France s’est construite autour de la langue française, alors que d’autres langues allaient être interdites comme le breton, l’alsacien, ou encore l’occitan. Il existe effectivement un monolinguisme très français. Le second aspect c’est ce rapport très curieux que la France entretient avec la langue arabe. Je pense que ce n’est pas forcément un syndrome de Poitiers : entre les deux, il y des moments d’amour et des moments de haine, des moments de collaboration et des moments de rejet. Depuis François 1er, l’apprentissage de l’arabe est instauré, avec des chaires prestigieuses d’apprentissage de l’arabe, une école arabisante, une école française d’Orient,…

Dans le même ordre d’idée, vous identifiez le paradoxe qui veut que l’arabe soit mal aimé dans le secondaire et peu enseigné, mais devient précieux dans le supérieur, et notamment dans les établissements d’élite, où il est majoritairement enseigné à des Français non issus de l’immigration, qui deviendront souvent diplomates, militaires, ou hauts cadres dans des multinationales. Comment s’est organisé selon vous ce schisme, cette rupture ?

On peut effectivement évoquer cette dimension orientaliste lorsqu’il s’agit d’apprendre l’arabe comme une langue rare qui aide à accéder à d’autres cultures, à une universalité plus large et qui offre des opportunités professionnelles. Sauf que cela peut être vrai quand on est étranger à la langue arabe de naissance. Mais quand on est soi-même issu d’une famille arabe, il y a un risque que l’apprentissage de langue arabe soit rattaché à un besoin quasiment communautaire, comme si l’on refusait de s’extraire de son origine. Cela est vu comme étant un problème d’origine ethnique, ce qui en fait est totalement faux […] Je pense qu’il y a cette idée selon laquelle l’arabe appris par des Arabes enfants d’immigrés serait une forme de piège, d’assignation à résidence. C’est comme si ces personnes ne voulaient pas évoluer. Et là, on retrouve une vision profondément xénophobe qui définirait les Arabes comme repliés sur eux-mêmes, conservateurs… C’est ce genre de préjugés qu’il faudrait changer en France.

Vous citez l’historienne Mona Ozouf, qui raconte que pour sa grand-mère bretonne « le Français est la langue de l’ascension sociale, celle avec laquelle les enfants auront moins de mal ». Vous citez également une enseignante qui dit que l’Allemand est vu comme la langue de l’élite et l’arabe comme la langue de l’échec, voire du passé. L’arabe est-il selon vous un frein à l’ascension sociale en France ? Si oui, est-ce à mettre en relation avec sa juxtaposition avec l’Islam ?

Je pense qu’il est important de rappeler que, consciemment ou inconsciemment, beaucoup de familles originaires du Maghreb et du Proche-Orient n’insistent pas pour que leurs enfants apprennent l’arabe. Elles se disent : « Cela ne va pas être une bonne trajectoire pour eux ». Et ce constat est toujours d’actualité. L’allemand, à mon sens, est favorisé, mais pas tant comme langue, mais parce qu’une certaine perception voudrait que ceux qui optent pour l’apprentissage de l’allemand soient dans de meilleures classes. Plusieurs études en sociologie reviennent d’ailleurs sur cette question en révélant que des familles arabophones essayent de placer leurs enfants dans des classes d’apprentissage de l’allemand, en pensant qu’« au moins, il va être avec les bons élèves et effectuer un bon parcours scolaire ! ». Je crois que ce sont des idées qu’il faudrait déconstruire, avec un accompagnement pédagogique auprès de ces familles.

Vous évoquez, avec beaucoup de détails, vos racines libanaises, et cette blessure de ne pas parler correctement l’arabe malgré des efforts substantiels, où encore cet été passé au Liban enfermé dans votre chambre à lire. Vous dites « Je vis encore avec l’idée que j’ai l’arabe coincé quelque part, qu’il est à portée de main : est-ce qu’il n’y a pas de bouton à activer pour que ma langue maternelle revienne ? ». Comment expliquez-vous que la communauté libanaise d’Afrique de l’Ouest, pourtant située dans une zone francophone, a majoritairement conservé l’usage de l’arabe, bien qu’étant également une minorité ?

A vrai dire je connais très mal l’Afrique de l’Ouest, donc je ne peux que formuler des hypothèses. Sur la question de la transmission des langues, je pense qu’il y existe une sorte de hiérarchie sociale de ces dernières. Autrement dit, les langues valent ce que valent ceux qui les parlent. En France, les immigrés issus du monde arabe sont souvent mal considérés et ont longtemps occupé des postes en bas de l’échelle sociale. Leur langue n’a pas beaucoup de valeur. Alors peut-être dans certains pays, les Arabes et notamment les Libanais, souvent des commerçants et donc au milieu de la pyramide sociale, maintiennent vivante leur langue, surtout lorsqu’il existe une organisation communautaire qui y participe.

 

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« Paroles de lecteurs » – Oui, la langue arabe est une chance pour la France – Le Monde

« Pour la première fois, au plus haut niveau de l’Etat, la question de l’enseignement de l’arabe en France est évoquée avec précision, se félicite Pierre-Louis Reymond, professeur et agrégé de langue et civilisation arabes. […] Il est urgent d’insister sur le lien indissoluble qui nous relie au monde, à la langue et à la culture arabes. »

 

Vendredi 4 décembre, le président de la République s’est adressé aux jeunes pendant plus de deux heures sur le média en ligne Brut pour évoquer de nombreux sujets brûlants de l’actualité. Au détour d’une évocation de l’assassinat tragique de Samuel Paty, de l’islam et de la liberté d’expression, une intervenante est revenue sur la nécessité d’enseigner l’arabe en France, question lancinante, récurrente, constamment soulevée, peu suivie d’effets, et surtout connectée, par ignorance des enjeux cruciaux qu’elle pose, à des surenchères idéologiques qui obstruent la sérénité du débat.

Pour la première fois, au plus haut niveau de l’Etat, la question de l’enseignement de l’arabe en France est évoquée avec précision dans un entretien sur un média considéré comme à haute valeur ajoutée par les 18-40 ans, dans un souci de clarté pédagogique d’autant plus louable qu’il fait le lien fondamental entre culture, société et actualité. C’est suffisamment rare pour être souligné. Oui, la langue arabe est une chance pour la France, un trésor de France, explique Jacques Lang dans le récent ouvrage qu’il lui a consacré (La langue arabe, trésor de France, Le Cherche Midi, 2020).

J’ajouterai que la langue arabe est une part de notre humanisme. Il n’est, pour s’en convaincre, que de citer Rabelais, précisément la lettre que destine à Pantagruel son père Gargantua […] : « J’entends et veux que tu apprennes les langues parfaitement : premièrement la Grecque, comme le veut Quintilien, secondement la Latine, et puis l’Hébraïque pour les Saintes Lettres, et la Chaldaïque et Arabique pareillement. »

Que le président de la République ait fait mention, et avec insistance, de ce besoin des familles locutrices de l’arabe – dialectal, parfois aussi littéraire – de cultiver une langue et une culture consubstantielles à leurs racines constitue une avancée certaine sur cette question cruciale de la place de la langue et du monde arabes dans l’identité culturelle de la France. Le minimiser, c’est renoncer à une part de nous-mêmes, enfants de la République, c’est-à-dire soucieux de la diffusion d’un savoir… brut qui fasse triompher la puissance d’analyse de la raison sur les impasses passionnelles de l’obscurantisme et des idéologies mortifères.

Familles locutrices de l’arabe oui, mais aussi, ne l’oublions pas, toute personne désireuse d’apprendre l’arabe, démarche résultant bien souvent d’une analyse objective des enjeux du monde contemporain, laquelle fait apparaître la maîtrise de la langue arabe comme un atout majeur, notamment et de manière non exhaustive, dans les domaines journalistique, entrepreneurial, diplomatique mais aussi cinématographique et musical.

Face aux pétitions de principes, aux manipulations discursives, aux tentatives tous azimuts de s’en prendre à ce qui fait la France, il est urgent d’insister sur le lien indissoluble qui nous relie au monde, à la langue et à la culture arabes.

Commençons par le commencement : la langue, justement ; notre langue française, combien de termes empruntés à l’arabe ne cessons-nous d’utiliser dans notre quotidien ! Continuons avec notre patrimoine universel : combien de familles n’auront-elles pas songé en ces fêtes de Noël à offrir une fois de plus les contes des Mille et une Nuits ! Poursuivons : combien de visiteurs de Paris, la plus belle ville du monde aux dires de beaucoup, n’auront-ils pas prévu de placer l’Institut du monde arabe aux tout premiers rangs de la programmation des visites envisagées ?

Mais parlons à nouveau fondements, fondements d’une culture partagée en humanités : comment continuer à méconnaître les enjeux du Discours décisif d’Averroës, que l’on commence tout juste à aborder en classe de Terminale ? Comment oublier l’œuvre volumineuse de Louis Massignon consacrée à al-Hallaj, l’un des plus grands mystiques de la pensée musulmane ? Comment ne pas se rappeler que la traduction du Coran de Régis Blachère, naguère professeur à la Sorbonne, si abondamment glosée, annotée, expliquée par l’auteur lui-même constitue une référence majeure pour l’étude de la civilisation arabo-musulmane ?

Comment faire l’impasse sur la Renaissance arabe des lettres et des arts, initiée au XIXe siècle et poursuivie durant la première moitié du XXe, au cours de laquelle les intellectuels arabes ont été à l’avant-garde d’un projet laïc qui a notamment donné naissance au développement d’un mouvement de modernisation de la langue arabe, lequel a engendré la création de la première académie de langue arabe, la naissance du mouvement nationaliste arabe, mais aussi d’une presse foisonnante dont la liberté d’expression quasiment inégalée a fait date ?

Alors oui, en matière de communication sur la langue, le monde et la culture arabes, soyons « bruts », ne nous laissons pas confisquer notre humanisme, fondement de notre identité plurielle, par l’hydre idéologique sur laquelle prospère une volonté de puissance destructrice si bien servie par l’ignorance coupable.

Pierre-Louis Reymond, Lyon

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Le cinéma égyptien domine encore les festivals arabes

Amira SOLTANE 

 

 

8/12/2020

Parmi les films arabes les plus marquants de cette année, les films égyptiens «Photocopy» et «Talea Senay» (travail induit) qui ont été projetés au Festival du film arabe de Stockholm, qui s’est déroulé du 30 novembre au 2 décembre. Le festival est organisé par Malmö Arab Film Festival.
«Photocopy» était le film d’ouverture du neuvième Festival international du film arabe, qui s’est déroulé du 16 au 21 juillet au Busan Cinema Center, à Séoul, en Corée du Sud. Le film égyptien «Photocopy» a été projeté pour la première fois à Londres le 13 décembre 2018.
«Photocopy» a déjà représenté l’Egypte au Festival international du film musulman de Kazan en Russie. Le film raconte l’histoire d’un homme âgé qui, à sa retraite, décide d’ouvrir un magasin de photocopie. Il commence à redécouvrir la vie, son amour pour le prochain et les gens qui l’entourent. Le film met en vedette Mahmoud Hemeida, Sherine Reda, Farah Youssef, Aly Tayeb et Ahmed Dash, entre
autres. Il a été écrit par Haitham Dabbour et réalisé par Tamer Ashry. «Photocopy» a été projeté lors de la première édition du Gouna Film Festival et a remporté le prix El-Gouna Golden Star du meilleur long-métrage narratif arabe. Le film a également été projeté lors des 5èmes Rencontres internationales du cinéma arabe à Marseille.
«Photocopy» a été présenté comme film de clôture de la Semaine du cinéma arabe à New York, le 23 novembre 2017. Le film a été projeté au Festival international du film du Caire, le vendredi 24 novembre 2017. Le journaliste égyptien et scénariste Dabbour, avait précédemment déclaré dans une interview à Egypt Today qu’il avait choisi de présenter une histoire d’amour entre un couple âgé parce que ce type d’histoires d’amour «n’a pas été bien présenté dans le cinéma égyptien.» Le scénario a été nominé pour les Sawiris Cultural Awards. Dabbour a expliqué qu’il avait beaucoup travaillé sur le script pour le développer avant d’atteindre la version finale. Il a commencé à l’écrire en 2013 et a terminé un an plus tard. «Photocopy» aborde les problèmes auxquels sont confrontées les personnes âgées, des sujets rarement abordés dans le cinéma égyptien. «Le principal défi auquel j’ai été confronté en écrivant un film si différent est de maintenir des valeurs et des côtés artistiques élevés et en même temps de rester amusant pour le public, afin qu’il ne s’ennuie pas», a expliqué Dabbour. Sorti en 2017, «Talea Senay» tourne autour d’un couple égyptien qui s’empare de l’ambassade américaine en Égypte après s’être vu refuser des visas pour entrer aux États-Unis. Le long métrage met en vedette un groupe d’acteurs et d’actrices égyptiens talentueux, dont Rasha Gawdat, Maged el-Kedwany, Mai Kassab, Abdel Rahman Abou Zahra, Bayoumi Fouad, HoreyaFarghali et Sayed Ragab. «Talea Senay» est réalisé par Khaled Diab.
Le film a été projeté pour la première fois le 11 décembre 2017, dans le cadre du Festival international du film de Dubaï (Diff). Mettant en vedette des cinéastes régionaux et internationaux qui font la lumière sur la culture arabe, les «Arabian Nights» du festival ont choisi de projeter «Talea Senay». «Arabian Nights est l’une des catégories les plus attendues, car elle célèbre la diversité culturelle du Monde arabe, à travers le médium exceptionnel du cinéma. C’est le premier film de Diab en tant que réalisateur. Auparavant, il a écrit un certain nombre de films à succès, notamment «Eshtebak» (Clash), qu’il a écrit aux côtés de son frère, l’écrivain et réalisateur acclamé, Mohamed Diab.

Kalila et Dimna : Conflits et intrigues / Ramsay Wood

Kalila et Dimna est un des cycles de contes les plus populaires au monde, de la Chine à l’Ethiopie, et l’une des inspirations de La Fontaine. Les premières compilations en sanskrit de ces fables animalières, également nommées « Fables de Bidpaï » , ont près de deux mille ans. Ramsay Wood, après avoir publié un premier recueil de ces contes moralistes pleins de fougue et d’esprit, nous en propose une nouvelle sélection, encore inédite en français, et nous plonge dans les complots et les intrigues d’un royaume des animaux fort moderne, tout en finesse et en roublardise.

Prix : 13 CHF