Orient-Occident, histoires croisées

La rédaction de RTSreligion propose un coffret de 3 CD pour comprendre les racines des liens et des tensions actuelles entre le monde arabo-musulman et le monde occidental.

Ce coffret reprend l’essentiel d’une série spéciale d’émissions diffusée en juin 2015 dans le magazine A vue d’esprit sur Espace 2. Né au sein de la rédaction RTSreligion à la suite des “printemps arabes”, ce projet se révèle plus pertinent que jamais au vu de l’actualité.

L’avènement du groupe Etat islamique, la recrudescence du terrorisme international, les attentats en France des mois de janvier et novembre 2015, nécessitent le recul de l’histoire pour comprendre les enjeux historiques, religieux, symboliques et géo-politiques des rapports entre Orient et Occident.

Visuel du coffret CD "Orient-Occident, histoires croisées"
Visuel du coffret CD “Orient-Occident, histoires croisées” [ – RTS]

Présentation de la série diffusée en juin 2015

Les croisades du Moyen Age ont laissé une profonde empreinte dans l’histoire Orient – Occident jusqu’à nos jours.

A vue d’esprit propose 25 émissions sur les croisades, leurs conséquences et leurs interprétations au fil des siècles.

« Attaquer les croisés où qu’ils soient » et maintenir les « bastions chrétiens » en « état d’alerte ». Ces expressions figuraient noir sur blanc, en janvier 2015, dans un communiqué du groupe Etat islamique. Croisés ? bastions chrétiens ? Ces mots sonnent de manière étrange en Occident. Les croisades : c’était il y a une éternité ! Comment expliquer que ce registre sémantique apparaisse dans la propagande d’un groupe armé qui met à feu et à sang le Proche et le Moyen-Orient et réprime les minorités religieuses ?

Les journalistes de RTSreligion ont choisi d’aller au-delà de cette rhétorique pour mieux comprendre comment les relations Orient-Occident ont évolué depuis les croisades, cette période de deux cents ans qui court de la fin du XIe à la fin du XIIIe siècle. Quelles traces reste-t-il des expéditions militaires venues de l’Ouest ? Quelle influence les croisades ont-elles eues sur le christianisme et l’islam ?

Une enquête au fil des siècles qui montre comment le développement des empires coloniaux au XIXe siècle a ravivé de vieux souvenirs, comment la fin de l’Empire ottoman a rouvert des questions ethnico-religieuses, comment les conflits des XXe et du XXIe siècles se sont aussi nourris de cet imaginaire de la croisade, comment les religions ont pu être source de tensions mais aussi de pacification.

Une série signée Gabrielle Desarzens, Jean-Christophe Emery, Catherine Erard, Evelyne Oberson et Fabien Hünenberger.

Avec la participation notamment de : Martin Aurell, Georges Corm, Michel Grandjean, Vincent Gelot, Rinaldo Tomaselli, John Tolan, Jean-Claude Cheynet, et bien d’autres.

  • 1/ 25 – L’actualité des croisades

    Pourquoi parler aujourd’hui des croisades? Si pour les Occidentaux, c’est de l’histoire passée, dans le monde musulman, les croisades restent souvent perçues comme une des étapes particulièrement violente de l’affrontement séculaire entre le christianisme et l’islam. Un affrontement qui est encore d’actualité: le terme “croisés” est utilisé par des islamistes pour désigner les Occidentaux en s’appuyant sur cette mémoire des croisades.

    Du côté de l’Occident,  le terme a également été repris, notamment par Georges Bush après les attentats du 11 septembre 2001. Faut-il dès lors parler d’une instrumentalisation de la notion de croisades? Avant d’entrer dans l’histoire des croisades, cette première émission propose un tour d’horizon des traces de cette mémoire sensible des croisades dans le monde des musulmans, des chrétiens occidentaux, des juifs, et des chrétiens orthodoxes.

    Avec Vincent Gelot, Bytia Rozen-Goldberg, Julien Loiseau, Georges Corm, Sonia Fellous, Simon Epstein, Abbès Zouache, Ahmed Benani et le père Dositheos.

    Première Croisade: le siège et la prise de Jérusalem par les croisés menés par Godefroy de Bouillon en 1099.

    – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 01 juin 2015
  • 2/25 – Urbain II et l’appel de Clermont: l’origine des croisades

    En 1095, lors du Concile de Clermont, le pape Urbain II lance un appel à la croisade pour venir en aide aux chrétiens d’Orient et pour libérer le Saint-sépulcre de Jérusalem. Un des buts avoués de ce concile est aussi de réduire la violence en Europe et de limiter les exactions de chevaliers de moins en moins contrôlés. Un souci qui rejoint une autre aspiration: celle d’un proche retour du Christ à Jérusalem. Ce climat spirituel particulier explique en partie le succès de cet appel à la croisade.

    Avec André Vauchez, Martin Aurell, Julien Loiseau, Abbès Zouache et Simon Dorso.

    Première Croisade: le siège et la prise de Jérusalem par les croisés menés par Godefroy de Bouillon en 1099.

    – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 02 juin 2015
  • 3/25 – Pierre L’Ermite et le fanatisme.

    L’un des premiers prédicateurs de la croisade est un certain Pierre L’Ermite. Il va entraîner dans son sillage près de 15’000 pèlerins dont très peu parviendront à Jérusalem. Sur leur chemin, des populations juives entières seront assassinées. Ces prédicateurs fanatiques seraient-ils à l’origine d’une forme de guerre sainte ? Comment l’arrivée des croisées a-t-elle conduit à réactiver le djihad guerrier musulman ? Comment du côté chrétien a-t-on progressivement accepté que des religieux puissent porter des armes et verser le sang ?

    Avec Martin Aurell, André Vauchez et Julien Loiseau.

    Première Croisade: le siège et la prise de Jérusalem par les croisés menés par Godefroy de Bouillon en 1099.

    – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 03 juin 2015

     

  • 4/25 – Alexis 1er Comnène et l’Empire de Byzance

    L’arrivée de tribus turques depuis l’Asie au XIe siècle modifie l’équilibre politique du grand empire chrétien qu’est encore Byzance. Les Byzantins, héritiers de l’empire romain d’Orient, ont perdu de nombreux territoires au profit des turcs seldjoukides. Leur empereur, Alexis 1 Comnène demande alors aux Latins de leur fournir des contingents de mercenaires. Mais la réponse qu’il reçoit n’est pas tout à fait celle qu’il attendait. Les croisés, suite à plusieurs mécompréhensions, ne vont pas respecter les engagements pris envers les Byzantins et ne redonneront pas Antioche aux chrétiens d’Orient. Une grande méfiance va s’installer durablement entre les chrétiens occidentaux et les chrétiens orientaux.

    Avec Jean-Claude Cheynet et Abbès Zouache.

    Première Croisade: le siège et la prise de Jérusalem par les croisés menés par Godefroy de Bouillon en 1099.

    – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 04 juin 2015
  • 5/25 – Les Juifs et les croisades

    Lorsque les croisés partent pour Jérusalem, certains vont sur leur chemin massacrer des populations juives entières, hommes, femmes et enfants. Une première dans l’histoire des relations entre juifs et chrétiens. Les auteurs de ces actes barbares ne seront jamais condamnés. Pour les populations juives également présentes au Proche-Orient, comment vivent-elles sous la domination des musulmans, quelles seront pour elles les conséquences de l’arrivée des croisés?

    Avec Sonia Fellous.

    Première Croisade: le siège et la prise de Jérusalem par les croisés menés par Godefroy de Bouillon en 1099.

    – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 05 juin 2015

     

  • 6/25 – Ce que les chrétiens latins savaient des musulmans

    Lorsque les croisades débutent, la connaissance de l’islam par les chrétiens d’Occident est très lacunaire. Ils pensent alors que les Sarrazins, comme ils les nomment, sont des polythéistes. Ils s’appuient sur des écrits de St Jérôme qui a vécu deux siècles avant le prophète Mahomet. Les croisades vont permettre aux occidentaux de découvrir l’islam. La première version latine du Coran sera éditée en 1143.

    Avec Martin Aurell et John Tolan.

    La conquête de Jérusalem par Saladin Ier (1138-1187), en 1187. Miniature de la "Chronique des empereurs", par Loyset Lieder (1462).

    – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 08 juin 2015
  • 7/25 – La prise de Jérusalem

    Le 15 juillet 1099, quatre ans après l’appel à la croisade lancé par le pape Urbain II, Jérusalem tombe aux mains des croisés. Cet évènement aura un retentissement très important en Occident et en Orient, mais pas pour les mêmes raisons. En Occident, cette victoire est le signe que Dieu est avec les croisés. Elle marque le début de l’installation d’Occidentaux dans les tous nouveaux Etats latins d’Orient. En Orient, l’extrême barbarie des croisés lors de la prise de la ville sainte va traumatiser toute la région. Les musulmans vont très progressivement se fédérer d’abord sous Zengi, puis Noureddine et enfin Saladin qui parviendra à reprendre la ville en 1187. La première étape décisive de cette longue reconquête sera la prise d’Edesse, la forteresse du Nord en 1144 par Zengi, émir de Mossoul et d’Alep. Face à cette menace, une nouvelle croisade est lancée. La seconde croisade sera  un échec retentissant.

    Avec Martin AurellSimon DorsoJulien Loiseau et Abbès Zouache.

    La conquête de Jérusalem par Saladin Ier (1138-1187), en 1187. Miniature de la "Chronique des empereurs", par Loyset Lieder (1462).

    – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 09 juin 2015
  • 8/25 – St Jean d’Acre à l’époque croisée

    La ville portuaire de St Jean d’Acre (Akko) va jouer un rôle très important dans le fonctionnement des Etats latins d’Orient. Elle sera un lieu d’échanges commerciaux et financiers constant entre l’Occident et le Proche- Orient. Les marchands génois, vénitiens, pisans, de même que les ordres de religieux guerriers, les templiers, hospitaliers, chevaliers teutoniques, s’installeront dans la ville. La chute de St Jean d’Acre en 1291 marquera la fin des états latins d’Orient.

    Jean-Christophe Emery nous convie à une visite historique à travers les nombreux vestiges croisés de St Jean d’Acre en compagnie de l’archéologue et historien Simon Dorso.

    La conquête de Jérusalem par Saladin Ier (1138-1187), en 1187. Miniature de la "Chronique des empereurs", par Loyset Lieder (1462).

    – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 10 juin 2015
  • 9/25 – La vie dans les Etats latins

    Alors qu’une partie des chevaliers retournent sur leur terre au terme de la première Croisade, certains choisissent de s’installer au Proche-Orient. Beaucoup épouseront des chrétiennes arméniennes ou byzantines. Leurs enfants, que l’on nommera les poulains, parleront plusieurs langues. Et rapidement cette population va adopter certains des us et coutumes de cet Orient très raffiné. Des échanges intellectuels et culturels auront également lieu.

    Avec Martin AurellSimon Dorso, Julien Loiseau et Abbès Zouache.

    La conquête de Jérusalem par Saladin Ier (1138-1187), en 1187. Miniature de la "Chronique des empereurs", par Loyset Lieder (1462).

    – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 11 juin 2015
  • 10/25 – Saladin

    S’il est un personnage des croisades qui deviendra légendaire en Orient, mais aussi en Occident, c’est bien Saladin. Il va parvenir à unifier la Syrie avec l’Egypte et à reconquérir Jérusalem en 1187. La bataille d’Hattîn sera décisive. Les troupes de Saladin écraseront l’armée chrétienne conduite par le roi de Jérusalem, Guy de Lusignan.

    Chef de guerre redoutable, il sera également décrit comme un pieux musulman, capable de faire preuve d’indulgence y compris envers ses ennemis.

    La prise de la ville Sainte par Saladin provoquera le départ de la troisième croisade mené par Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre, Philippe Auguste roi de France et l’empereur d’Allemagne, Frédéric Ier Barberousse.

    Avec Martin AurellJulien LoiseauJohn TolanAbbès Zouache.

    La conquête de Jérusalem par Saladin Ier (1138-1187), en 1187. Miniature de la "Chronique des empereurs", par Loyset Lieder (1462).

    – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 12 juin 2015

     

  • 11/25 – Le détournement de la 4e croisade sur Constantinople: la blessure non cicatrisée

    En 1204, les croisés pénètrent dans Constantinople et mettent la ville à sac durant trois jours. C’est le début d’un empire latin de Constantinople qui durera près de 50 ans.  Pourquoi les croisées, qui sont des chrétiens, s’en prennent-ils à la capitale de l’empire byzantin chrétien, lui aussi chrétien?

    Retour sur les effets dévastateurs de cette croisade dans les relations entre les chrétiens orientaux, orthodoxes, et les chrétiens catholiques.

    Rinaldo Tomaselli guide Fabien Hünenberger sur les traces des croisées à Istanbul. Avec également Jean-Claude Cheynet et le père Dositheos Anagnostopoulos du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

    Départ du roi de France Louis IX dit Saint Louis (1214-1270) pour les croisades. Chromolithographie de 1936.

    Lee/Leemage – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 15 juin 2015
  • 12/25 – Lorsque St-François d’Assise rencontra le Sultan Al-Kamil

    Alors que l’idée de convertir les musulmans est absente au début des croisades, progressivement elle émerge avec l’apparition de nouveaux ordres religieux de prêcheurs, les franciscains et les dominicains. St François d’Assise va même se rendre à Damiette en Egypte pour y rencontrer le Sultan Al-Kamil, neveu de Saladin. Nous sommes en 1219 au cœur de la cinquième croisade qui se soldera par un échec.

    Un autre Saint va également 30 ans plus tard mener successivement deux croisades. Il s’agit de Louis IX roi de France, futur St-Louis. Mais là également c’est l’échec. Et si Dieu était du côté des musulmans? Le doute s’installe dans certains esprits et en Europe, les critiques contre les croisades s’amplifient.

    Avec Martin AurellGwenolé Jeusset , André Vauchez et Abbès Zouache.

    Départ du roi de France Louis IX dit Saint Louis (1214-1270) pour les croisades. Chromolithographie de 1936.

    Lee/Leemage – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 16 juin 2015
  • 13/25 Le déclin des croisades

    Les échecs successifs des différentes campagnes guerrières au Proche Orient provoquent une réorientation pour le moins surprenante des croisades. Désormais les papes vont également appeler à la croisade contre l’ennemi intérieur, l’hérétique chrétien, en particulier le cathare et le vaudois.

    L’affrontement entre chrétiens et musulmans va continuer au XVIème siècle mais sur la mer à travers la guerre de course. A cette époque se met alors en place une véritable économie de l’esclavage et de la piraterie.

    Avec Martin AurellJocelyne Dakhlia et Julien Loiseau.

    Départ du roi de France Louis IX dit Saint Louis (1214-1270) pour les croisades. Chromolithographie de 1936.

    Lee/Leemage – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 17 juin 2015
  • 14/25 Les croisades idéalisées et irréalisables du XVIème

    A partir du XVIème siècle, les croisades auront pour seul but de juguler l’avancée turque. L’idée de reprendre possession de Jérusalem demeure dans les esprits, comme une seconde étape, après la victoire espérée sur les Ottomans. Mais le projet restera lettre morte. Les tensions politiques entre François 1 et Charles Quint, de même que la division de la chrétienté avec l’avènement de la réforme de Luther, ne permettront plus de lever des fonds et des armées pour partir à la reconquête de Jérusalem.

    Avec Jocelyne Dakhlia et Emmanuelle Pujeau.

    Départ du roi de France Louis IX dit Saint Louis (1214-1270) pour les croisades. Chromolithographie de 1936.

    Lee/Leemage – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 18 juin 2015
  • 15/25 L’ouverture de la Question d’Orient

    La fin du XVIIIe siècle marque le début d’un nouvel intérêt de l’Europe pour l’Orient. Une ère inaugurée symboliquement par la Campagne d’Egypte lancée par Napoléon en 1798. Pourquoi la France, l’Angleterre mais aussi la Russie se lancent-elles dans les expéditions qui mènent à la conquête de territoires appartenant à l’Empire ottoman ? Peut-on lire dans ce processus de colonisation de régions à majorité musulmane un lointain écho des Croisades?

    Fabien Hünenberger fait le point avec Henri Laurens, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe et Giorgio Del Zanna, professeur d’histoire contemporaine et d’histoire de l’Europe orientale à l’Université catholique de Milan. Auteur de “I Cristiani e il Medio Oriente (1798-1924)”.

    Départ du roi de France Louis IX dit Saint Louis (1214-1270) pour les croisades. Chromolithographie de 1936.

    Lee/Leemage – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 19 juin 2015
  • 16/25 – Les chrétiens paient la note

    Le délitement de l’Empire ottoman, fin XIXe – début XXe siècle, n’est pas sans conséquences pour les relations entre chrétiens et musulmans en Orient. Les conquêtes coloniales, de même que l’indépendance déclarée de plusieurs pays dans les Balkans, forcent des centaines de milliers de personnes à prendre les chemins de l’exil. Naît alors dans le monde musulman l’idée qu’il s’agit d’une nouvelle forme de croisades et que les chrétiens d’Orient constituent à ce titre une menace. Une idée qui fera de nombreuses victimes et que Fabien Hünenberger analyse avec Henri Laurens, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe, et Giorgio Del Zanna, professeur d’histoire contemporaine et d’histoire de l’Europe orientale à l’Université catholique de Milan. Auteur de “I cristiani e il Medio Oriente (1798-1924).

    Carte des accords Sykes Picot, 1916.

    The National Archives UK – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 22 juin 2015
  • 17/25 – Jérusalem 1900, le calme avant la tempête

    Au XIXe siècle, avec la renaissance des pèlerinages, la redécouverte des intérêts géopolitiques de la ville et l’immigration sioniste naissante, Jérusalem devient progressivement une ville dont la valeur symbolique s’affirme. Avant de connaître les tensions vives des années 1930, la ville traverse une période de 70 ans placée sous le sceau de la pluralité culturelle, de la mixité religieuse et d’une expansion moderne que tous saluent. La présence des britanniques, dès 1917, la pression exercée par l’immigration et la première guerre mondiale, vont progressivement conduire la ville à basculer dans un partage des quartiers, des identités pour aboutir, en 1948 à une division entre “juifs” et “arabes” . L’analyse de Vincent Lemire, historien, Maitre de conférence à l’Université Paris-Est, auteur de “Jérusalem 1900, la ville sainte à l’âge des possibles”, Armand Colin, 2013.

    Carte des accords Sykes Picot, 1916.

    The National Archives UK – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 23 juin 2015
  • 18/25 – Français et Anglais redessinent l’Orient

    En 1916, alors que l’écroulement de l’Empire ottoman est désormais plus que probable, Français et Anglais conviennent d’une répartition des territoires sous leur contrôle au Proche Orient. Un accord resté célèbre sous le nom de deux de ses négociateurs, le Britannique Sir Mark Sykes et le Français François Georges-Picot, dont l’influence se lit aujourd’hui encore dans le tracé des frontières dans la région. Pour déployer la genèse et les conséquences de ces accords, Fabien Hünenberger et Gabrielle Desarzens se sont entretenus avec Henri Laurens, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe, et Ahmed Benani, politologue et anthropologue des religions.

    Carte des accords Sykes Picot, 1916.

    The National Archives UK – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 24 juin 2015
  • 19/25 – Le dernier des Califes

    Le 3 mars 1924, les députés turcs déposent le dernier calife ottoman, Abdülmecid II, et abolissent la fonction de califat. La disparition de ce titre religieux honorifique – porté par les successeurs du Prophète Mohammed – est alors une manière, pour la jeune République turque, d’affirmer sa laïcité et ses intentions de modernisation du pays qui vient de naître. Mais en abolissant le califat, la Turquie fait naître une nostalgie au sein du monde musulman, celle d’une unité perdue. Nostalgie dont le groupe Etat islamique s’est emparé en désignant l’un des siens comme calife le 29 juin 2014. Au micro de Fabien Hünenberger et Gabrielle Desarzens: Ahmed Benani, politologue et anthropologue des religions, et Giorgio Del Zanna, professeur d’histoire contemporaine et d’histoire de l’Europe orientale à l’Université catholique de Milan. Auteur de “I cristiani e il Medio Oriente (1798-1924).

    Carte des accords Sykes Picot, 1916.

    The National Archives UK – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 25 juin 2015
  • 20/25 – Le printemps des nationalismes

    Le XXe siècle est marqué par le déploiement des nationalismes en Orient. C’est le cas en Turquie, où les dirigeants de la nouvelle République se rabattent sur un nationalisme ethnique après avoir joué la carte du panislamisme. Mais le nationalisme touche aussi le monde arabe et l’idée d’une grande union du monde arabe – le panarabisme – prend de l’ampleur. Deux Syriens, le grec-orthodoxe Michel Aflaq et le sunnite Salah al-Din al-Bittar, en sont les promoteurs les plus connus puisqu’ils sont les fondateurs du parti Baas en 1947. Pour éclairer ce phénomène, Fabien Hünenberger et Gabrielle Desarzens ont interrogé Giorgio Del Zanna, professeur d’histoire contemporaine et d’histoire de l’Europe orientale à l’Université catholique de Milan. Auteur de “I cristiani e il Medio Oriente (1798-1924), Aline Schlaepfer, docteure en Etudes arabes à l’Université de Genève, et Georges Corm, sociologue et historien libanais, auteur “Pensée et politique dans le monde arabe: contextes historiques et problématiques, XIXe-XXIe siècle”, Paris, La Découverte,‎ 2015.

    Carte des accords Sykes Picot, 1916.

    The National Archives UK – AFP

    A vue d’esprit – Publié le 26 juin 2015
  • 21/25 – Israël, nouveaux croisés ?

    Jadis peu peuplée, Jérusalem devient au début du XXe siècle une métropole à l’expansion rapide. Le mouvement sioniste joue un rôle déterminant, mais la progression des pèlerinages est également en cause. L’année 1948 constitue un tournant majeur: au lendemain de la création de l’Etat d’Israël, la ville bascule dans le conflit et constitue désormais un enjeu géostratégique.

    Comment ce nœud gordien s’est-il formé? Comment cette évolution a-t-elle été lue au Moyen-Orient? L’Etat d’Israël a-t-il introduit de nouveaux “croisés” au Proche-Orient?
    Un sujet signé Gabrielle Desarzens et Jean-Christophe Emery.

    Avec : Simon Epstein, historien et politologue, Vincent Lemire, historien, Ahmed Benani, anthropologue et politologue.

    Jerusalem aujourd'hui un enjeux géostratégique.

    studiodr –

    A vue d’esprit – Publié le 29 juin 2015
  • 22/25 – Les croisades à la sauce orientale

    Présentes dans la littérature et le cinéma occidental, les Croisades le sont également dans les livres, les films et les séries TV du Proche-Orient.

    Quels événements et quels personnages mettent-elles en scène? Quels intérêts politiques s’en sont servis pour leur propagande? Et en quoi cette vision des Croisades diffère-t-elle de celle proposée par des films hollywoodiens tel “Le Royaume des cieux” de Ridley Scott (2005)?

    Un sujet signé Catherine Erard et Gabrielle Desarzens. Avec: Abbès Zouache, historien médiéviste de l’Orient musulman, Université Lumière Lyon, CNRS, et Ahmed Benani, anthropologue et politologue.

    Jerusalem aujourd'hui un enjeux géostratégique.

    studiodr –

    A vue d’esprit – Publié le 30 juin 2015
  • 23/25 – La bataille du 3e temple

    Les juifs le nomment “Mont du temple” ou le “Mur occidental”. Les musulmans l’appellent “Haram al sharif”, noble sanctuaire, ou “Esplanade des mosquées”. Situé au sud de la vieille ville de Jérusalem, cet espace est à la fois le plus sacré du judaïsme et le troisième lieu saint de l’islam.

    Depuis 1967, les juifs peuvent prier en bas du mur alors que les musulmans pratiquent leur foi sur l’esplanade qui le surplombe. Cet équilibre s’avère pourtant relatif. En 2000, la visite d’Ariel Sharon avait mené au déclenchement de la seconde intifada.

    Aujourd’hui, certains groupes d’extrême droite montent sur l’esplanade pour y prier malgré les interdictions. Leur objectif: construire un troisième Temple destiné à reprendre la pratique rituelle.

    Une enquête de Jean-Christophe Emery avec les voix de Simon Epstein, historien et politologue, Julien Loiseau, historien, et Charles Enderlin, journaliste.

    Jerusalem aujourd'hui un enjeux géostratégique.

    studiodr –

    A vue d’esprit – Publié le 01 juillet 2015
  • 24/25 – Les racines médiévales de Daech

    Le groupe Etat islamique, Daech, véhicule toute une vision du monde où le vocabulaire, l’image et le geste s’inspirent du Moyen-Age.

    Avec l’aide d’un spécialiste de l’histoire musulmane, Gabrielle Desarzens tente de décortiquer ces références aux mots “croisé”, “djihad”, à la couleur noire… comme aussi la décapitation ou la crucifixion que pratiquent ces islamistes radicaux.

    Avec Gabriel Martinez-Gros, Professeur d’histoire médiévale du monde musulman à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense.

    Jerusalem aujourd'hui un enjeux géostratégique.

    studiodr –

    A vue d’esprit – Publié le 02 juillet 2015
  • 25/25 – Orient-Occident : changer d’histoire

    Dans ce dernier épisode de la série “Orient-Occident, regards croisés”, Fabien Hünenberger reçoit un historien pour parler historiographie.

    Quel bilan tirer de l’exploration des relations Orient-Occident entreprise durant cinq semaines par l’équipe de RTSreligion? Génère-t-elle une nouvelle manière d’écrire l’histoire qui lie ces deux parties du monde? Révèle-t-elle les dynamiques sous-jacentes de l’actualité récente? Laisse-t-elle entrevoir l’avenir des relations entre Orient et Occident?

    Bilan avec Michel Grandjean, professeur d’histoire du christianisme à l’Université de Genève.

    Jerusalem aujourd'hui un enjeux géostratégique.

    studiodr –

    A vue d’esprit – Publié le 03 juillet 2015
  • Intervenants de la série

    Dositheos Anagnostopoulos, Révérend Protopresbyter, responsable de presse du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

    Martin Aurell, historien médiéviste, Professeur à l’Université de Poitiers (Centre d’Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale).

    Ahmed Benani, politologue et anthropologue.

    Jean-Claude Cheynet, Professeur d’histoire byzantine à l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV), directeur de l’Institut des études byzantines au Collège de France.

    Georges Corm, sociologue et historien, Professeur à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

    Jocelyne Dakhlia, historienne et anthropologue, Directrice d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris (EHESS), spécialiste de l’histoire du monde musulman et de la Méditerranée.

    Giorgio Del Zanna, Professeur à Université catholique de Milan, « Histoire contemporaine et histoire de l’Europe orientale », spécialiste de l’Empire ottoman au XIXe et XXe siècle et des communautés chrétiennes d’Orient.

    Simon Dorso, historien et archéologue médiéviste, doctorant au Centre de recherche français à Jérusalem.

    Simon Epstein, économiste et historien, Professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, directeur du Centre international de recherche sur l’antisémitisme.

    Sonia Fellous, historienne, spécialiste de l’identité judéo-chrétienne de l’Europe, chargée de recherche au CNRS.

    Vincent Gellot, historien, auteur d’un voyage de 60’000 km entre 2012 et 2014 à la rencontre des minorités chrétiennes d’Orient.

    Michel Grandjean, Professeur d’Histoire du christianisme à la Faculté de théologie de l’Université de Genève, spécialiste de l’époque médiévale.

    Gwenolé Jeusset, frère franciscain français établi à Istanbul, spécialisé dans le dialogue avec l’islam.

    Henry Laurens, Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Histoire contemporaine du monde arabe.

    Vincent Lemire, Maître de conférence à l’Université Paris-Est / Marne-la-Vallée, chercheur associé au Centre de recherche français à Jérusalem (CRFJ), spécialiste de l’histoire de Jérusalem 19e-21e siècles.

    Julien Loiseau, historien, spécialiste de l’histoire du Proche-Orient au Moyen Age, Directeur du Centre de recherche français à Jérusalem.

    Emmanuelle Pujeau, Docteur en histoire moderne, spécialiste de l’histoire des idées.

    Bythia Rozen-Goldberg, guide francophone en Israël.

    John Tolan, historien, spécialiste des contacts culturels et religieux entre mondes arabe et latin au Moyen Age, Professeur à l’Université de Nantes.

    Rinaldo Tomaselli, historien autodidacte installé à Istanbul et animateur de voyages insolites.

    Aline Schlaepfer, docteure en Études arabes de l’Université de Genève, où elle enseigne l’histoire des nationalismes au Proche-Orient arabe.

    André Vauchez, historien, spécialiste de la spiritualité médiévale, ancien Directeur de l’École française de Rome.

    Abbès Zouache, historien médiéviste de l’Orient musulman, Université Lumière Lyon, CNRS.

  • Bibliographie

    • Aurell Martin, Des chrétiens contre les croisades (XIIe-XIIIe siècle), Paris : Fayard, 2013.
    • Cheynet Jean-Claude, Histoire de Byzance. 1. L’État et la société, Paris : PUF, Que sais-je ?, 2005.
    • Cheynet Jean-Claude (dir.), Le Monde byzantin. II L’Empire byzantin (641-1204), Paris : PUF, Nouvelle Clio, 2006.
    • Corm Georges, Pour une lecture profane des conflits : sur le “retour du religieux” dans les conflits contemporains du Moyen-Orient, Paris : La Découverte, coll. « Cahiers libres »,‎ 2012.
    • Corm Georges, Pensée et politique dans le monde arabe : contextes historiques et problématiques, XIXe-XXIe siècle, Paris : La Découverte,‎ 2015.
    • Dakhlia Jocelyne et Vincent Bernard, Les musulmans dans l’histoire de l’Europe, Tome I et II, Paris : Albin Michel, 2011 et 2013.
    • Del Zanna Giorgio, I cristiani e il Medio Oriente (1798 – 1924), Bologna : Il Mulino, 2011.
    • Demurger Alain, Croisades et croisés au Moyen Age, Paris : Flammarion, 2006.
    • Epstein Simon, Histoire du peuple juif au XXe siècle de 1914 à nos jours, Paris : Pluriel, 2000.
    • Laurens Henri, La Question de Palestine : Tome 5, Paris : Fayard, à paraître en août 2015.
    • Laurens Henry, Tolan John et Veinstein Gilles, L’Europe et l’islam : quinze siècles d’histoire, Paris : Éditions Odile Jacob, 2009.
    • Lemire Vincent, Jérusalem 1900. La ville sainte à l’âge des possibles, Paris : Armand Colin, 2013.
    • Loiseau Julien, Les Mamelouks (XIIIe-XVIe siècle) – Une expérience du pouvoir dans l’islam médiéval, Paris : Le Seuil, L’Univers historique, 2014.
    • Maalouf Amin, Les croisades vues par les Arabes, Paris : J’ai lu, 2003.
    • Poliakov Léon, Histoire de l’antisémitisme, Paris : Le Seuil, 1991.
    • Pujeau Emmanuelles, L’Europe et les Turcs, la croisade de l’humaniste Paolo Giovo, Toulouse : Presses universitaires du midi, 2015.
    • Tolan John, Les Sarrasins, L’islam dans l’imagination européenne au Moyen-Age, Paris : Aubier, coll. Historique, 2003.
    • Tolan John, L’Europe latine et le monde arabe au Moyen-Age, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2009.
    • Vauchez André, Chrétiens et musulmans face à face. In : Le Monde de la Bible – La Méditerranée des croisades, vol.144, Paris : Bayard-Presse, 2002.
    • Vauchez André, La spiritualité du Moyen Âge occidental VIIIe ‑ XIIIe siècle, Paris : Presses universitaires de France, 1975.
    • Zouache Abbès, Armées et combats en Syrie de 491/1098 à 569/1174, analyse comparée des chroniques médiévales latines et arabes, Damas : Institut français du Proche Orient, 2008.
  • Carte des croisades

    Cette carte interactive présente les différentes croisades successives et indique les populations en présence aux époques concernées.

    En haut à droite, un menu permet une navigation temporelle.

    Retrouvez l’article sur le site de la

Médias indépendants sur le monde arabe

Réunis pour la première fois en mai 2016 à Marseille, huit médias indépendants spécialisés sur le monde arabe ont défini un projet de coopération. Pour ce faire, un réseau a été mis sur pied avec la volonté de travailler ensemble sur des grandes thématiques et de partager des compétences pour relever les défis structurels auxquels ils sont confrontés.

Les médias de ce réseau sont pour la plupart implantés dans les pays de la région Afrique du Nord Moyen-Orient, et chacun, dans son pays, doit faire face à des difficultés d’ordre politiques ou économiques. La liberté de la presse dans cette région a fortement reculé. Malgré un environnement jalonné d’obstacles, ces médias, dont la majorité est née après les révolutions arabes de 2011, ont fait le choix d’une indépendance politique et économique, d’une presse en ligne libre et accessible à toutes et tous, et enfin d’une ligne éditoriale progressiste. Orient XXI a organisé en juin 2017 une conférence publique à Paris durant laquelle toutes les rédactrices et tous les rédacteurs en chef des médias du réseau ont pu expliquer leur travail, et leurs difficultés.

Afin de contribuer au développement de ces médias et à leur durabilité, Orient XXI entend favoriser cette coopération. Dans ce cadre, et lors de plusieurs rencontres à Paris, les membres du réseau ont souhaité mettre en œuvre plusieurs activités : des publications thématiques communes, des résidences de journalistes et des formations.

En mai 2018, sept journalistes sont venus à Paris pour travailler ensemble sur les réformes économiques. D’autres thèmes tels que les migrations, la langue arabe ou encore le nouvel ordre régional ont été identifiés. Les activités de publications sont découpées en plusieurs temps : des rencontres pour approfondir des connaissances et réfléchir aux thématiques et à la manière de les traiter d’un point de vue journalistique ; des enquêtes de terrain réalisées par les journalistes du réseau ; une publication en ligne du dossier thématique sur tous les médias. Les prochaines rencontres se dérouleront à Tunis, en novembre 2018, à Amman, à Beyrouth et à Alger.

Des formations de journalistes ont également été mises en place, en privilégiant une coopération Sud-Sud : chacun des membres du réseau dispose de capacités qu’il peut transmettre à un autre membre.

Pour réaliser ce projet, Orient XXI a reçu le soutien financier de l’Agence française de développement (AFD), de la Fondation de France et de International Media Support. Les partenaires exécutifs du projet sont Canal France International (CFI), le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre Solidaire) et l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain.

MÉDIAS DU RÉSEAU

  • 7iber est un media en ligne fondé à Amman en 2007. Ce site d’informations publie un article par jour en arabe et en anglais. Il couvre principalement la Jordanie et souhaiterait élargir sa couverture à l’Afrique du Nord et à tout le Proche-Orient.
  • Al-Jumhuriya est un média en ligne fondé en 2012 par un groupe d’universitaires syriens en exil. Il entend couvrir les événements en Syrie au travers d’investigations. Le site est en accès libre et publie un article par jour en arabe et en anglais.
  • Assafir Arabi a démarré ses activités en tant que revue en ligne du quotidien libanais Assafir Arabi. Il couvre le Proche-Orient et sa ligne éditoriale est caractérisée par des papiers de très bonne qualité sur des thèmes singuliers. Assafir publie deux articles par semaine, en arabe, anglais et français.
  • Babelmedpure player né en 2001 est le premier magazine en ligne des sociétés et des cultures méditerranéennes. Le site offre des contenus multilingues, en regards croisés, sur des thèmes transversaux aux deux rives de la Méditerranée : migrations, société civile, créations indépendantes, etc., avec une attention particulière portée aux problématiques de genre.
  • Mada Masr est un média en ligne égyptien fondé en 2013. Il couvre l’actualité égyptienne en arabe et en anglais. Le site a été bloqué en Égypte, mais il est accessible depuis l’étranger. C’est l’un des derniers médias indépendants qui n’a pas été suspendu par les autorités égyptiennes.
  • Maghreb émergent et Radio M sont des médias algériens travaillant ensemble au sein du groupe Interface médias. Maghreb émergent traite de l’actualité économique et politique de l’Algérie et du Maghreb. Radio M est la première webradio d’information généraliste abordant des sujets économiques, sociaux, politiques et culturels.
  • Mashallah News est un média en ligne basé à Beyrouth et fondé en 2010. L’équipe est composée de quatre rédacteurs en chef. Ils disposent d’un large réseau de contributeurs couvrant également l’Iran et la Turquie. Ce média propose des méthodes d’editing innovantes.
  • Nawaat est un blog tunisien fondé en 2004 et bloqué jusqu’en 2011. Il couvre l’actualité tunisienne au travers d’enquêtes sur des thèmes spécifiques : transition démocratique, transparence, la justice, les droits humains. Il est en français, arabe et anglais.

 

RETROUVER L’ARTICLE SUR LE SITE ORIENT XXI     

 

Voyage Poétique À Travers Le Monde Arabe

ONORIENT vous invite à découvrir les plus belles plumes poétiques de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. De Cordoue à Abu Dhabi, du Xe siècle à aujourd’hui, voici une traversée dans le temps et l’espace, à la découverte des vers qui ré-enchantent le monde. Une première anthologie concoctée par nos rédacteurs, avec 10 poètes qui nous inspirent.

Wallada

Wallada bint al-Mustakfi, née en 1091 à Cordoue (Espagne)

Princesse Andalouse née au 10ème siècle, Wallada était la fille du dernier Calife Ommeyade de Cordoue. Figure culturelle de l’époque, elle organisait régulièrement des salons littéraires à son domicile, des Majaliss Al Adab  où se rencontraient philosophes, poètes et artistes. Jeune fille romanesque, elle participait souvent à des joutes poétiques où elle déclamait ses sentiments avec ferveur et audace. Mais sa plus grande source d’inspiration reste surtout son histoire d’amour tapageuse avec le poète Ibn Zaydoun, une relation qui, si elle créa la polémique dans le Cordoue de l’époque, lui inspira ses plus beaux poèmes et vers blessés envoyés à son amant.

Sois prêt pour ma visite à l’obscurité,

parce que la nuit est la meilleure gardienne des secrets.

Si le soleil sentait l’étendue de mon amour pour toi,

il ne brillerait plus,

la lune ne se lèverait plus,

et les étoiles s’éteindraient d’émoi.

Tahar Djaout

Né en 1954 à Tizi Ouzou (Algérie)

27 Jan 1987, Probably France – Algerian author, poet, and novelist Tahar Djaout (1954-1993) – Image by © Sophie Bassouls/Sygma/Corbis

Quand nous abordons l’œuvre de Tahar Djaout, on ne peut pas s’empêcher d’imaginer à quoi aurait ressemblé la suite de son magnifique travail.

Victime, parmi les premiers de ses pairs, dans un attentat non pas seulement contre la vie de cet homme, mais aussi contre le peuple algérien qui a perdu durant la dernière décennie du XXe siècle, un grand nombre de ses intellectuels, et avec, une partie de son identité.

Tahar Djaout, a laissé des écrits sérieux, dénonciateurs et ironiques, mais aussi des poèmes discrets et sensibles. Son œuvre dans son inachèvement reste complète dans un sens, car chargée de sa propre symbolique. Essentielle, elle brave et nargue jusqu’à nos jour ces mains traîtresses et assassines, qui lui ont ôté la vie mais pas l’immortalité.

Je regagne ma nudité :

Une pierre lavée par les crues ;

Je réintègre mon mutisme :

Un silence d’enfant apeuré.

Habiterai-je un jour

Cette demeure rêvée :

Ta blessure – ô délices ! –

Où le soleil s’assombrit ?

Tahar Djaout, extrait de « Pérennes », 1983

Abou El Kacem Chebbi

Né en 1909 à Tozeur (Tunisie)

Il est un révolté aux fines épaisseurs romantiques. Son œuvre parfois spleenétique naît dans un bouillon d’influences, le contexte des romantiques, parnassiens et symbolistes européens, mais aussi des poètes arabes classiques. À l’université, Chebbi sera militant avant de rejoindre le groupe Taht Essour (« Sous les remparts »), un rassemblement d’artistes et d’intellectuels tunisiens. Tahar Bekri a décrit dans Le goût de Tunis cette réunion d’amis comme des « désargentés, pessimistes et désespérés de leur état mais qui se vengeaient de l’adversité par l’ironie et l’humour noir ». Chebbi proclame la nécessité de rénover la société. Le poète vise aussi bien, dans une actualité toujours tranchante, les musulmans intégristes et le colonialisme français. Poète de la vie qui prévaut sur la douleur, assoiffé de Tunisie et d’universel, il s’éteint sans voir l’indépendance de son pays pointant le jour.

 

Allons, réveille-toi, prends les chemins de la vie

Celui qui dort, la vie ne l’attend pas.

N’aie crainte, au-delà des collines,

Il n’y a que le jour dans sa parfaite éclosion.

Abou El Kacem Chebbi, O fils de ma mère, traduit par Ben Othman, dans Cent poèmes pour la liberté, édition le Cherche Midi, 1985

Joyce Mansour

Née en 1928 à Bowden (Angleterre)

Élevée au Caire dans la société cosmopolite anglophone, Joyce Mansour perd sa mère à l’âge de quinze ans, et quelques années plus tard son premier époux. Elle fréquente les salons littéraires où elle rencontre Georges Henein, fondateur du groupe surréaliste égyptien Art et Liberté. Son premier recueil, Cris, stupéfie André Breton : « J’aime, Madame, le parfum d’orchidée noire – ultra noire – de vos poèmes. ». Au Caire, sa parution fait scandale. Érotique, transgressive, sa poésie louvoie avec la mort et les pulsions. Elle fuse, incisive et radicale, scandée, pleine d’images de corps, de fluides et de parfums de fleurs.

 

Ouvre les portes de la nuit

Tu trouveras mon cœur pendu

Dans l’armoire odorante de l’amour

Pendu parmi les robes roses de l’aurore

Mangé par les mites, la saleté et les ans

Pendu sans vêtement, écorché par l’espoir

Mon cœur aux rêves galants

Vit encore.

Joyce Mansour, Déchirures (1955), in Joyce Mansour. Oeuvres complètes : prose et poésie, éditions Michel de Maule, 2014

Georges Schéhadé

Né en 1905 à Alexandrie (Égypte)

Georges Schehadé à Paris en 1987

Georges Schéhadé écrit ses premiers poèmes dans ses cahiers d’écolier. Sa famille déménage à Beyrouth où il vivra l’essentiel de son existence. Il occupe un poste dans l’administration française, voyage et rencontre les poètes Jules Supervielle et Saint-John Perse. Baignée dans un songe, son écriture fait naître un jardin imaginaire adossé à la montagne. Colombes, pluies et arbres fruitiers rythment les saisons, et la mer se dessine à l’horizon. Rapprochée du surréalisme, son écriture limpide cristallise les images. Ses poèmes gagnent en dépouillement, devenant autant d’éclats dans le blanc de la page. Il écrivait : « Le silence est la villégiature des mots ». Le titre de ses recueils, “Poésies” numérotées de I à V, est à l’image de cet exercice d’épure.

 

Il y a des jardins qui n’ont plus de pays

Et qui sont seuls avec l’eau

Des colombes les traversent bleues et sans nids

Mais la lune est un cristal de bonheur

Et l’enfant se souvient d’un grand désordre clair

Georges Schéhadé, Poésies II (1948), in Les Poésies, NRF Poésie/Gallimard, 2001

Adonis

Né en 1930 à al-Qassabin (Syrie)

Ali Ahmad Saïd Esber, alias Adonis, poète et critique littéraire syro-libanais né en 1930. / Magali Delporte / Picturetank

En signant Adonis à partir de 1948, le poète syrien ‘Alî Ahmad Sa’îd fait acte de renaissance. Le dieu Adonis est une figure de la mythologie grecque, d’origine syrienne. Par ce nom, il inscrit sa poésie dans l’espace méditerranéen et sous le sceau de l’exil. Cofondateur de la revue Shi’r (“Poésie”) en 1957, Adonis désire ressourcer la poésie arabe et la faire entrer dans la modernité. Il renoue avec les poètes d’avant l’islam et les penseurs soufis, et traduit les poètes occidentaux. La poésie est pour lui une exploration de la langue et une expérience existentielle. Elle naît de la rencontre avec l’autre, et puise sa lumière d’un voyage entre les cultures. Les poèmes d’Adonis sont portés par une voix, un souffle et un rythme. Ils sont une force agissante projetée vers l’avenir. Son écriture compose une conscience éclairée qui résiste à toutes les idéologies. L’image du vent traverse cette écriture qui souhaite ouvrir un horizon universel.

Je t’ai nommée nuage

Ô blessure, tourterelle du départ

Je t’ai nommée plume et livre

et me voici entamant un dialogue

avec la langue engloutie

dans les îles en partance

dans l’archipel de la chute ancienne

Me voici enseignant le dialogue

au vent et aux palmiers

Ô blessure, tourterelle du départ

Adonis, « La Blessure », Chants de Mihyar le Damascène (1961), traduction de Anne Wade Minkowski et Jacques Berque, NRF Poésie/Gallimard, 2002

Mahmoud Darwich

Né en 1941 à al-Birwa (Galilée)

DR

Mahmoud Darwich gagne le Liban après la création d’Israël en 1948. Après plusieurs séjours en prison, il choisit l’exil qui le mènera de Beyrouth à Paris. Le lyrisme de ses poèmes est habité par des motifs qui dessinent le paysage de sa terre natale. Les oiseaux, les amandiers, le fleuve, le pain et le café sont autant de signes intimes de la Palestine. Cet imaginaire quotidien porté par une langue harmonieuse touche très tôt un public immense, parmi les Palestiniens, dans le monde arabe et au-delà. Empreinte d’humanisme, sa poésie reflète l’expérience du déracinement et de la prison, et fusionne le souvenir personnel à l’histoire collective. Le choix économe des mots condense la brisure identitaire et la rencontre avec l’altérité sous la figure de l’ennemi ou à travers le visage de l’amoureuse étrangère, Rita. Les vers libres sont marqués par une exigence de musicalité et le chant des pages devient un choeur, puisque de nombreux poèmes sont aujourd’hui devenus des chansons.

Par les fenêtres de cet espace dernier, miroirs polis par notre étoile.

Où irons-nous, après l’ultime frontière ?

Où partent les oiseaux, après le dernier

Ciel ? Où s’endorment les plantes, après le dernier vent ?

Nous écrirons nos noms avec la vapeur

Carmine, nous trancherons la main au chant afin que

notre chair le complète.

Ici, nous mourrons. Ici, dans le dernier défilé. Ici ou ici,

un olivier montera de

Notre sang.

Mahmoud Darwich, « La terre nous est étroite » (1966-1999), in La terre nous est étroite et autres poèmes, traduction d’Élias Sanbar, NRF Poésie/Gallimard, 2000

Joumana Haddad

Née en 1970 à Beyrouth (Liban)

Joumana Haddad en 2007

Elevée dans une famille très catholique au Liban, Joumana Haddad réalise très tôt qu’elle ne veut pas rester dans les barrières que son milieu veut bien lui imposer. Pour celle qui se dit avoir été élevée au marquis de Sade et aux Mille et une Nuit, les mots traceront sa route vers l’émancipation. Une aisance du verbe qu’elle utilise pour dénoncer le machisme des sociétés arabes, et l’intégrisme des religions dans Superman est un arabe ou J’ai tué Schéhérazade, confidences d’une femme arabe en colère. Journaliste, écrivaine, et poétesse, elle est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes érotiques dont Le retour de Lilith et fondatrice de la première revue érotique écrite en arabe par des auteurs arabes.

Ne soyez pas effrayés des livres, même les plus dissidents, “immoraux”. La culture est un pari sûr dans la vie, qu’elle soit haute, basse, éclectique, pop, ancienne ou moderne.

Joumana Haddad, J’ai tué Schéhérazade: confessions d’une femme arabe en colère, 2010

Nazik Al-Malaika

Née en 1922 à Bagdad (Irak)

DR

Considérée comme la pionnière de la poésie arabe moderne aux côtés de son compatriote Badr Shakir Assayab, Nazik Al Malaika déclenche une véritable révolution dans le paysage littéraire du XXe siècle en composant des vers libres.

A travers l’abandon du système métrique classique (rime unique et deux hémistiches) c’est moins une rupture qu’une revivification de la longue tradition littéraire arabe qu’elle veut faire advenir.

Idéaliste et profondément musicale, son œuvre exprime les illusions perdues de son pays, l’Irak, qu’elle quitte une première fois pour les Etats-Unis, puis le Liban, le Koweït et enfin l’Egypte, où elle s’éteint en 2007, à l’âge de 85 ans.

Partisane de la liberté de création dans son art, engagée pour la cause des femmes dans ses essais, nationaliste arabe dans l’âme et palestinienne de cœur, Nazik fut une dissidente totale. En un mot, une intellectuelle.

Notre vie nous l’avons dédiée à la prière
Et pour qui donc prierions-nous, si ce n’est pour les mots.

Nazik Al-Malaika, « Pourquoi redouter les mots ? » Choléra (1947) traduction de Barbara Graille

Farah Chamma

Née en 1994 à Dubaï (Émirats arabes unis)

Farah Chamma / copyright al-Ahram Weekly

Jeune palestinienne, passionnée et créative, âgée de 22 ans elle étudie le droit et les sciences politiques à l’université Paris-Sorbonne d’Abu-Dhabi. Elle commence à écrire des poèmes à l’âge de 14 ans. Farah Chamma maîtrise quatre langues (le français, l’anglais, l’arabe et le portugais). Elle performe les poèmes qu’elle écrit, accompagnée d’une musique de Oud, c’est pour elle la façon la plus efficace pour avoir un impact sur la société. Elle a participé à diverses compétitions internationales comme le festival de littérature d’Emirates Airline. Parmi ses poèmes qui ont le plus fait sensation « I am no palestinian » et d’autres qui ont créer une certaine polémique comme « How must I believe » où avec amertume elle reproche la fausseté de la société arabe. Cette jeune poétesse représente le nouvel élan créatif des jeunes et leurs voix. Insouciante des tabous de la société, elle a su franchir les lignes épineuses de la société dans laquelle elle a grandi. C’est donc avec grande admiration qu’on lui souhaite une carrière prospère et réussie.

Prenez tout ce que je sais

Et jetez-le dans le Nil

Comme la mère de Moïse a fait

Ne me demandez pas d’où je viens

Ni où je suis née

Ne cherchez pas à savoir qu’est-ce qui est écrit sur mes papiers

Je (ne) suis personne, un nomade, une âme perdue, un simple esprit nomadisé

Je suis la langue, sans mètre, sans rime

Je suis l’arabe, le persan, le latin, le germanique

Je suis la langue non-maîtrisée

Farah Chamma, “Table Rase”

 

Retrouvez l’article sur le site de ONORIENT

Lorsque le Monde parlait Arabe (Vidéo Complète) | Documentaire FR – Mahmoud Hussein

Du IXe au XIIe siècle, le monde musulman connaît un rayonnement sans égal : il s’étend de l’Espagne à l’Inde, avec des capitales de rêve : Bagdad, Cordoue, Grenade, Le Caire, Damas… De la philosophie à la médecine et à la botanique, des mathématiques à l’astronomie, son essor scientifique et culturel fascine – autant qu’il inquiète – l’Occident médiéval…

Un documentaire passionnant sur le rayonnement intellectuel du monde arabo-musulman à l’heure du Moyen-Âge occidental.
Ce document met l’accent sur un élément essentiel et unique dans l’Histoire : l’aptitude et la volonté des musulmans à travailler en bonne intelligence avec les juifs et les chrétiens dans la quête de la connaissance (voir Bagdad et l’Andalousie). Il rappelle en outre que le fruit de ce rayonnement intellectuel du monde islamique (qui a touché à tous les domaines de la connaissance : astronomie, mathématiques, philosophie, médecine…) a profité à l’Occident médiéval et lui a ouvert les voies de la Renaissance.

Si Kushner savait…

Le haut conseiller, et gendre, du président des États-Unis, Jared Kushner, en septembre 2018. Nicholas Kamm/AFP

POINT DE VUEDominique EDDE | OLJ13/07/2019

Si monsieur Kushner avait pris la peine de se représenter le montant de vies brisées, de deuils, de séparations, d’humiliantes défaites endurés par les Palestiniens, s’il avait mesuré ne serait-ce qu’un peu le prix payé par les voisins de la Palestine – le Liban, la Syrie, la Jordanie, l’Égypte – depuis soixante-dix ans, il aurait eu honte. Il n’aurait pas osé son discours à Bahreïn. Il n’aurait pas eu le sang-froid de sauter à pieds joints par-dessus tant de désastres, il se serait abstenu de les chiffrer en dollars. Il aurait commencé par présenter ses condoléances au peuple palestinien ainsi qu’à toute une région – le Moyen-Orient – qui n’en finit pas de compter ses morts, ses blessés, ses réfugiés. Il aurait cherché une phrase, un mot qui apaise les mémoires. Il aurait aidé son allié israélien à reconnaître le tort causé par la création de l’État d’Israël. S’il avait la moindre idée de ce que signifie la perte brutale d’un village, d’un toit, d’un champ d’oliviers, d’une mémoire séculaire, il aurait spontanément nommé ce à quoi les Palestiniens ont dû renoncer par la force. Il aurait fait exister l’histoire de ce peuple avant de le doter d’autoroutes et de lui dicter son nouveau visage. Il ne l’aurait pas évoqué à la troisième personne du singulier. Il l’aurait regardé en face. Il n’aurait pas commencé par le volet financier, il aurait commencé par proposer aux Israéliens de renoncer au grand minimum : les colonies ; et aux Palestiniens de renoncer au grand maximum : les trois quarts de leur ancien territoire. Il n’aurait pas pris pour seuls interlocuteurs les banquiers et les hommes d’affaires des monarchies pétrolières. Il aurait eu à l’esprit les millions d’Arabes ignorés, maltraités, plutôt que les millions de dollars fraîchement imprimés. Il se serait souvenu que les gens dont je parle se sont soulevés en 2011 pour faire entendre aux pouvoirs (que les États-Unis soutenaient sans état d’âme) qu’ils en avaient assez de vivre sous la botte. Il aurait au moins hésité, tâtonné, il aurait pris des gants.

S’il avait consenti à se représenter Jérusalem quinze ans avant sa naissance, il n’aurait pas réclamé sans scrupule qu’elle devienne la capitale d’Israël. Il aurait compris qu’il appartient à tous de renoncer à cette ville pour qu’elle appartienne à tous. Et où monsieur Kushner envisage-t-il de lever cette somme de 50 milliards de dollars sinon parmi les grosses fortunes des pays du Golfe qui dépendent entièrement des États-Unis pour leur sécurité ? Il est vrai que les pouvoirs arabes n’auront pas démérité leur réputation de vendus, mais faut-il que l’argent du pétrole qui leur a fait perdre toute décence ait eut le même effet sur leurs tuteurs, prétendus pouvoirs « civilisés » ? Faut-il que les Arabes en général ne soient aux yeux de monsieur Kushner que des richards ou des larbins pour qu’il ait si peu à leur dire et autant à leur demander. Où prend-il le droit de traiter l’histoire d’un grand malheur à travers des recettes de promotion immobilière et de chirurgie esthétique ? Pense-t-il sérieusement que cette paix achetée aujourd’hui au prix de la dignité tiendra encore demain ?

In english : If only Kushner knew…

Prendre acte de la défaite

Il ne s’agit pas de nier que les Palestiniens ont perdu la bataille (les Arabes, n’en parlons pas), et que le rapport de forces est incontestablement en faveur des Israéliens. Il ne s’agit pas de revenir en arrière. Il ne s’agit en aucun cas de mettre l’existence des Israéliens en danger. Il s’agit du contraire. Il s’agit de prendre acte de la défaite et de songer à l’avenir des deux peuples, israélien et palestinien – avec leurs passés et leurs traumatismes à l’esprit. Il s’agit de rapprocher leurs mémoires, de les écouter. De donner les moyens à un Israélien installé sur l’ancienne terre d’un Palestinien ou sous les arcades d’une vieille maison arabe à Jérusalem les moyens d’imaginer à quoi ressemble aujourd’hui la vie des familles de ses anciens propriétaires dans des camps de réfugiés ou même en exil à l’autre bout du monde. De donner à un Palestinien les moyens de se représenter le cauchemar que fut le génocide nazi à la veille de la création de l’État d’Israël, quand bien même les Arabes n’y sont évidemment pour rien. Il s’agit de faire le contraire de ce que fait l’ami de Kushner, l’incendiaire Benjamin Netanyahu. Il s’agit d’aider les Palestiniens à perdre et les Israéliens à donner autre chose que ce qu’ils ont pris : à comprendre que c’est à eux de dédommager les Palestiniens. Y compris sur le plan financier, selon les règles élémentaires du droit. À eux de se figurer qu’un pays tel que le Liban n’aurait pas vécu quinze ans de guerre infernale, n’était la présence de centaines de milliers de Palestiniens sur son territoire, et ne connaîtrait pas aujourd’hui la présence militaire du Hezbollah si celle-ci ne s’était constituée à partir de sa résistance contre Israël. À eux d’arrêter la colonisation. À eux de faire de la place à l’autre pour protéger la leur. Les routes et les ponts que veulent construire Kushner et son beau-père avec des maçons palestiniens, c’est dans les esprits qu’il faut d’abord les édifier, avec une autre sorte de maçons, avec des artisans de la mémoire venus des deux peuples. Ce travail de reconnaissance qui a manqué à tous les accords de paix – lesquels ont tous lamentablement échoué – est un préalable en dehors duquel tous les échafaudages israélo-américains s’effondreront.

Pas un « lobby juif », mais des lobbys « pro-israéliens »

Je m’adresse pour finir aux membres de l’organisation que Jared Kushner connaît si bien de l’intérieur : l’Aipac. Nous savons tous – notamment par les informations qui ont fuité malgré la censure – que ce lobby fonctionne à partir de quelques principes intangibles : faire apparaître l’ennemi sous son jour le plus menaçant, contrôler les récits, discréditer toute initiative qui pourrait laisser entendre que la vérité est un bien qui se partage. Je ne refuse pas de comprendre la peur, la phobie qui sous-tendent cette crispation, cette construction sans faille de l’ennemi. Mais je pose une question simple : l’Aipac a-t-il accessoirement un quelconque projet de paix ? Si oui, est-on en droit de savoir sur la base de quels renoncements/concessions réciproques ? Car, n’en déplaise à Kushner, près des trois quarts des juifs américains ne partagent ni ses vues, ni celles de Netanyahu, ni celles de l’Aipac, ni celles de leurs grands alliés du moment, les chrétiens évangéliques, qui leur assurent un soutien politique et financier considérable. Plus de 75 % des juifs aux États-Unis ont voté pour les démocrates aux élections de mi-mandat de novembre dernier. L’opinion publique arabe n’est pas toujours informée du fait qu’il n’y a pas un « lobby juif » aux États-Unis, mais des « lobbys pro-israéliens ». Elle ne prend pas la mesure des différends et des conflits de plus en plus marqués au sein de ces milieux. « Il y a près de 6,5 millions de juifs en Israël, écrit Jonathan Weizman dans le New York Times, et plus ou moins 5,7 millions de juifs en Amérique. Plus ça va, plus leurs visions du monde diffèrent de manière radicale. »

Parmi les mouvements de pression sionistes, figure J Street qui, bien ou mal, peu ou prou, cherche ouvertement, contrairement à l’Aipac, une solution de paix. Il suffit de lire la critique incendiaire qu’en fait David Weinberg, vice-président de l’Institut des études stratégiques à Jérusalem, pour se convaincre du fait que la division interne n’est plus le monopole des Arabes ou des musulmans. « J Street, écrit-il dans le Jerusalem Post, est devenu une organisation qui dépense presque tout son temps et son argent à souiller Israël, diffamer l’Aipac et d’autres organisations américaines juives, stimuler les relations États-Unis-Iran, soutenir des candidats politiques pour lesquels promouvoir la campagne BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) est un titre d’honneur. » Outre son caractère fallacieux, ce propos permet de mesurer le sentiment de panique qui gagne les rangs du lobby auquel Kushner obéit aveuglément. Que ce dernier soit convaincu de l’infériorité des Arabes, qu’il n’ait pas envie de mieux connaître leur culture, leur histoire – son âge d’or et ses interminables pages noires –, c’est son droit, mais dans ces conditions, qu’il revienne à ce qu’il sait faire : qu’il fasse des affaires, qu’il ne fasse pas la paix. Qu’il laisse à d’autres – venus des deux bords et non d’un seul – le soin de trouver un moyen politique, moral et financier de tourner la page.

Signaux de reconnaissance

Il y a fort à parier qu’à terme, la surenchère pro-israélienne de l’administration Trump aura un effet bien plus néfaste pour Israël que celui de ses pires ennemis. Quoi qu’il en soit, le champ de ruines qu’est devenu le Moyen-Orient offre au moins un avantage pour ceux qui ne sont pas dans l’arène : celui de placer désormais la solidarité humaine, si minoritaire soit-elle, au-dessus des autres, les idéologiques et les communautaires, qui ont toutes échoué. Dans cette région sinistrée où chaque pays est une blessure, il n’y a plus de chantier possible qui ne soit d’abord une réflexion sur ce qui ne marche pas. Une envie d’entendre et de faire autrement. Un désir partagé de faire reculer la haine.

En marge de la politique proprement dite, en marge du rouleau compresseur des grandes puissances et de leurs manœuvres d’intimidation, en marge des terrorismes locaux, en marge du calendrier officiel des gouvernements et des médias, en marge du cours impitoyable de l’histoire qui nous fait logiquement penser chaque matin qu’il n’y a plus rien à faire, il reste ce vaste espace invisible au sein duquel la pensée garde tous ses droits, au même titre que, dans une cellule, la vie intérieure d’un prisonnier. Une espèce de territoire hors frontières et hors murs qui voyage d’une tête à l’autre, de Bagdad au Caire, à Amman, Damas, Tel-Aviv, Gaza, Beyrouth et Jérusalem, sans plus s’inquiéter de savoir qui est chiite, qui est sunnite, qui est juif, qui est chrétien, qui est ceci ou cela. Seule la construction de cet espace mental, patiemment fait de signaux de reconnaissance, permettra peut-être un jour aux peuples de la région, israélien et palestinien compris, de n’avoir plus peur de trahir, de faillir, en renonçant à la haine. Hugo disait du passé qu’il est la clé de l’avenir. Dans cette partie du monde, il a tenu lieu de verrou, il a fermé au lieu d’ouvrir. Désormais, il n’est plus de solution possible en dehors de ce grand chantier des mémoires et des imaginaires, dont Kushner et consorts ignorent tout. Un pays, c’est aussi de l’être, il ne suffit pas d’en ravaler la façade pour en sauver la raison d’exister. Et cette âme, cette raison d’exister, l’argent aura beau gouverner le monde, il n’achètera jamais un pouce de ce pays-là.

Par Dominique EDDÉ
Romancière et essayiste. Dernier ouvrage : « Edward Said. Le roman de sa pensée » (La Fabrique, 2017).

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Le monde arabe comme vous ne l’avez jamais vu : 22.000 photos en accès libre

Actualitté – les univers du livre – Heulard Mégane – 04.07.2019

En mai dernier, la Fondation arabe pour l’image, basée à Beyrouth, a lancé une nouvelle plateforme en ligne afin de présenter sa vaste collection photographique. Depuis elle a numérisé près de 22.000 clichés provenant d’une collection physique de plus de 500.000 archives. Le bâtiment de la fondation, fermé au public depuis 2016, rouvrira également cet été.

FAI collection — Facebook Arab Image Foundation

La Fondation arabe pour l’image (AIF) a été créée en 1997 par les photographes Fouad Elkoury et Samer Mohdad et l’artiste Akram Zaatari, en réaction au manque d’archives photographiques dans la région du Moyen-Orient. Elle collecte, conserve et recherche des photographies du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et de la diaspora arabe datant du milieu du XIXe siècle à nos jours. 

La fondation se présente à la fois comme un lieu d’archivage, de création artistique, mais aussi de recherche. Elle vise à aborder ces photos à travers une pensée critique dans leur contexte historique et sociétal et à élargir la vision culturelle sur ces régions.

L’AIF souhaite préserver l’histoire et la culture arabe et la transmettre. C’est pourquoi ils ont voulu numériser les archives et les rendre accessibles au public via une plateforme en ligne. Le site fonctionne comme une immense base de données contenant les versions numériques d’archives en négatifs ou imprimées. 

Marc Mouarkech, le directeur général de la Fondation arabe pour l’image, explique : « Nous avons construit cette plateforme d’une manière qui reflète notre position aujourd’hui : plus ouverte, plus inclusive et plus collaborative. Ce site nous permettra de mettre en pratique notre nouvelle mission et nos pratiques de préservation vis-à-vis de notre communauté, de renouer avec le public après plus de deux ans d’interruption, d’ouvrir des canaux de recherche, d’initier un débat critique, de favoriser de nouvelles d’idées et d’encourager les processus de travail créatifs et collaboratifs. »

Préserver la culture du Moyen-Orient

Les images numérisées par la société Getty Conservation Institute témoignent de traditions perdues, de pratiques et d’attitudes culturelles qui depuis ont été supprimées. On peut y trouver les clichés du photographe Camille el Kareh qui était connu pour ses photographies post-mortem. 

Mais aussi ceux d’une des premières femmes photographes au Moyen-Orient, la Libanaise Marie al-Khazen. Assez avant-gardiste pour le début du XXe siècle, al-Khazen aimait capturer l’image des femmes qui avaient des passe-temps jugés « masculins », comme fumer, conduire ou chasser.

Les archives contiennent des clichés qui témoignent d’évènements ou personnages historiques. Mais aussi des images de la vie quotidienne, portrait de familles ou de célébrités, des photos prises dans les rues… Environ la moitié des photographies de la collection sont les œuvres d’amateurs.

Par la suite, la fondation espère télécharger 55.000 images numérisées, même si les problèmes de financement rendent le projet difficile.

La plateforme de la Fondation arabe pour l’image se retrouve à cette adresse.

Festival de Cannes : le Maghreb en force

Festival de Cannes : le Maghreb en force

Pas moins de cinq films de cinéastes maghrébins sont présents dans les quatre sélections cannoises. La confirmation d’un renouveau certain du 7e art dans la région.

Par notre correspondant à Tunis, Benoît DelmasPublié le 12/05/2019 à 14:21 | Le Point.fr

Avec Venise et Berlin, Cannes est un baromètre de la création cinématographique mondiale. Chaque année, les films choisis composent une photographie des lignes de forces du cinéma des cinq continents. Les quatre sélections dévoilées à la mi-avril (Compétition pour la palme d’or, Un Certain regard, la Semaine de la critique, la Quinzaine des réalisateurs) proposeront deux films marocains, deux films algériens et une œuvre tunisienne. Plus au sud, le Sénégal sera en lice pour la palme d’or avec la réalisatrice Mati Diop pour son premier film Atlantique. La dernière présence d’un film sénégalais à Cannes, pour la palme d’or, date de 1992 : Djibril Diop Mambéty y avait concouru avec Hyènes, considéré par Martin Scorsese comme une œuvre phare de l’histoire du cinéma. Le jury pour la palme d’or sera cette année présidé par le Mexicain Alejandro González Iñárritu, auteur de Babel, oscarisé pour Birdman et Le Revenant avec Leonardo DiCaprio.

Le renouveau algérien

Mounia Meddour présentera son second long-métrage, Papicha, dans la salle Debussy du Palais des Festivals. Elle intègre la sélection officielle à travers Un Certain regard. Une catégorie souvent considérée comme l’antichambre de la course à la palme d’or. Cette coproduction franco-algéro-belge sera distribuée en France par Jour2fête qui vient de sortir avec succès le J’veux du soleil du député France insoumise François Ruffin. Un peu plus loin du Palais, à un jet de cocktail du Carlton, La Semaine de la critique, dont Charles Tesson est le sélectionneur, présente des premiers et des seconds films. Amin Sidi-Boumédiène y signera Abou Leila. Tourné pour bonne part dans le Grand Sud, c’est le récit d’une chasse à l’homme terroriste par deux amis d’enfance. L’an dernier, deux films présentés dans cette sélection ont fait une très belle carrière, obtenant moult césar : le Guy d’Alex Lutz et Schéhérazade de Jean-Bernard Merlin. Aller à la Critique est l’assurance d’une forte curiosité critique et médiatique.


Le Maroc consolide

L’actrice et scénariste Maryam Touzani passe le cap de la réalisation avec succès. Le délégué-général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, a retenu Adam en sélection officielle, catégorie Un Certain regard. Elle est l’auteur de deux courts-métrages et la coscénariste et interprète de Razzia, film choral de Nabil Ayouch qui a connu un grand succès au Maroc. L’auteur de Much Loved – interdit dans son pays – est le producteur d’Adam. Le premier long-métrage d’Alaa Eddine Aljem, Le Miracle du Saint Inconnu, aura quant à lui les honneurs de la Semaine de la critique avec un synopsis prometteur. Un voleur cache son important butin sur une colline désertique. À sa sortie de prison, des années plus tard, il découvre qu’un mausolée a été construit au même endroit. Il va lui être difficile de récupérer son magot. Les deux films marocains concourent pour la Caméra d’Or qui récompense un premier film présenté dans les quatre sélections. Jim Jarmusch, Jafar Panahi ou Naomi Kawase ont obtenu ce prix prestigieux.

La Tunisie, une habituée de Cannes

Depuis plusieurs années, Cannes déroule son tapis rouge à une jeune génération de cinéastes tunisiens. La Belle et la meute de Kaouther Ben Hania en 2017, Weldi de Mohamed Ben Attia en 2018 et désormais Ala Eddine Slim en 2019 avec Tlamess. Son premier film, The Last of Us, avait frappé les esprits au Festival de Venise 2016. Il y avait obtenu le Lion du futur. Une récompense que confirme cette sélection à la Quinzaine des réalisateurs.

Yasmina Khadra en film d’animation

Pour sa part, le romancier algérien Yasmina Khadra verra l’adaptation des Hirondelles de Kaboul projeté en sélection officielle. Ce film d’animation, cosigné par Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec, suscite une forte curiosité dans le métier. Le film sortira le 4 septembre en France.

47Soul: heureux d’un printemps arabe

Photo: Victor FrankowskI/Collaboration spéciale

Les membres de 47Soul à l’ombre de la Balfron Tower, tour d’habitation londonienne qui a servi d’inspiration à leur premier album.

 

Un vent de Palestine soufflera sur Montréal dimanche à l’occasion de la visite de 47Soul, groupe engagé et inventeur de son propre style musical, le shamstep.

Sham quoi? «Sham» comme Bilad Al-Sham, région historique et culturelle du monde arabe qui regroupe grosso modo la Palestine, la Jordanie, le Liban et la Syrie.

Décrit par 47Soul comme un sous-genre du dub-step, le shamstep combine des éléments électros, rock et hip-hop à des sonorités arabes plus traditionnelles comme le dabkeh, musique qui accompagne la danse folklorique du même nom.

Les synthétiseurs côtoient donc allègrement le daf, grand tambour sur cadre, et le mijwiz, flûte à double pipe.

Un mélange heureux et très entraînant, qui leur a permis de se faire connaître sur la scène européenne et de participer à plusieurs festivals d’envergure dont Glastonbury, Womad et, dans quelques jours, South by Southwest.

«Nous ne voulons pas nous cantonner seulement à la communauté arabe. Et nous ne voulons pas être placés dans la catégorie “musique du monde”, insiste Tareq Abu Kwaik, alias El Far3i, joint à Londres. Nous voulons apporter la contribution de la jeunesse arabe à la musique mondiale, dans le son et dans la création.»

«Il existe plein de liens entre les rythmes arabes et les rythmes africains et dance. La musique arabe peut participer à la musique pop en général.»

Obstacles
Il s’agira d’un premier spectacle «officiel» pour le groupe dans la métropole. Le quatuor devait s’y produire en 2016, mais seuls deux des membres avaient alors obtenu le visa nécessaire à temps.

Une situation qui rend compte de la difficulté pour les Palestiniens à se déplacer librement, dans le monde arabe comme sur le reste de la planète.

«La culture arabe est présente dans 24 pays et en a influencé beaucoup d’autres. Le son arabe ne devrait pas être limité à un seul pays, une seule région ou aux gens qui viennent de cette communauté.» -Tareq Abu Kwaik, alias El Far3i, membre de 47Soul

Pour faciliter leur carrière musicale, les quatre hommes ont donc décidé de s’installer dans la capitale britannique.

«Nous sommes tous de descendance palestinienne, mais nous provenons d’endroits différents, nous avons des passeports différents, précise Tareq Abu Kwaik. Nous avons choisi Londres parce que c’est un haut lieu de l’industrie musicale et que nous voulions nous rassembler… légalement.»

À l’intérieur du groupe, El Far3i et El Jehaz sont des descendants de réfugiés palestiniens qui ont grandi en Jordanie, Z the People est né au sein d’une famille palestinienne aux États-Unis, alors que Walaa Sbeit possède la nationalité israélienne.

«Ça devient problématique dépendamment de la partie du territoire [palestinien] dont on provient. C’est très difficile de bouger d’un endroit à l’autre. Mais le problème s’applique aussi à plus grande échelle, entre les pays arabes, mais aussi partout dans le monde.»

«Les frontières sont quelque chose de choisi, pas quelque chose de naturel dans cette région.»

Les thèmes du territoire, des divisions et des droits de l’Homme sont d’ailleurs omniprésents dans les paroles, en arabe et en anglais, de 47Soul, dont le nom fait d’ailleurs référence à l’année qui a précédé la création de l’État d’Israël et l’occupation de la Palestine.

«Chaque terre est une terre sacrée, chaque peuple est un peuple élu», répètent-ils sur Every Land, chanson tirée de leur EP Shamstep.

Balfron Promise, leur premier microsillon sorti l’an dernier, fait référence à la Balfron Tower, tour à l’architecture brutaliste de East London où le groupe a résidé et écrit la majorité de l’album

Alors qu’il convertissait cette tour d’habitation populaire en logements de luxe, le propriétaire de l’immeuble a offert des baux temporaires à des artistes londoniens.

Les membres de 47Soul étaient donc aux premières loges pour assister à l’embourgeoisement du quartier et au déplacement des résidants plus pauvres.

Le groupe a aussi joué sur la ressemblance entre Balfron et Balfour, ministre des Affaires étrangères britannique qui, en 1917, dans une déclaration devenue célèbre, a promis la création d’un foyer national juif en Palestine, un premier pas vers la création d’Israël.

«C’est la proclamation qui a marqué le début de la division de notre terre. Nous voulions souligner les similarités entre l’occupation [israélienne] et la gentrification d’un quartier. Ça peut sembler exagéré, mais c’est ce que c’est. Des gens déplacés», soutient Tareq Abu Kwaik, percussionniste et MC du groupe.

«Bien sûr, il y a une différence entre déplacer des gens de force et en forcer d’autres à partir en montant le coût de leur loyer. Mais c’est le travail de l’artiste de mettre en parallèle les deux situations.»

Portée universelle
Les quatre musiciens ne se considèrent pas pour autant comme un groupe politisé.

«À la fin de la journée, on fait de la musique et on doit choisir des sujets sur lesquels écrire. Autant en choisir qui se rapprochent de notre réalité, affirme El Far3i. C’est notre vie. On ne fait pas ça parce qu’on a un programme à défendre en Europe ou en Amérique du Nord.»

«Je veux que les gens dansent sur notre musique, au son des rythmes arabes et des synthétiseurs. Quant aux sujets de nos chansons, nous tentons de parler de ce qui nous touche, du genre de choses qui nous arrivent. Mais il n’y a pas de buts politiques.»

Le groupe s’est d’ailleurs donné comme objectif d’élargir son public au maximum. Une opération qui repose beaucoup sur ses prestations scéniques endiablées.

«Il n’y a pas de meilleur sentiment que voir des jeunes de 16-17 ans, qui ne sont pas arabes, chanter et danser sur notre musique. La musique est plus grande que nos différences. C’est un bon point de départ pour se rencontrer.»

Retrouver l’article sur le site de METRO  

«On tue le patrimoine syrien une deuxième fois»

Archéologie / Mohamad Fakhro, ancien directeur adjoint du musée des Antiquités d’Alep, tire la sonnette d’alarme sur l’état des monuments historiques et sites syriens. Après la crise, l’urgence demeure.

 

Mohamad Fakhro, ancien directeur adjoint du musée des Antiquités d’Alep, était de passage à Lausanne mardi dernier. Rattaché à l’Université de Tübingen (DE) et de Berne, il dénonce les reconstructions intempestives et le pillage dont est victime l’héritage culturel syrien.Image: Patrick Martin

 

Mohamad Fakhro passe inaperçu dans les couloirs de Rumine, jetant çà et là un regard énigmatique sur les impeccables vitrines et colonnades du musée lausannois où il était attendu pour une conférence mardi dernier auprès des Amis du Musée cantonal d’archéologie. Réfugié depuis 2014 entre Berne et Tübingen (Allemagne) Mohamad Fakhro est pourtant un héros.

Pour sauver des collections inestimables, avec son équipe, cet ancien directeur adjoint du Musée des antiquités d’Alep a risqué sa vie pendant des semaines, dormi dans ses bureaux, vu ses collègues se faire blesser par les obus, balles et mortiers qui valsaient entre les vitrines de céramiques plusieurs fois millénaires, tandis que la ligne de front tantôt en faveur des rebelles, du régime, puis de l’État islamique (EI), ravageait un pays six fois classé par l’Unesco.

À Alep, c’était entre 2011 et 2013, après qu’une voiture piégée leur révèle l’arrivée des combats. «On a fait plusieurs erreurs, explique-t-il aujourd’hui dans un anglais dynamique. Celle de ne pas avoir de procédures d’urgence ou d’évacuation. Peut-être aussi qu’on n’a pas vu venir cette guerre. Tout le monde a vécu en paix pendant des siècles. Et un beau jour, les aqueducs romains ont servi à aller poser des bombes sous les maisons de la vieille ville.» Lui et ses collègues se comparent avec un peu d’ironie aux Monuments Men, des volontaires dépêchés au chevet du patrimoine de la vieille Europe lors du second conflit mondial. «On ne savait pas comment faire. Alors on a fait comme à Berlin ou Varsovie, et mis des sacs de sable autour des statues impossibles à bouger. Puis des cages de planches ou de ciment, difficile à trouver en pleine guerre.»

Résultat? Alors que des milliers et milliers de tablettes cunéiformes, de mosaïques uniques, des parchemins, les collections de Raqqa et de Palmyre aux mains de Daech, d’Idlep, sont probablement perdus corps et biens, 90% des objets du Musée d’Alep ont survécu, entre Damas, des dépôts et des banques. Parce que le coin est resté plus ou moins tenu par le régime. Au contraire de la vieille ville, transformée en champ de bataille.

Mohamad Fakhro revient de l’enfer, celui où on s’habitue «à pouvoir disparaître d’une seconde à l’autre». Là où un objet est plus intéressant sur eBay que dans une vitrine. Là où Khaled al-Assaad, 82 ans, directeur du site de Palmyre est décapité au milieu de ce qui reste des ruines. «Comment EI est arrivé à Palmyre, au beau milieu du désert, alors que la Syrie est tellement surveillée depuis le ciel qu’on voit bouger le moindre insecte, s’énerve, la gorge serrée, Mohamad Fakhro. Mais les désastres, on en a assez parlé. La question maintenant, c’est l’après. Il y a urgence. On est en train de tuer le patrimoine syrien une deuxième fois.»

L’archéologue a des exemples plein sa sacoche. Une demeure byzantine reconstruite en ciment, un minaret seldjoukide retaillé par ses voisins, une aile de musée rouverte par des politiciens du régime tout souriants alors que les caves sont toujours inondées… Des opérations souvent dommageables, voire irréversibles. «Il y a un mélange entre des actions de propagande, les efforts des gens, et ceux qui ont les moyens et qui en profitent, soupire le conférencier, dont la thèse en cours porte sur la reconstruction du patrimoine syrien. Le problème, c’est que la discipline est encore jeune et que les rares gens formés sont partis, comme moi.»

Il manque la génération de spécialistes, martyre elle aussi de la guerre civile. Des techniciens de musée, des conservateurs, des restaurateurs… «On se sent abandonnés par les ONG et les institutions qui fouillaient ici avant la guerre, et je le dis sans méchanceté, enchaîne-t-il. Mais presque personne ne répond. Alors qu’on a surtout besoin de compétences et de former des gens: comment restaurer des objets en bronze, comment rétablir l’éclairage… tout est à refaire.» Le Syrien souligne qu’il y a urgence et que les bâtiments déjà endommagés s’effondrent. Mais en même temps, répète que la priorité est de réfléchir et de ne pas se précipiter sur des monuments emblématiques: «Il a fallu des décennies pour reconstruire Varsovie. On y arrivera, mais la tâche est gigantesque. 70% d’Alep est détruit.»

Pillage organisé

Il marque une pause. «La tâche est gigantesque. Le pillage est hors de contrôle, quand il n’est pas organisé par des réseaux mafieux. Ils profitent du fait qu’il n’y a plus personne sur les sites. Pas d’inventaire des collections non plus, alors qu’elles ont circulé dans toute la Syrie. Vous savez, j’ai vu dans une boutique de Bâle un buste en terre cuite venant d’un site que j’avais fouillé.» Il met sa main sur sa poitrine. «Pour eux détruire c’est détruire. Un objet est un objet. Mais pour nous, ça fait mal, là.»

L’archéologue reste sceptique sur la mobilisation internationale. «Chacun travaille dans son coin, et personne ne veut travailler avec le gouvernement syrien.» En Suisse, une tentative d’atelier de formation, organisée par l’Université de Berne en Turquie, a échoué faute de visas turc et syrien.

«On s’est rendu compte qu’il y avait un vide entre les musées et les populations locales, ça a été une autre erreur. Les écoles n’ont pas été dans les musées, alors les gens ne comprennent pas aujourd’hui leur intérêt. C’est ça qui peut les pousser à piller des sites entiers, comme Doura Europos, définitivement perdu. Moi, on me dit aujourd’hui que depuis l’étranger je ferais mieux de me battre pour les enfants de Syrie plutôt que pour les pierres. Sauf que c’est ce qu’on fait. On se bat pour les enfants. Notre héritage culturel, c’est l’avenir du pays.» (TDG)

Créé: 23.02.2019, 11h05

Retrouver l’article dans la TDG