Festival de Cannes : le Maghreb en force

Festival de Cannes : le Maghreb en force

Pas moins de cinq films de cinéastes maghrébins sont présents dans les quatre sélections cannoises. La confirmation d’un renouveau certain du 7e art dans la région.

Par notre correspondant à Tunis, Benoît DelmasPublié le 12/05/2019 à 14:21 | Le Point.fr

Avec Venise et Berlin, Cannes est un baromètre de la création cinématographique mondiale. Chaque année, les films choisis composent une photographie des lignes de forces du cinéma des cinq continents. Les quatre sélections dévoilées à la mi-avril (Compétition pour la palme d’or, Un Certain regard, la Semaine de la critique, la Quinzaine des réalisateurs) proposeront deux films marocains, deux films algériens et une œuvre tunisienne. Plus au sud, le Sénégal sera en lice pour la palme d’or avec la réalisatrice Mati Diop pour son premier film Atlantique. La dernière présence d’un film sénégalais à Cannes, pour la palme d’or, date de 1992 : Djibril Diop Mambéty y avait concouru avec Hyènes, considéré par Martin Scorsese comme une œuvre phare de l’histoire du cinéma. Le jury pour la palme d’or sera cette année présidé par le Mexicain Alejandro González Iñárritu, auteur de Babel, oscarisé pour Birdman et Le Revenant avec Leonardo DiCaprio.

Le renouveau algérien

Mounia Meddour présentera son second long-métrage, Papicha, dans la salle Debussy du Palais des Festivals. Elle intègre la sélection officielle à travers Un Certain regard. Une catégorie souvent considérée comme l’antichambre de la course à la palme d’or. Cette coproduction franco-algéro-belge sera distribuée en France par Jour2fête qui vient de sortir avec succès le J’veux du soleil du député France insoumise François Ruffin. Un peu plus loin du Palais, à un jet de cocktail du Carlton, La Semaine de la critique, dont Charles Tesson est le sélectionneur, présente des premiers et des seconds films. Amin Sidi-Boumédiène y signera Abou Leila. Tourné pour bonne part dans le Grand Sud, c’est le récit d’une chasse à l’homme terroriste par deux amis d’enfance. L’an dernier, deux films présentés dans cette sélection ont fait une très belle carrière, obtenant moult césar : le Guy d’Alex Lutz et Schéhérazade de Jean-Bernard Merlin. Aller à la Critique est l’assurance d’une forte curiosité critique et médiatique.


Le Maroc consolide

L’actrice et scénariste Maryam Touzani passe le cap de la réalisation avec succès. Le délégué-général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, a retenu Adam en sélection officielle, catégorie Un Certain regard. Elle est l’auteur de deux courts-métrages et la coscénariste et interprète de Razzia, film choral de Nabil Ayouch qui a connu un grand succès au Maroc. L’auteur de Much Loved – interdit dans son pays – est le producteur d’Adam. Le premier long-métrage d’Alaa Eddine Aljem, Le Miracle du Saint Inconnu, aura quant à lui les honneurs de la Semaine de la critique avec un synopsis prometteur. Un voleur cache son important butin sur une colline désertique. À sa sortie de prison, des années plus tard, il découvre qu’un mausolée a été construit au même endroit. Il va lui être difficile de récupérer son magot. Les deux films marocains concourent pour la Caméra d’Or qui récompense un premier film présenté dans les quatre sélections. Jim Jarmusch, Jafar Panahi ou Naomi Kawase ont obtenu ce prix prestigieux.

La Tunisie, une habituée de Cannes

Depuis plusieurs années, Cannes déroule son tapis rouge à une jeune génération de cinéastes tunisiens. La Belle et la meute de Kaouther Ben Hania en 2017, Weldi de Mohamed Ben Attia en 2018 et désormais Ala Eddine Slim en 2019 avec Tlamess. Son premier film, The Last of Us, avait frappé les esprits au Festival de Venise 2016. Il y avait obtenu le Lion du futur. Une récompense que confirme cette sélection à la Quinzaine des réalisateurs.

Yasmina Khadra en film d’animation

Pour sa part, le romancier algérien Yasmina Khadra verra l’adaptation des Hirondelles de Kaboul projeté en sélection officielle. Ce film d’animation, cosigné par Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec, suscite une forte curiosité dans le métier. Le film sortira le 4 septembre en France.

47Soul: heureux d’un printemps arabe

Photo: Victor FrankowskI/Collaboration spéciale

Les membres de 47Soul à l’ombre de la Balfron Tower, tour d’habitation londonienne qui a servi d’inspiration à leur premier album.

 

Un vent de Palestine soufflera sur Montréal dimanche à l’occasion de la visite de 47Soul, groupe engagé et inventeur de son propre style musical, le shamstep.

Sham quoi? «Sham» comme Bilad Al-Sham, région historique et culturelle du monde arabe qui regroupe grosso modo la Palestine, la Jordanie, le Liban et la Syrie.

Décrit par 47Soul comme un sous-genre du dub-step, le shamstep combine des éléments électros, rock et hip-hop à des sonorités arabes plus traditionnelles comme le dabkeh, musique qui accompagne la danse folklorique du même nom.

Les synthétiseurs côtoient donc allègrement le daf, grand tambour sur cadre, et le mijwiz, flûte à double pipe.

Un mélange heureux et très entraînant, qui leur a permis de se faire connaître sur la scène européenne et de participer à plusieurs festivals d’envergure dont Glastonbury, Womad et, dans quelques jours, South by Southwest.

«Nous ne voulons pas nous cantonner seulement à la communauté arabe. Et nous ne voulons pas être placés dans la catégorie “musique du monde”, insiste Tareq Abu Kwaik, alias El Far3i, joint à Londres. Nous voulons apporter la contribution de la jeunesse arabe à la musique mondiale, dans le son et dans la création.»

«Il existe plein de liens entre les rythmes arabes et les rythmes africains et dance. La musique arabe peut participer à la musique pop en général.»

Obstacles
Il s’agira d’un premier spectacle «officiel» pour le groupe dans la métropole. Le quatuor devait s’y produire en 2016, mais seuls deux des membres avaient alors obtenu le visa nécessaire à temps.

Une situation qui rend compte de la difficulté pour les Palestiniens à se déplacer librement, dans le monde arabe comme sur le reste de la planète.

«La culture arabe est présente dans 24 pays et en a influencé beaucoup d’autres. Le son arabe ne devrait pas être limité à un seul pays, une seule région ou aux gens qui viennent de cette communauté.» -Tareq Abu Kwaik, alias El Far3i, membre de 47Soul

Pour faciliter leur carrière musicale, les quatre hommes ont donc décidé de s’installer dans la capitale britannique.

«Nous sommes tous de descendance palestinienne, mais nous provenons d’endroits différents, nous avons des passeports différents, précise Tareq Abu Kwaik. Nous avons choisi Londres parce que c’est un haut lieu de l’industrie musicale et que nous voulions nous rassembler… légalement.»

À l’intérieur du groupe, El Far3i et El Jehaz sont des descendants de réfugiés palestiniens qui ont grandi en Jordanie, Z the People est né au sein d’une famille palestinienne aux États-Unis, alors que Walaa Sbeit possède la nationalité israélienne.

«Ça devient problématique dépendamment de la partie du territoire [palestinien] dont on provient. C’est très difficile de bouger d’un endroit à l’autre. Mais le problème s’applique aussi à plus grande échelle, entre les pays arabes, mais aussi partout dans le monde.»

«Les frontières sont quelque chose de choisi, pas quelque chose de naturel dans cette région.»

Les thèmes du territoire, des divisions et des droits de l’Homme sont d’ailleurs omniprésents dans les paroles, en arabe et en anglais, de 47Soul, dont le nom fait d’ailleurs référence à l’année qui a précédé la création de l’État d’Israël et l’occupation de la Palestine.

«Chaque terre est une terre sacrée, chaque peuple est un peuple élu», répètent-ils sur Every Land, chanson tirée de leur EP Shamstep.

Balfron Promise, leur premier microsillon sorti l’an dernier, fait référence à la Balfron Tower, tour à l’architecture brutaliste de East London où le groupe a résidé et écrit la majorité de l’album

Alors qu’il convertissait cette tour d’habitation populaire en logements de luxe, le propriétaire de l’immeuble a offert des baux temporaires à des artistes londoniens.

Les membres de 47Soul étaient donc aux premières loges pour assister à l’embourgeoisement du quartier et au déplacement des résidants plus pauvres.

Le groupe a aussi joué sur la ressemblance entre Balfron et Balfour, ministre des Affaires étrangères britannique qui, en 1917, dans une déclaration devenue célèbre, a promis la création d’un foyer national juif en Palestine, un premier pas vers la création d’Israël.

«C’est la proclamation qui a marqué le début de la division de notre terre. Nous voulions souligner les similarités entre l’occupation [israélienne] et la gentrification d’un quartier. Ça peut sembler exagéré, mais c’est ce que c’est. Des gens déplacés», soutient Tareq Abu Kwaik, percussionniste et MC du groupe.

«Bien sûr, il y a une différence entre déplacer des gens de force et en forcer d’autres à partir en montant le coût de leur loyer. Mais c’est le travail de l’artiste de mettre en parallèle les deux situations.»

Portée universelle
Les quatre musiciens ne se considèrent pas pour autant comme un groupe politisé.

«À la fin de la journée, on fait de la musique et on doit choisir des sujets sur lesquels écrire. Autant en choisir qui se rapprochent de notre réalité, affirme El Far3i. C’est notre vie. On ne fait pas ça parce qu’on a un programme à défendre en Europe ou en Amérique du Nord.»

«Je veux que les gens dansent sur notre musique, au son des rythmes arabes et des synthétiseurs. Quant aux sujets de nos chansons, nous tentons de parler de ce qui nous touche, du genre de choses qui nous arrivent. Mais il n’y a pas de buts politiques.»

Le groupe s’est d’ailleurs donné comme objectif d’élargir son public au maximum. Une opération qui repose beaucoup sur ses prestations scéniques endiablées.

«Il n’y a pas de meilleur sentiment que voir des jeunes de 16-17 ans, qui ne sont pas arabes, chanter et danser sur notre musique. La musique est plus grande que nos différences. C’est un bon point de départ pour se rencontrer.»

Retrouver l’article sur le site de METRO  

«On tue le patrimoine syrien une deuxième fois»

Archéologie / Mohamad Fakhro, ancien directeur adjoint du musée des Antiquités d’Alep, tire la sonnette d’alarme sur l’état des monuments historiques et sites syriens. Après la crise, l’urgence demeure.

 

Mohamad Fakhro, ancien directeur adjoint du musée des Antiquités d’Alep, était de passage à Lausanne mardi dernier. Rattaché à l’Université de Tübingen (DE) et de Berne, il dénonce les reconstructions intempestives et le pillage dont est victime l’héritage culturel syrien.Image: Patrick Martin

 

Mohamad Fakhro passe inaperçu dans les couloirs de Rumine, jetant çà et là un regard énigmatique sur les impeccables vitrines et colonnades du musée lausannois où il était attendu pour une conférence mardi dernier auprès des Amis du Musée cantonal d’archéologie. Réfugié depuis 2014 entre Berne et Tübingen (Allemagne) Mohamad Fakhro est pourtant un héros.

Pour sauver des collections inestimables, avec son équipe, cet ancien directeur adjoint du Musée des antiquités d’Alep a risqué sa vie pendant des semaines, dormi dans ses bureaux, vu ses collègues se faire blesser par les obus, balles et mortiers qui valsaient entre les vitrines de céramiques plusieurs fois millénaires, tandis que la ligne de front tantôt en faveur des rebelles, du régime, puis de l’État islamique (EI), ravageait un pays six fois classé par l’Unesco.

À Alep, c’était entre 2011 et 2013, après qu’une voiture piégée leur révèle l’arrivée des combats. «On a fait plusieurs erreurs, explique-t-il aujourd’hui dans un anglais dynamique. Celle de ne pas avoir de procédures d’urgence ou d’évacuation. Peut-être aussi qu’on n’a pas vu venir cette guerre. Tout le monde a vécu en paix pendant des siècles. Et un beau jour, les aqueducs romains ont servi à aller poser des bombes sous les maisons de la vieille ville.» Lui et ses collègues se comparent avec un peu d’ironie aux Monuments Men, des volontaires dépêchés au chevet du patrimoine de la vieille Europe lors du second conflit mondial. «On ne savait pas comment faire. Alors on a fait comme à Berlin ou Varsovie, et mis des sacs de sable autour des statues impossibles à bouger. Puis des cages de planches ou de ciment, difficile à trouver en pleine guerre.»

Résultat? Alors que des milliers et milliers de tablettes cunéiformes, de mosaïques uniques, des parchemins, les collections de Raqqa et de Palmyre aux mains de Daech, d’Idlep, sont probablement perdus corps et biens, 90% des objets du Musée d’Alep ont survécu, entre Damas, des dépôts et des banques. Parce que le coin est resté plus ou moins tenu par le régime. Au contraire de la vieille ville, transformée en champ de bataille.

Mohamad Fakhro revient de l’enfer, celui où on s’habitue «à pouvoir disparaître d’une seconde à l’autre». Là où un objet est plus intéressant sur eBay que dans une vitrine. Là où Khaled al-Assaad, 82 ans, directeur du site de Palmyre est décapité au milieu de ce qui reste des ruines. «Comment EI est arrivé à Palmyre, au beau milieu du désert, alors que la Syrie est tellement surveillée depuis le ciel qu’on voit bouger le moindre insecte, s’énerve, la gorge serrée, Mohamad Fakhro. Mais les désastres, on en a assez parlé. La question maintenant, c’est l’après. Il y a urgence. On est en train de tuer le patrimoine syrien une deuxième fois.»

L’archéologue a des exemples plein sa sacoche. Une demeure byzantine reconstruite en ciment, un minaret seldjoukide retaillé par ses voisins, une aile de musée rouverte par des politiciens du régime tout souriants alors que les caves sont toujours inondées… Des opérations souvent dommageables, voire irréversibles. «Il y a un mélange entre des actions de propagande, les efforts des gens, et ceux qui ont les moyens et qui en profitent, soupire le conférencier, dont la thèse en cours porte sur la reconstruction du patrimoine syrien. Le problème, c’est que la discipline est encore jeune et que les rares gens formés sont partis, comme moi.»

Il manque la génération de spécialistes, martyre elle aussi de la guerre civile. Des techniciens de musée, des conservateurs, des restaurateurs… «On se sent abandonnés par les ONG et les institutions qui fouillaient ici avant la guerre, et je le dis sans méchanceté, enchaîne-t-il. Mais presque personne ne répond. Alors qu’on a surtout besoin de compétences et de former des gens: comment restaurer des objets en bronze, comment rétablir l’éclairage… tout est à refaire.» Le Syrien souligne qu’il y a urgence et que les bâtiments déjà endommagés s’effondrent. Mais en même temps, répète que la priorité est de réfléchir et de ne pas se précipiter sur des monuments emblématiques: «Il a fallu des décennies pour reconstruire Varsovie. On y arrivera, mais la tâche est gigantesque. 70% d’Alep est détruit.»

Pillage organisé

Il marque une pause. «La tâche est gigantesque. Le pillage est hors de contrôle, quand il n’est pas organisé par des réseaux mafieux. Ils profitent du fait qu’il n’y a plus personne sur les sites. Pas d’inventaire des collections non plus, alors qu’elles ont circulé dans toute la Syrie. Vous savez, j’ai vu dans une boutique de Bâle un buste en terre cuite venant d’un site que j’avais fouillé.» Il met sa main sur sa poitrine. «Pour eux détruire c’est détruire. Un objet est un objet. Mais pour nous, ça fait mal, là.»

L’archéologue reste sceptique sur la mobilisation internationale. «Chacun travaille dans son coin, et personne ne veut travailler avec le gouvernement syrien.» En Suisse, une tentative d’atelier de formation, organisée par l’Université de Berne en Turquie, a échoué faute de visas turc et syrien.

«On s’est rendu compte qu’il y avait un vide entre les musées et les populations locales, ça a été une autre erreur. Les écoles n’ont pas été dans les musées, alors les gens ne comprennent pas aujourd’hui leur intérêt. C’est ça qui peut les pousser à piller des sites entiers, comme Doura Europos, définitivement perdu. Moi, on me dit aujourd’hui que depuis l’étranger je ferais mieux de me battre pour les enfants de Syrie plutôt que pour les pierres. Sauf que c’est ce qu’on fait. On se bat pour les enfants. Notre héritage culturel, c’est l’avenir du pays.» (TDG)

Créé: 23.02.2019, 11h05

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Leïla Slimani, Présidente du Jury documentaire

Leïla Slimani, Présidente du Jury documentaire

L’écrivaine lauréate du Prix Goncourt 2016 participera au FIFDH 2019 en tant que Présidente du Jury documentaire.

Romancière franco-marocaine née en 1981, Leïla Slimani est lauréate du prix Goncourt 2016 avec son deuxième roman « Chanson douce » (éditions Gallimard), traduit en 44 langues, qui l’a hissée au rang « d’auteur francophone le plus lu dans le monde ».

Écrivaine virtuose, féministe et profondément engagée, sa plume acérée suscite des débats passionnés à travers le monde sur la condition féminine et les inégalités sociales. Leïla Slimani est également la représentante personnelle d’Emmanuel Macron pour la francophonie, ce qui ne l’a pas empêchée d’interpeller publiquement le Président de la République en novembre dernier en soutien aux personnes migrantes et sans papiers.

Elle présidera le Jury documentaires de création et participera à l’initiative de la Société de Lecture à une rencontre avec le public du Festival le mardi 12 mars à 12h. Rendez-vous le 14 février pour découvrir l’intégralité du programme du FIFDH 2019.

 

La première sélection du Prix international du roman arabe 2019

Le jury du prix international du Roman arabe a révélé sa première sélection, composée de 16 titres.

Seize ouvrages ont été retenus, lundi 7 janvier, pour figurer dans la première sélection du prix international du Roman arabe 2019. La liste comprend 7 femmes et 9 hommes, choisis parmi 134 auteurs publiés en langue arabe entre juillet 2017 et juin 2018.

La deuxième sélection annonçant les six finalistes de cette 12e édition sera dévoilée le 5 février, avant la remise du prix qui se tiendra le 23 avril, à la veille de l’ouverture de la Foire internationale du livre d’Abu Dhabi (du 24 au 30 avril). Le lauréat succédera à Ibrahim Nasrallah, récompensé en 2018 pour The second war of dogs et recevra 50000 dollars (43700 euros), ainsi qu’un soutien pour la traduction de son ouvrage en anglais. Les finalistes toucheront quant à eux la somme de 10000 dollars (8700 euros).

Six auteurs ont déjà figuré dans les sélections des précédentes éditions, dont plusieurs sont édités en France : l’Irakienne Inaam Kachachi chez Gallimard, l’Algérien Waciny Laredj chez Sindbad et L’Harmattan, la Libanaise Hoda Barakat, chez Actes Sud et sa concitoyenne May Menassa chez Encre d’Orient et Erick Bonnier. Parmi les autres romanciers sélectionnés pour la première fois et déjà parus dans l’Hexagone se trouvent Mohamed Abi Samra (Sindbad) et Habib Sayah (Casbah).

Les 16 titres sélectionnés pour le Prix international du roman arabe 2019 :

  • Women without trace de Mohammed Abi Samra (Liban), Riyad al-Rayyes
  • Voyage of the cranes in the cities de Omaina Abdullah Al-Kamis (Arabie saoudite), Dar Al Saqi
  • The night mail de Hoda Barakat (Liban), Dar al-Adab
  • Women of the five senses de Jalal Bargas (Jordanie), Arabic Institute for Research and Publishing
  • The commandments d’Adel Esmat (Egypte), Kotob Khan
  • Mohammed’s brothers de Maysalun Hadi (Irak), Dar al-Dhakira
  • Black Foam de Huji Jaber (Erythrée), Dar Tanweer
  • The outcast d’Inaam Kachachi (Irak), Dar al-Jadid
  • May – The nights of Isis Copia de Waciny Laredj (Algérie), Dar al-Adab
  • What sin caused her to die? de Mohammed Al- Maazuz (Maroc), Cultural Book Centre
  • I killed my mother in order to live de May Menassa (Liban), Riyad al-Rayyes
  • Western Mediterranean de Mbarek Rabi (Maroc), Arabic Institute for Research and Publishing
  • Me and Haim de Habib Sayah (Algérie), Dar Mim
  • Summer with the enemy de Shahla Ujayli (Syrie), Difaf Publishing
  • The mexican wife de Iman Yehia (Egypte), Dar al-Shorouk
  • Cold white sun de Kafa Al-Zou’bi (Jordanie), Dar al-Adab

Plusieurs lauréats traduits en français

Créé en 2008, le prix international du Roman arabe vise à étendre le rayonnement de la littérature  arabe. Il est financé par le département de la culture et du tourisme d’Abu Dhabi et bénéficie du soutien de la Booker Prize Foundation sise à Londres. Son jury est dirigé par le critique littéraire marocain Charafdin Majdolin.

Parmi les titres lauréats des dix dernières années, cinq ont été traduits en français: Oasis du couchant de l’Egyptien Bahaa Taher (Gallimard, 2011, traduit par Simon Corthay et Charlotte Woillez); La Malédiction d’Azazel de l’Egyptien Youssef Ziedan (Albin Michel, 2014, traduit par Khaled Osman); Le Collier de la colombe du Saoudien Raja Alem (Stock, 2011, traduit par Khaled en collaboration avec Ola Mehanna); Les Druzes de Belgrade du Libanais Rabee Jaber (Gallimard, 2015, traduit par Simon Corthay et Charlotte Woillez) et Frankenstein à Bagdad de l’Irakien Ahmed Saadawi (Piranha, 2016, traduit par France Meyer).

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AUX SOURCES DE LA CULTURE ARABE ÉCRITE – Séminaire vidéo par Houari Touati, Directeur d’études à l’EHESS

Séminaire dispensé par Houari Touati, Directeur d’études à l’EHESS.

Voir la vidéo sur le site Canal U

Lumière sur le Moyen Âge (3/4) Le rayonnement d’Averroès

SAVOIRS
LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth et Anastasia Colosimo

Averroès est un penseur arabe andalou du XIIème siècle héritier de la philosophie latine et dont l’influence est grande au Moyen Âge malgré des critiques de son temps et plus tard. Qu’a-t-il transmis dans l’histoire philosophique ?

 

Emission présentée par Anastasia Colosimo

Ibn Rochd de Cordoue est connu en Occident sous son nom latinisé d’Averroès.
Né à Cordoue en Espagne en 1126, il est initié très tôt par son père à la jurisprudence et à la théologie. Par la suite, il étudie la philosophie, la médecine, l’astrologie, la physique et les mathématiques.
Il consacre sa vie et son oeuvre à celle du philosophe grec Aristote. La pensée qu’il construit entraîne des débats houleux au sein du monde chrétien, il trouve autant de disciples que de fervents opposants.
Qui était-il et quelle est donc la portée de sa pensée dans l’histoire de la philosophie ?

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Riad Sattouf s’anime de partout

Série et roman graphiqueLe dessinateur adapte «Les carnets d’Esther» en série, sort «L’Arabe du futur» et s’offre une expo.

Par Cécile Lecoultre  

À l’écran, Esther gambade dans l’insouciance de ses 9 ans. Riad Sattouf, inspiré depuis 2016 par une authentique petite Parisienne, adapte ses «Carnets» en pastilles animées de 3 minutes. Enchantement. En librairie, le dessinateur sort «L’Arabe du futur», autre évocation, plus dure celle-là. Car au tome 4, Riad, les hormones bouillonnantes sous sa «coupe de Tone Crouze», lâche le secret. Dans le décor balisé entre Bretagne et Syrie, l’ado qui croyait tout savoir des zizis et des bébés, tombe sur des tabous inédits. Ainsi de son père qui a sombré dans le radicalisme et veut l’exporter. Par rapport aux racines du garçon, le paternel d’Esther, «mélanchoniste adoré», ou sa mère «relou», semble soudain des perturbateurs fort légers. Esther, Riad, deux paysages, deux enfances qui cernent le créateur Sattouf.

Dans «L’Arabe du futur 4», le couple parental explose, tandis que les aïeux aux idées arriérées tirent à boulets rouges sur la paix des foyers. Sans oublier les insultes à l’école. «Oh, moi, j’essaie de ne pas trop intellectualiser ce que je fais», confie l’auteur. «Et de ne pas trop l’analyser non plus, j’ai peur qu’une fois démonté, le mécanisme ne fonctionne plus! J’ai gardé des souvenirs vifs et précis des années d’enfance.» Sans arborer de traumatisme en bandoulière, Riad décortique le racisme rampant, l’antisémitisme cramponné, le sexisme beauf. Et tamponne les écorchures de l’âme à l’humour noir.

Esther, vers qui il revient chaque semaine, lui écarquille le regard. «J’ai prévu un album par an jusqu’à ses 18 ans. On n’est plus légalement un enfant, à 18 ans, et cela me semblait être une bonne date pour arrêter là le projet!» D’ici là, Sattouf s’instruit. «J’aime beaucoup en apprendre sur les enfants d’aujourd’hui et voir ce que cela peut dire du futur, de la société en devenir. J’aime observer comment se transmettent les valeurs morales entre les générations.» L’adaptation de la série l’a ramené au premier tome, au plus dense du parfum d’innocence. «Pas de réinterprétations, de changements…»

Miracle aussi pharamineux que l’identité de l’Italienne Elena Ferrante, la jeune fille conserve un parfait anonymat. «Je modifie les noms, je la cache dans le réel!» Par contre, le Riad de «L’Arabe du futur» ne laisse aucun doute quant à sa personne. «J’essaie d’être le plus honnête et sincère avec mes souvenirs. J’essaie de faire les livres les plus lisibles par des gens qui ne lisent pas de BD habituellement. Je n’aime rien de plus que quand une mamy vient me dire qu’elle a lu deux BD dans sa vie: «Bécassine» et «L’Arabe du futur !»

Sattouf l’affirme, sa suite autobiographique se bouclera au 5e volume. Comme pour solder la question de l’ego entre la fiction et la réalité, entre le fils et le père. «Comment se tenir à la bonne distance? Dur à dire. J’ai centré le livre sur l’observation du père afin d’échapper aux risques de l’autobiographie! Ennui, égocentrisme… J’envisage «L’Arabe du futur» comme un récit de voyage sur une autre planète plutôt.» Pourtant, son travail, loin d’un exotisme de pacotille, pousse dans l’arène politique.

«Car tout livre est politique! Bien sûr! Mais moi, j’ai horreur des livres idéologiques, qui nous expliquent ce qu’il faut penser, qui simplifient le réel… ma vie n’est ni de gauche ni de droite, et j’aime que mes lecteurs se fassent leur avis seuls. Rien ne m’insupporte plus que les BD d’extrême gauche ou les pamphlets d’extrême droite… comme si les auteurs cherchaient eux-mêmes à se convaincre de leur vérité, c’est très gênant.» Lui abhorre encore être défini par ses origines. «J’essaie d’avoir une vision humaniste, de regarder le monde à travers le prisme de l’égalité femmes/hommes. C’est ma longue-vue!»

À 40 ans, Sattouf sera exposé en novembre à la Bibliothèque Centre Pompidou à Paris, après Claire Bretécher ou Art Spiegelman. Une consécration? Nuance. «En général j’ai toujours refusé ces propositions d’expo, car je suis horriblement complexé par mes dessins!» Au-delà de l’ironie, «L’écriture retrouvée» consacrera aussi une vocation. «Je pense tout le temps bande dessinée. Quand je suis anxieux, j’en lis, j’essaie d’imaginer ce que ferait tel ou tel auteur que j’aime à ma place… c’est ma religion!»

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Yazan Halwani : le nouveau Banksy sillonne les rues de Beyrouth

Depuis qu’il est adolescent, Yazan Halwani graffe dans les rues de Beyrouth. Ses fresques d’intellectuels, d’artistes ou de personnalités du quartier invitent les Libanais à se réfléchir. Artiste citoyen et révolté, il tente par son travail de créer une identité culturelle fédératrice dans une ville fragmentée. Mais, quelles sont les difficultés rencontrées par un artiste au Moyen-Orient ? Rencontre avec un jeune peintre amoureux de son pays dans son atelier de Beyrouth.

Yazan Halwani n’a que 25 ans et pourtant il a déjà des millions d’histoires à raconter. Assis dans son spacieux atelier encombré de ses toiles d’Ahed Tamimi et de réfugiés économiques sur le tarmac d’un aéroport, l’artiste libanais connu pour ses fresques de personnalités arabes dans les rues de Beyrouth raconte avec un visage rieur ses déboires du début :

Alors que je peignais le visage de Samir Kassir [journaliste et historien franco-libanais tué dans un attentat à la voiture piégée en 2005], les services secrets sont venus à ma rencontre pour me demander ce que je peignais. Je leur ai répondu que ce n’était que des carreaux bleus…, se rappelle-t-il avec un brin de maliceIls sont revenus à la charge quelques minutes plus tard en me disant : On a un problème. De près ce sont des carreaux bleus mais quand on s’éloigne on voit Samir Kassir”. ” S’ensuivent quatre heures d’interrogatoire à l’issue desquelles les services secrets le relâche : “A la fin, ils m’ont même demandé si je pouvais repeindre leur moto. Heureusement car à l’époque j’avais 17 ans et je ne voyais pas dire à ma mère que j’allais finir au poste”

Eternal Morning. (Hamra Beyrouth 2015 / Yazan Halwani)

Engagé contre le sectarisme de la société libanaise certes, mais ce jeune Beyrouthin ne veut pas prendre de risques inutiles : “C’est beau de faire des œuvres dénonciatrices mais si tu es mort, tu ne pourras pas en faire d’autre” lâche-t-il avec pragmatisme.

“Qu’est-ce qu’être Libanais ?”

Obsédé par les questions identitaires, Yazan Halwani transcende les carcans confessionnels en peignant dans les rues de la capitale des icônes de la culture libanaise comme la chanteuse Fayrouz, le poète Gibran Khalil Gibran ou encore May et Tarek, couple d’adolescents chrétien et musulman du film West Beirutqu’il a représenté sur un bâtiment de l’ancienne Ligne verte (séparation entre le Beyrouth-Est chrétien et le Beyrouth Ouest musulman pendant la guerre civile.)

Fayrouz ( Beyrouth/ Yazan Halwani)

C’est par ces fresques mêlant calligraphie arabe et géométrie orientale qu’il revendique une identité culturelle dénuée de religiosité. Pour cet enfant de Beyrouth, la ville est toujours fragmentée et les Libanais se reconnaissent plus volontiers par leur confession que par leur nationalité : “C’est très compliqué de dénoncer ça explicitement par des œuvres publiques. On ne peut pas être Banksy au Liban. Bien qu’on dise qu’on est dans un pays démocratique, un journaliste a été récemment condamné à 4 mois de prison pour avoir critiqué un membre du gouvernement sur Twitter… C’est pourquoi je préfère plutôt mettre en avant une identité culturelle qui dépasse ce sectarisme confessionnel.”

Le portrait solaire de Sabah en est un bon exemple. Cette fresque de la chanteuse et actrice libanaise connue pour son emblématique Allo Beyrouthet pour s’être mariée sept fois, irradie la rue d’Hamra ; réconciliant les jeunes Beyrouthins des boîtes nuits avides de liberté et les vieilles générations nostalgiques de l’âge d’or du quartier. Dans les années 60-70, Hamra était le cœur culturel de la capitale avec ses cafés fréquentés par des intellectuels et ses cinémas. Désormais, la rue est striée de grandes chaînes de prêt-à-porter et de restauration.

Le portrait de Sabah. Eternal Morning ( Hamra Beyrouth 2015 / Yazan Halwani)

Les habitants du quartier associent Sabah à l’époque où la culture était importante. Mais c’est aussi une figure très controversée dans une société conservatrice, explique l’artiste. Les gens la critiquent en public pour ses mœurs légères tout en continuant de l’aimer pour son travail. C’est très symptomatique des sociétés du monde arabe où les gens veulent se montrer très religieux alors qu’en privé, ils sont beaucoup plus laxistes. C’est encore à cause du sectarisme… “

Contre le pouvoir en place

Quand on discute un moment avec Yazan Halwani, on se rend vite compte que le mot “sectarisme” lui sert quasiment de ponctuation. Un fléau cultivé, selon lui, par les politicien.ne.s en place. Car, en refusant, par exemple, de légaliser le mariage civil, le gouvernement renforcerait les identités religieuses.

Le couple de West Beirut. Immeuble Noueri. ( Sodeco Beyrouth 2017 / Yazan Halwani)

Le couple de West Beirut peint sur l’ancienne ligne de démarcation remue ainsi les cendres : 28 ans après la guerre civile, un jeune musulman et une jeune chrétienne ne peuvent toujours pas se marier. “Pour les Libanais, ce n’est pas choquant de voir des couples inter-religieux affirme-t-il, mais les institutions religieuses et les hommes politiques sont contre le mariage mixte. Le gouvernement a peur que le système politique fondé sur le sectarisme s’étiole. S’il autorise le mariage civil, les gens n’auront plus d’identité politique sunnite, chiite, maronite etc…”

Le système politique libanais repose depuis son indépendance sur le “confessionnalisme”, qui répartit les postes clefs de l’Etat entre les différentes communautés religieuses (ce pays de 10 452 m² reconnaît officiellement 18 religions.) En 1989, l’accord de Taëf met officiellement fin à 15 ans de guerre civile en renforçant notamment la parité entre musulmans et chrétiens mais conserve le système selon lequel le président de la République doit être chrétien maronite, le premier ministre sunnite et le président de l’Assemblée chiite.

D’après l’artiste, le gouvernement ne cesse d’agiter le fantôme de la guerre civile pour justifier son inertie : “Comment croire que des membres du gouvernement qui ont tué des gens à cause de leur religion durant cette guerre peuvent construire un véritable état démocratique ? dénonce-t-il avec virulenceLe problème, c’est que les Libanais ont oublié qui étaient ces personnes…”

Comme son art, Yazan Halwani a trouvé son identité dans la rue

Mais d’où tire Yazan Halwani cette indignation à toute épreuve ? Né en 1993 à l’ouest de Beyrouth, c’est dès l’âge de 14 ans qu’il commence à graffer, inspiré par la culture urbaine occidentale. IAM et Fonky Family dans ses écouteurs, il pose son blaze un peu partout dans la capitale. “A l’époque, je pensais que c’était cool et que j’étais un peu un gangster confie-t-il derrière ses lunettes ovales, et puis vers 18 ans j’ai commencé à avoir une véritable conscience politique et une réflexion artistique plus profonde.”

Yazan en grosse lettres latines, prénom jordanien peu commun au Liban, laisse peu à peu sa place à de grandes fresques calligraphiées et sans signature : “Ici, ça n’a pas de sens d’utiliser les codes du graff’ occidental. Et puis le street-art inspiré d’une culture du vandalisme est né dans un système politique et culturelle totalement différent. Au Liban, on joue dans une autre cour.”  Ce jeune artiste aime dire que s’il y a bien des vandales dans son pays, ce ne sont d’ailleurs pas les graffeurs… : “Si tu veux faire du vandalisme au Liban, ce n’est pas en taguant un mur mais en faisant de la politique !”

L’Arbre de Mémoire ( Beyrouth 2018/ Tamara Saade)

S’éloignant peu à peu de la scène street-art, Yazan Halwani se présente désormais comme un artiste contemporain spécialisé dans l’espace public. Surtout au regard de sa dernière oeuvre : “L’Arbre de la mémoire“. Cette sculpture, placée au centre de la capitale en juillet dernier, est le premier monument aux morts en hommage aux victimes de la grande famine du Liban (1915-1918). Il est donc loin l’adolescent qui écrivait naïvement son nom dans les rues de la ville : “Se placer dans la rue, c’est ce que faisaient les partis politiques pendant la guerre civile. Et c’est ce qu’ils font encore maintenant en mettant partout leurs affiches… déplore-t-il, Beyrouth a déjà ses rois.”

Donner sa place à une culture absente

Entre les drapeaux des partis politiques, les visages pixelisés des hommes au pouvoir et les panneaux publicitaires XXL, Yazan Halwani tente de donner sa place à une culture absente. S’intéressant à la vie de quartier, il peint ceux qui lui donnent sa singularité à l’instar d’Ali Abdallah, un sans-abri mort de froid. Sa présence sur les trottoirs de Beyrouth avait donné naissance à de nombreuses légendes urbaines, pourtant personne ne lui a porté secours…

Ces personnages du quotidien, le jeune l’artiste leur fait aussi traverser les frontières. Dans une Allemagne en plein débat sur la crise migratoire, il représente sur un immeuble de Dortmund un jeune vendeur de rue syrien : “Ce vendeur de fleurs de dix ans, tout le monde le connaissait dans le quartier. Il était charmant. Quand il est mort pendant la guerre en Syrie, les gens ont ressenti son absence” se souvient-il.

Le vendeur de fleurs ( Dortmund, Allemagne / Yazan Halwani)

Ce lien que Yazan Halwani cultive avec les habitants et la culture populaire lui permet de travailler avec plus de sérénité : “Quand je veux réaliser une fresque sur un immeuble à Beyrouth, je demande la permission au propriétaire car je n’aime pas peindre sans l’autorisation des gens qui vivent là précise-t-il. Si les gens apprécient ce que tu fais, ils vont t’aider. Ils payent l’électricité pour que tu puisses travailler la nuit. Et puis, ils aiment l’œuvre, ils la protègent et la maintiennent en vie.”

Preuve en est que lorsque la fresque de Gibran Khalil Gibran est recouverte par des affiches politiques en pleine période électorale, de nombreuses personnes publient des photos et réagissent sur les réseaux sociaux. Les posters sont retirés mais laissent l’oeuvre quelque peu détériorée : “Les œuvres d’art publiques sont temporaires et sont exposées à une éventuelle détérioration, surtout de la part de partis politiques qui cherchent à s’accaparer l’expression urbaine. Je ne vais pas restaurer cette œuvre mais j’apprécie les efforts entrepris par Nadim Gemayel qui ont abouti au retrait des affiches, et j’espère qu’il soutiendra la culture publique en dehors de la période électorale” réagit l’artiste sur Facebook en avril dernier.

Fier de cet anecdote, Yazan Halwani est maintenant persuadé qu’une partie des Libanais se retrouve dans son travail : “J’ai été très étonné de voir que les gens protégeaient à ce point-là l’art public, dit-il enthousiaste. S’il y avait simplement écrit Fuck Sectarism sur le mur, personne ne l’aurait défendu. Cette fresque de Gibran Khalil Gibran sur un billet de 100 milles livres critique la non-promotion de la culture par le gouvernement. Qu’elle soit saccagée par des posters politiques, ça a agacé les gens.”

Parlons business

Si cette notoriété lui permet de peindre aux quatre coins du monde : Etats-Unis, France, Tunisie, Jordanie etc ; elle attire également de nombreux mécènes et sponsors : “Je travaille uniquement avec des partenaires qui me soutiennent financièrement sans me demander de contrepartie publicitaire. ” assure-t-il.

The Plastic Mannequin and the hybrid folklore dress ( Ammam, Jordanie / Yazan Halwani)

Yazan Halwani ne cache pas avoir déjà été sponsorisé par une banque, un magasin de peinture ou l’Institut Français. Mais son ancien poste d’ingénieur télécom lui permet de subvenir à ses besoins sans tomber dans un art commercial. Quand on lui parle de street-artistes beyrouthins qui collaborent avec des agences de pub, celui-ci ne veut pas pour autant les blâmer : ” En principe tout artiste doit pouvoir vivre de son art. Certes, il ne faut pas que le business prime sur le concept artistique. Mais ces street-artistes sont aussi victimes d’une absence de subvention de la culture.”

Pour sa part, il va lui-même quitter son travail d’ingénieur pour commencer à la rentrée un Master de Business à l’Université d’Harvard. Surprenant pour un artiste mais pour lui ” it makes sense” : “Ce n’est pas nécessairement du business, rassure-t-il, c’est du management, de la création de projet etc…”

Passionné par les enjeux politiques et culturels, il a choisi de reprendre ses études face à l’impuissance que lui conférait un simple statut d’artiste : “Quand tu peins, tu dépends des structures au pouvoir et quand tu n’aimes pas les gens.. tu es dans la merde. Et puis ça m’intéresse de pouvoir penser au long terme ce que devrait être ces institutions.”

The difficulty of the inevitability of leaving things behind ( Mannheim, Allemagne 2017/ Yazan Halwani)

Faire un Master de Business, pour être plus indépendant et faire bouger les lignes dans son pays ? On a envie d’y croire. En attendant, Yazan Halwani s’envole pour les deux prochaines années de son Liban natal. Dans l’éloignement, il assure qu’il sera d’autant plus proche de son pays : “Émigrer, c’est vivre comme une grande majorité des Libanais. Etre nomade fait partie de notre culture et je n’ai pas encore expérimenté ça d’une manière assez forte. Ça va vraiment nourrir mon travail, je pense.” A l’entendre, c’est sûr qu’il reviendra.

 

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“Jinn” : Netflix lance sa première série originale en langue arabe

Après l’Inde, Netflix compte s’installer également au Moyen-Orient avec sa première série originale en langue arabe. “Jinn” racontera l’histoire de plusieurs adolescents plongés dans un contexte surnaturel à travers les mythes arabes des Jinns, des créatures de l’ombre. La série sera lancée en 2019 et offrira six épisodes. Le tournage a déjà commencé en Jordanie.

Netflix débarque au Moyen-Orient. Le géant américain du streaming vient d’annoncer la production de sa première série originale en langue arabe, intitulée “Jinn“. Elle comptera six épisodes et sera diffusée sur la plateforme dans le monde en 2019.

Produite par Kabreet Productions, la série sera réalisée par Mir-Jean Bou Chaaya, qui sera également producteur exécutif aux côtés de Elan et Rajeev Dessani (“SEAM“). Ces deux derniers ont contribué à l’écriture du scénario avec Amin Matalqa, qui réalisera les trois derniers épisodes de la série. Le tournage se déroule actuellement à Amman, la capitale de la Jordanie.

L’histoire des mythes arabes 

L’intrigue suivra un groupe d’adolescents alors que leur amitié et leurs amours sont mis à rude épreuve par l’influence des Jinns, des créatures surnaturelles dans la tradition islamique. Un combat entre le bien et le mal dans une course contre le temps s’ensuivra.

De jeunes acteurs composent le casting de cette série événement. Salma Malhas incarne le rôle de Mira, une adolescente rebelle dévastée par la mort de sa mère, qui apprend à aimer de nouveau lorsqu’elle rencontre Keras, interprété par Hamza Abu Eqab, un Jinn. Sultan Alkhalil jouera le personnage de Yassin, qui lutte dans un monde qui semble s’être ligué contre lui. La série suivra également sa relation amicale supernaturelle avec Vera, jouée par Aysha Shahalthough.

Créer la première série originale arabe de Netflix, et l’un des premières séries pour adolescents dans le monde arabe, a été une expérience incroyable. Nous avons eu tellement de témoignages de jeunes qui nous ont dit n’avoir jamais été correctement représentés sur le petit écran, et c’est à la fois notre plaisir et notre responsabilité de leur offrir cela et en le faisant, exposer ce que la région peut offrir“, a déclaré Rajeev Dassani.

Nous avons pour but de créer une série fantastique autour des jeunes gens dans le Moyen-Orient et en langue arabe, avec de l’autenticité et de l’action. Cette série Netflix sera pleines d’intrigues, d’aventures et une formidable narration depuis la Jordanie et pour notre public dans le monde“, a rajouté Erik Barmack, vice-président des créations internationales de la plateforme de streaming.

Le réalisateur libanais Mir-Jean Bou Chaaya a remporté l’Etoile d’or lors du festival de Marrakech avec son premier film “Very Big Shot” en 2015.

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